A 19 heures, Tom Kristensen en aura terminé avec une longue carrière en Endurance qui l’a vu remporter les 24 Heures du Mans à 9 reprises en seulement 18 participations, sans oublier un titre mondial. C’est donc avec une Audi floquée du dossard 1 que Mr Le Mans tire sa révérence. On l’attendait en juin prochain pour une 10ème, mais le Danois en a décidé autrement. La Formule 1 s’est refusée à lui mais l’Endurance lui a donné une très belle carrière, en majorité chez Audi. C’est donc un Tom Kristensen quelque peu ému qui est présent à Sao Paulo pour la dernière course de sa carrière en LM P1. Le pilote Audi a forcément été la cible de nombreuses questions ce week-end. Retour avec lui sur une carrière bien remplie…
A quel moment avez-vous décidé de mettre un terme à votre carrière ?
« Je n’ai jamais pensé arrêter si ce n’est ces derniers mois. Il a fallu répondre un peu plus aux questions des journalistes, et parfois cela m’a irrité car cela fait dix ans que cela dure : quand vais-je arrêter ? Que vais-je faire après ? Lorsque l’on est engagé en tant que pilote, on ne pense pas à ce que l’on va faire après. Mais, la réflexion a débuté ces derniers mois. De plus, la pause estivale a été longue car je crois que c’était le plus long break que j’ai connu dans ma carrière. Une si longue interruption ne pourra plus jamais se produire dans aucune série à l’avenir. J’ai fait beaucoup de choses durant cette période. Ensuite, je suis allé au Japon et en Chine. A ce stade, j’ai pensé à toutes les choses que je pouvais faire dans la vie. Bien entendu, je suis quelqu’un de privilégié et heureux de faire ce que je fais. Cela avait un sens. J’ai discuté de ma fin de carrière avec mon fils, puis avec Wolfgang Ullrich sur le fait de ne pas prendre part à une saison complète. Il a accepté de me garder sur le long terme. Audi ne donne pas un emploi à vie, mais on peut y rester 100 ans (rires). Pour en revenir à la question initiale, la décision a été prise avec le Dr Ullrich le lundi précédant Bahrain. Cette année, j’ai bien senti que j’étais toujours compétitif. Je sais que je peux continuer en étant fort sur le plan physique. Cependant, la bonne décision est d’arrêter en fin d’année. Lorsque je l’ai dit à mon entourage, tout le monde m’a soutenu. Alors, je suis allé voir le Dr Ullrich pour lui faire part de ma décision. »
La standing ovation durant le briefing restera un grand moment ?
« C’était pour moi un moment très émouvant. Eduardo Freitas a dit des mots très positifs à mon égard. C’est une belle marque de respect du directeur de course. Puis, tous les pilotes se sont levés. C’était un moment très agréable. Selon moi, avoir le respect des autres concurrents est ce que l’on peut avoir de mieux. Après le briefing, j’ai versé une larme. Je m’étais dit que je n’allais rien laisser transparaître pour cette dernière course, mais j’ai craqué dès le briefing pilotes. C’était très difficile d’entendre Eduardo Freitas dire : « ce que j’ai vu, c’est que j’aime dans les courses automobiles ». »
Il n’y a rien à changer dans cette belle carrière…
« Je suis absolument comblé. J’ai apprécié chaque minute depuis que mon père m’a mis dans un karting un soir d’été à l’âge de 9 ans au Danemark. Il n’y a rien à changer. Que ce soit les moments positifs ou négatifs, j’ai beaucoup appris et cela a fait que je fais partie de la famille Audi depuis si longtemps. »
Après Dindo et Allan, vous étiez le dernier des “dinosaures” de la maison Audi…
« J’ai survécu (rires). Je n’en ai pas discuté avec Dindo et Allan. Et attention car nous ne sommes jamais à l’abri d’un retour de Dindo à la compétition (rire). Ils sont toujours là sur les circuits et nettement plus relax. C’est ce vers quoi je tends. Cela va me permettre de passer plus de temps avec les journalistes, l’équipe et les pilotes. »
Comment voyez-vous la nouvelle génération ?
« Je pense avoir la même camaraderie avec eux malgré la différence d’âge. Lorsque l’on partage sa voiture avec d’autres pilotes, on devient plus intimes. Il faut être ouvert et avoir un livre ouvert, pour le bon comme pour le mauvais. Il est vrai que cela m’a aidé dans cette longue carrière et c’était un plaisir de voir des jeunes arriver. Je me souviens comment Michele (Alboreto) et Stefan (Johansson) m’ont regardé dans les yeux lorsque je suis arrivé en 1997. Les pilotes m’appellent Oncle Tom. Bon, il est vrai qu’il y a quelques blagues et une certaine musique que je ne partage pas avec eux (rires). J’ai toujours apprécié le fait d’aller et revenir du circuit avec l’équipe. »
Si on devait retenir un meilleur souvenir ?
« Il y en a tellement que ce ne serait pas juste d’en extraire un seul. Il est clair que je chéris l’importance et la connaissance des 24 Heures du Mans. C’est la plus grande réussite à laquelle j’ai pu prendre part dans la grande pièce du sport automobile. Mais ma carrière a été au-delà du Mans. Elle a été longue et m’a rendu plus mature. Il y a eu le BTCC, la F3000, les essais en F1. Je pense que mon passage au Japon a été primordial pour la suite de ma carrière.
« Si on regarde en termes de performance et de prestige, gagner la même année les 24 Heures du Mans et le Championnat du Monde d’Endurance de la FIA , avant de porter le numéro 1 cette année, est probablement le triomphe de ma carrière. Je veux maintenant donner quelque chose en retour à la marque où j’ai disputé une grande partie de ma carrière. »
Ralf Jüttner a été l’élément déclencheur ?
« J’ai reçu un appel téléphonique. Je devais être au Mans quelques jours plus tard. J’ai bouclé 17 tours avant le départ. Mais me convaincre a été très facile. Il m’a demandé si j’étais intéressé, et j’ai répondu : « oui il y a une chance ». Sans ce coup de téléphone, peut-être que nous ne serions pas là à discuter. C’est même une certitude. Mais, il y a beaucoup de choses de ce style dans une carrière comme celle-là. Ralf, mon père, le Dr Ullrich, Reinhold Joest, ont été importants pour moi, mais il y en a bien d’autres… »