A l’heure où les championnats font en grande majorité relâche, nous aurions pu décider d’en faire autant afin de prendre quelques jours de repos, mais que nenni. Cela faisait un bon moment que Xavier Feuillée nous avait convié à venir voir 3.2.1.Perform, l’institut de développement des performances du pilote situé à Egat tout près de Font Romeu.
Plutôt que de se contenter de faire une simple visite, le maître des lieux nous a convié à effectuer un stage de plusieurs jours en compagnie de pilotes. Les têtes connues à passer dans les mains de 3.2.1.Perform sont nombreuses : Ogier, Vaxivière, Ocon, Despres, Collard, Perrodo, Bourret, Gibon, Narac, Pons, Cazenave, Taittinger, Makowiecki, Belloc, Armindo, Gasly, Boccolacci, Albon, Stockinger, etc… On a donc un mix de Pro/Am et nous avons justement accompagné le tandem Pro/Am composé de Manu Collard et François Perrodo. L’équipage de la Ferrari 458 GTE/AF Corse #83 joue le titre mondial dans sa catégorie en FIA WEC.
La question était de savoir comment appréhender ce stage avec toutes les questions qui vont avec : que va-t-on y faire ? Vais-je pouvoir suivre le rythme ? Pour faire court, j’ai toujours détesté la pratique du sport dans le milieu scolaire malgré la pratique du tennis. Le “vive le sport” de Gérard Holtz n’a jamais été ma tasse de thé. A Endurance-Info, on passe une bonne partie de sa journée assis devant un écran d’ordinateur à traquer l’info, donc peu d’exercice physique. En réalité, je dois mon engagement sportif à Guillaume Moreau où un jour de septembre 2011, nous avons raté un avion à Londres après avoir couru valise à la main sur plusieurs centaines de mètres. Si lui est arrivé frais comme un gardon au comptoir, j’ai cru pour ma part mourir de fatigue comme si mon coeur allait s’arrêter subitement. Fini les conneries et j’ai décidé de ressortir mon vieux VTT pour quelques sorties par semaine. De 5 km, je suis passé à 10, puis à 20, 30, 40 et même 50 et mon vieux vélo a laissé place à un VTT en carbone. D’une sortie hebdomadaire, je suis passé à une voire deux chaque jour. Voilà pour mon expérience sportive avant d’arriver chez 3.2.1.Perform.
Quand vous passez trois jours non stop avec Manu Collard et François Perrodo, vous avez déjà la certitude de faire du sport dans la bonne humeur. Eux sont des adeptes plusieurs fois par an du centre de Xavier Feuillée, donc il faut reprendre les mesures : poids, masse osseuse, masse graisseuse. Au grand dam de mes compères, je découvre que je n’ai que 6% de masse graisseuse (désolé les amis) mais eux sont bien plus musclés. Normal me direz-vous, ils sont pilotes, moi pas. Chez 3.2.1.Perform, le suivi est personnalisé. Si la pièce principale ressemble à une salle de sport, d’autres pièces sont réservées à un travail plus cérébral, mais toujours en relation avec le sport automobile.
J’arrive dans un univers qui m’est totalement inconnu et je dois me mesurer à deux pilotes chevronnés habitués au Batak. Le but est clair : appuyer sur un maximum de boutons éclairés en une minute. Sauf que pour rajouter un peu de piment, il faut appuyer sur le bouton opposé à celui qui éclaire. Quand je tourne à 90, un Matthieu Vaxivière est à plus de 130. En même temps, lui veut aller en F1, moi pas. François nous fait lui aussi un festival. La suite se corse car il faut enchaîner plusieurs exercices le plus vite possible qui font appel à la mémoire et à la concentration. L’un d’entre eux ne me plait guère. Xavier lance une balle de tennis jaune ou orange. Au sol, vous avez deux marques, une jaune, une orange. Lorsque Xavier vous lance la balle, il vous donne un chiffre. Si le chiffre est pair, il faut appuyer sur la marque de la couleur de la balle avec le pied droit. Forcément si le chiffre est impair, c’est l’inverse. Capito ? Mouais sur le papier seulement. C’est simple à comprendre mais on oublie vite le bon pied. Bref, les exercices s’enchaînent et aucun de nous trois ne se relâche. Comme dans toute course, l’objectif est bien de battre son petit camarade. Un compétiteur reste un compétiteur. Tout est ensuite étudié et disséqué pour voir où il est possible de s’améliorer. D’autres exercices nous attendent durant cette première matinée, la plupart devant un ordinateur. La méthode étant déposée, on ne va pas en donner tous les détails mais sachez que même devant un ordinateur, tout a un lien direct ou indirect avec le sport auto : travail du champ visuel, adresse, réactivité, réflexe. Tour à tour, chacun de nous trois se prête au jeu.
La météo étant clémente, l’après-midi se passe en extérieur avec une bonne heure de canoë avant de mettre de côté la pagaie pour les chaussures de running. C’est là que les choses se gâtent pour moi qui ne suis pas un adepte du footing. Pour ce run en montagne, c’est coach Jean-Fernand qui nous accompagne. On part pour plusieurs minutes avant une petite récupération où on attache des poids aux deux poignets pour lever les bras. En running, le king est bien Manu qui part en solitaire dès les premières minutes. On répète l’exercice à plusieurs reprises tout en contrôlant son rythme cardiaque. Il fait chaud, c’est dur mais l’organisme tient le choc. Pour moi, cette première journée est celle de la victoire pour avoir pris part aux différents exercices et sans être complètement largué.
La deuxième journée débute par une sortie en VTT autour de Font Romeu, toujours en compagnie de Jean-Fernand, le tout dans un cadre magnifique bien loin des chemins plats dont j’ai l’habitude. J’ai le droit au vélo habituellement réservé à Seb Ogier, donc un engin qui connaît bien les trajectoires des chemins escarpés. On passera sur le pitstop de Manu le temps de réparer une crevaison. C’est que les pilotes ne sont pas faciles à décrocher en côte. Comme la veille lors de la course à pied, il n’est pas question de se contenter de pédaler. Il faut surveiller son rythme cardiaque en fonction du dénivelé afin de rester dans la bonne fourchette qui pour moi se situe autour de 140. Les kilomètres s’enchaînent un à un tout comme la montée en altitude. On sent bien que l’air se raréfie dans les sous-bois. Après trois bonnes heures passer sur le vélo, il est temps de se restaurer avant de poursuivre les exercices au centre où il est toujours question d’affûter ses réflexes, sa concentration et sa mémoire avant un peu de sophrologie.
Place au trekking pour débuter la dernière journée de stage avec une bonne marche escarpée ponctuée d’exercices au fil du parcours à près de 2500 mètres d’altitude. Outre le fait d’être dans un endroit sain, il y a toujours un lien indirect avec le sport auto. Déjà il y a du trafic pour escalader les lieux avec des professionnels et des touristes (Pro/Am). Il faut maintenir le bon rythme cardiaque tout en trouvant la bonne trajectoire pour mettre ses pieds. Tout passage dans une zone humide peut se payer cash au moment de prendre un appui sur une pierre. Il faut anticiper, évaluer et prendre la bonne décision en perdant le moins de temps possible. Le parcours est rugueux et ne laisse rien au hasard. La séance de stretching dans l’après-midi fera le plus grand bien avant de terminer par un peu de simulateur au volant d’une HPD sur le circuit de Spa après avoir écouté les conseils avisés d’un Manu Collard aussi à l’aise en virtuel qu’en réel. Là aussi, tout peut être décortiqué via un programme spécifique : anticipation, regard, gestion du stress, etc…
Ces trois journées sportives ont été intenses mais ô combien importantes. Mes deux compères ont pu se remettre en scelle sur le plan sportif avant la reprise avec un programme sportif suivi à la lettre. “On est ensemble du début à la fin et on sait pourquoi on est là” nous confie François Perrodo à l’issue des trois jours. “J’ai une vie professionnelle bien remplie et il n’est pas évident de pratiquer un sport quotidiennement, ce que j’essaie pourtant de faire. Le calendrier fait que le laps de temps entre Le Mans et la reprise est assez long. C’est un vrai plus de pouvoir s’entraîner régulièrement chez 3.2.1.Perform. De plus, le centre dispose maintenant d’une unité mobile qui peut se rendre sur les circuits. Un atout supplémentaire pour rester au niveau comme on a pu le voir aux 24 Heures du Paul Ricard.”
De part son statut d’ancien pilote officiel, Manu Collard connaît bien les stages de remise en forme : “J’ai eu l’occasion de participer dans le passé à pas mal de stages sportifs mais 3.2.1.Perform a ce quelque chose en plus qui fait que l’on progresse toujours dans un domaine. Cela permet aussi de renforcer la cohésion toujours dans la bonne humeur.”
Ce type de stage devrait être obligatoire et même remboursé par la Fédération. Ce n’est pas pour rien que 30% de l’effectif qui passe régulièrement chez 3.2.1.Perform est actuellement en tête d’un championnat. Pour François Perrodo et Manu Collard, ils pointent à la deuxième place du Trophée Endurance des Pilotes GT Am en FIA WEC, mais le leadership n’est pas loin.
Sur un plan personnel, ce stage m’a permis de savoir où j’en étais sportivement, d’écouter les conseils et de progresser : savoir à quel moment aller faire du sport, comment mieux récupérer, savoir s’hydrater, se restaurer (sans abuser de la Tropézienne et des burgers), gérer la concentration, l’adresse, le stress, récupérer des décalages horaires, etc… Un travail sur les mathématiques nous a également pris un peu de temps (private joke). J’ai bien l’intention de revenir à Font Romeu pour suivre les pilotes lors d’un stage hivernal. En attendant, je viens de faire l’acquisition d’une montre GPS Polar et de vraies chaussures pour le running afin de varier les plaisirs. François, Manu, rendez-vous jeudi 27 août 17h à la sortie de la pitlane pour un track walk du Nürburgring en petites foulées…
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