Fidèle à ses engagements, le Team SOFREV-ASP était à nouveau présent sur deux tableaux cette saison avec le Championnat de France GT et la Blancpain Endurance Series. En parallèle, l’équipe dirigée par Jérôme Policand est allée faire deux piges à Barcelone, une en VdeV Endurance Series, l’autre en International GT Open. Force est de constater que la campagne 2013 a été positive avec les titres Pilotes et Equipes dans les deux championnats où l’équipe était engagée. Sur la scène nationale, Morgan Moullin-Traffort et Fabien Barthez ont réalisé un sans-faute sachant que Soheil Ayari et Jean-Luc Beaubelique n’ont pas démérité avec deux victoires. Sur le plan international, Jean-Luc Blanchemain, Jean-Luc Beaubelique et Patrice Goueslard ont donné du fil à retordre à la concurrence, le trio raflant la couronne Gentlemen Trophy avec en prime une belle victoire aux 24 Heures de Spa. La seconde Ferrari 458 Italia GT3 du team s’est offerte quelques beaux résultats avec un podium et une pole. Au fil des saisons, l’écurie basée près de Toulouse s’est faite un nom si bien qu’on peut clairement la placer parmi les meilleures équipes GT d’Europe. Après avoir connu une belle carrière en tant que pilote, Jérôme Policand s’est reconverti avec succès dans le rôle de chef d’écurie et le succès ne s’est fait pas fait attendre. Très apprécié pour sa rigueur, sa fidélité et sa gentillesse, l’homme fort du Team SOFREV-ASP peut être satisfait de la saison écoulée. Pour 2014, rien n’est encore bouclé mais on pourrait bien voir le team aux 24 Heures du Mans avec une Ferrari F458 Italia sans oublier une participation à l’European Le Mans Series. En complément, la Blancpain Endurance Series et le Championnat de France GT devraient aussi faire partie des plans. On se dirige vers deux ou trois programmes, toujours avec Ferrari.
Jérôme, le bilan 2013 est pour le moins positif…
« Par rapport à 2012 où il nous avait manqué quelques points en France et en Blancpain pour gagner les titres, j’estimais déjà que la saison 2012 était très bonne. Nous sommes passés du stade de vice-champion à celui de champion. C’est pour nous une grande réussite. En Blancpain Endurance Series, nous avons marqué des points sur toutes les courses. En GT Tour, nous avons terminé à 14 reprises dans les points. Les statistiques sont plutôt bonnes. L’équipe a fait du bon travail et la chance a été au rendez-vous, notamment aux 24 Heures de Spa. Pour l’anecdote, nous sommes restés rouler le lendemain de la finale du GT Tour au Paul Ricard et l’alternateur de la #16 a cassé. C’est quelque chose qui n’était jamais arrivé jusqu’à présent. Le facteur réussite est donc bien là. Nous avons eu 100% de fiabilité. L’auto a bien progressé, l’équipe a bien travaillé et nous n’avons pas connu la moindre crevaison en course contrairement aux essais libres et qualificatifs. Je tiens à adresser un grand coup de chapeau à l’équipe technique, aux mécanos et aux pilotes. »
En Blancpain Endurance Series, le passage du Pro-Am au Gentlemen Trophy a été le bon choix ?
« A l’intersaison, nous avons perdu Ludo (Badey) qui était notre pilote leader depuis deux ans. C’est lui qui nous a tiré vers le haut. Nous avons donc mis en place deux équipages typés gentlemen en exploitant à fond le règlement. Les deux ont été compétitifs mais ils n’ont pas archi dominés le championnat. Patrice était le leader de la #20 et moi de la #16 où je roulais avec Gabriel Balthazard et Maurice Ricci. Tous nos concurrents avaient un leader. La copie rendue est impressionnante et les pilotes n’ont pas commis la moindre faute. Pas un seul tête-à-queue ! L’état d’esprit a toujours été au top et ils ont su ramener l’auto. C’est une grande intelligence de leur part. Nous sommes dans la troisième année et l’équipe est rôdée. Nous avons fait beaucoup de simulation en exploitant les fenêtres de pilotage et les circuits sont les mêmes. Sans aucune arrogance, on se devait de gagner le championnat en passant en Gentlemen Trophy. Contrairement à 2011 et 2012 où nous prenions les courses une par une, là nous avons pensé au championnat. L’adrénaline est différente. Le point d’orgue a été Spa : 1er en 2011, 2ème en 2012 et 1er en 2013. C’est une course que nous avons toujours abordé avec humilité sans se soucier des autres. Merci à Ferrari, Michelotto et Kessel. Leur grosse qualité est la réactivité. L’auto a évolué sur le kit et quelques points de détails sur la fiabilité. Les infos remontent très vite et nous avons appris à travailler à leurs côtés. »
Vous devenez en quelque sorte l’un des teams leaders GT3 chez Ferrari…
« J’apprécie la relation. La Ferrari 458 Italia GT3 est le modèle le plus représenté en Blancpain Endurance Series et le service est le même pour tout le monde. Kessel vend les pièces aux équipes GT3 et Michelotto fait le développement de la voiture avec la gestion des éventuels problèmes techniques. Il n’y a aucun doute sur le service. En 2011, nous ne sommes pas arrivés chez Ferrari par hasard. Je les connaissais via Michelotto depuis l’époque de la 333 SP. Je n’avais jamais vraiment perdu le contact. Nous avons pris possession des deux premiers châssis de la 458 Italia GT3 après avoir exploité des 430. On avait regardé ce qui se faisait mais notre choix s’est vite porté sur Ferrari. Tout le monde disait que le modèle de route était facile à conduire et qu’elle était très rapide. Potentiellement, je pense que c’est la meilleure auto, du moins la plus homogène. »
Les Gentlemen semblent l’apprécier…
« Disons qu’ils sont de suite compétitifs. En 2011, je pense que c’était réellement la meilleure auto du plateau. On avait une fenêtre de réglages assez vaste. Qu’elle soit bien ou mal réglée, l’écart était de 0.5s et non 1,5s. Maintenant, nous avons des GT3 très appuyées telles les Audi, BMW ou Porsche. Cela se fait au détriment de la finesse. Les Ferrari et McLaren sont très fines en ligne droite selon les différentes brides. C’est un vrai confort pour les gentlemen. Avec de la polyvalence, on est toujours là. La BOP a moins influencée les performances de l’auto cette année où nous avons eu plus de liberté au niveau du tarage des amortisseurs. On se met à régler encore plus l’auto même s’il y a encore de la performance à trouver. »
La saison en France a elle aussi donné entière satisfaction. C’est une surprise compte tenu du plateau ?
« En France, la philosophie est différente du Blancpain. Nous avons perdu notre équipage phare durant l’hiver et on n’a pas su le remplacer, d’où deux Ferrari et non plus trois. Plus aucun joker n’était possible. Sur le papier, nos deux équipages ont répondu présent. Il fallait voir où allait se situer nos pilotes « B », à savoir Jean-Luc et Fabien. On partait avec le statut d’outsider et l’objectif était de rentrer dans le Top 5. Jean-Luc et Fabien sont arrivés à un niveau étonnant. Ils ont la chance d’avoir deux vrais leaders à leurs côtés. Nous avons connu trois moments forts avec Imola, Spa et le Val de Vienne. »
Fabien a franchi un nouveau cap ?
« Fabien a débuté en compétition pour le plaisir sans que ce soit uniquement pour le fun. Il a toujours eu une approche pragmatique et sérieuse. Sa démarche a de suite été professionnelle. Fabien a découvert ce monde du sport automobile avec des yeux d’enfant. J’avais remarqué dès le début ses aptitudes. Pour l’anecdote, Fabien est quelqu’un qui conduit très bien sur la route. Pour moi, c’est important. Malgré un titre en Gentlemen, il était compliqué de le situer dans la hiérarchie car le matériel n’était pas le même. Il a eu un vrai déclic aux 24 Heures de Spa 2012 en passant une semaine complète sur le circuit, des conditions de piste changeantes avec des relais à 1.5s, 2s des meilleurs. Pour preuve, un mois plus tard à Navarra, il gagne la course à l’issue d’un magnifique relais. L’année passée, Fabien était performant principalement en course 2. Cette année, il était de suite dans le bon rythme. Sa mise en régime était différente. Je reste persuadé qu’il a encore une grosse marge de progression en course. Il a énormément progressé sur le plan de la technique de pilotage en comprenant ce qu’il fallait faire. Il lui manque juste un peu plus de confiance dans les parties rapides. Avec sa fierté bien placée, je ne me fais aucun doute. Fabien est aussi très pragmatique lors des briefings. En GT Tour, la clé a été l’auto-élimination des gentlemen, ce qui a donné plus de péripétie. Fabien a commis une seule faute durant la saison, à Lédenon. Dans le schéma, Morgan a été décisif et énorme. C’est un pilote de championnat qui a la capacité à dépasser dans les derniers tours pour passer de la 8ème place au podium. Forcément, il y a une prise de risques supplémentaire. Une fois, ce n’est pas passé mais ce n’est jamais hasardeux. Tout est calculé. Chez nous, il a trouvé une stabilité avec la même équipe depuis deux ans, la même voiture et le même ingénieur. La mayonnaise prend. »
La voiture sœur n’a pas démérité non plus dans un championnat pour le moins relevé…
« Les deux équipages ont remporté deux victoires chacun. Pour la #20 partagée par Jean-Luc et Soheil, il a manqué un peu plus de roulage en commun. Il faut que les gens se connaissent parfaitement. L’osmose doit se faire petit à petit. En performance pure, il y a deux victoires de chaque côté. Au final, un équipage gagne le titre et l’autre termine 7ème. Certes, la voiture est importante mais elle ne fait pas tout. Cette année, le niveau en GT Tour était exceptionnel avec de grandes équipes. ART a écrit une page de l’histoire du sport automobile, Hexis a été Champion du Monde, TDS Racing a gagné en ELMS et Sébastien Loeb Racing avait de sérieux atouts dans son jeu. C’est enthousiasmant de rouler contre ces équipes. On ne peut pas dire qu’on a été les meilleurs mais certainement les plus constants. C’est génial d’avoir ce panel de pilotes professionnels. Il n’y a pas une seule équipe faible en France. »
L’idée est donc de poursuivre avec les mêmes programmes en 2014 ?
« Nous continuerons avec Ferrari en GT3. On connaît l’auto et le règlement technique est figé. C’est la première fois où nous avons été approchés sérieusement par deux autres constructeurs. L’idée est de bâtir notre saison sur trois championnats avec l’European Le Mans Series, la Blancpain Endurance Series et le Championnat de France GT. On étudie ces trois championnats de près. Pour nous, la France est importante pour les partenaires et on maîtrise bien l’auto avec les Michelin. La décision finale sur le fait de faire deux ou trois championnats se prendra d’ici la fin du mois. On espère inscrire une Ferrari F458 Italia en GTE en European Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans. Pour cela, il nous fait réunir 2/3 du budget ce mois-ci. Fabien Barthez sera le fil conducteur de l’équipage. Il a les capacités pour cela même s’il devra s’habituer à une auto qui n’a pas d’ABS, qui est plus vive et moins aseptisée. C’est un très gros morceau et je n’ai pas envie de me prendre les pieds dans le fil sur le plan budgétaire. Le team est arrivé à maturité pour aller au Mans. »