Ces 24 Heures du Mans 2016 n’ont pas été une édition comme les autres. Dès la fin 2015, on savait que les trois constructeurs partiraient à armes égales. On savait aussi qu’un quadri amputé allait participer à la plus grande course d’endurance au monde. Dès la Journée Test, on s’attendait à une semaine mouillée. Pour la première fois depuis 1923, la course allait être neutralisée durant plus de 30 minutes à cause de la pluie. La Toyota qui allait s’imposer après un sprint de 24 heures allait tomber en panne sur la ligne d’arrivée un tour avant la fin. Cette même Toyota était finalement non classée pour avoir bouclé le dernier tour trop lentement. A quelques minutes près, aucune Audi ne terminait sur le podium, ce qui n’était jamais arrivé depuis 1999, année des débuts dans la Sarthe.
A notre niveau, on voyait une Rebellion R-One sur le podium, voire même une LM P2. On s’est même lancé à dire que oui, il n’était pas utopique qu’une LM P2 gagne les 24 Heures du Mans. Cette 84ème édition a réservé bien des surprises aux acteurs, aux fans mais aussi à l’organisateur. Le public ne s’y est pas trompé avec encore plus de 260 000 personnes.
Entre la présence de l’état d’urgence, les grèves dans le pays et les pluies incessantes des dernières semaines, on ne peut pas dire que tout le monde que l’avant 24 Heures a été calme.
Un exploit dans la course…
On ne voudrait surtout pas que la fin de course digne d’un thriller éclipse l’exploit de Frédéric Sausset qui est allé au bout de son rêve en participant à une course mythique si difficile. Sans avoir l’expérience d’un pilote chevronné et sans avoir l’usage de ses bras et des ses jambes, le pensionnaire du Garage 56 a parfaitement maîtrisé son sujet avec aucune alerte en piste ni la moindre plainte de qui que ce soit. Rien que pour ça, l’histoire des 24 Heures du Mans 2016 est belle.
Rien que de l’eau, de l’eau de pluie…
On a connu des éditions mouillées et voir la pluie arriver sur le circuit a quelques minutes du départ n’est pas une nouveauté. On attendait un départ sous safety-car sur un ou deux tours. Finalement, la voiture de sécurité est restée en piste plus de 30 minutes sous les huées du public à chaque passage de l’Audi RS7. Le mécontentement s’est vivement fait ressentir sur les réseaux sociaux et dans les différents commentaires. N’oubliez jamais une chose, vous n’êtes pas directeur de course, moi non plus. Vous n’avez pas à appuyer sur le bouton de lâcher 60 concurrents devant le monde entier, moi non plus. Le ‘il ne pleut plus, on peut y aller’ est un peu réducteur. On va vous la faire à l’envers. On abaisse le drapeau vert trois ou quatre tours plus tôt et une des 60 autos sort de la piste et en entraîne d’autres dans sa sortie. Pire, un pilote sort et se fait mal. Les mêmes diront qu’il aurait fallu attendre avant de lancer la course, que c’est un scandale. La bonne question à se poser n’est pas de savoir pourquoi la voiture de sécurité est restée aussi longtemps en piste mais plutôt pourquoi on ne roule plus quand il pleut. La réponse est simple : principe de précaution. Qu’est ce que le principe de précaution ? Principe selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque dans les domaines de l’environnement, de la santé ou de l’alimentation. Ce qui est vrai en sport l’est aussi dans la vie de tous les jours. Oui avant c’était différent mais ça c’était avant. Un peu de bon sens ne fait pas de mal…
Le rôle d’un directeur de course, de n’importe quelle série autour du monde, n’est pas à prendre à la légère. Un pilote doit prendre des décisions dans une fraction d’une seconde et la réactivité est la même pour celui qui est aux manettes d’une course. Fallait-il lancer les 24 Heures du Mans plus tôt ? Peut-être que vous avez la réponse, moi pas…
Un beau pourcentage à l’arrivée…
Sur les 60 autos au départ, 44 sont classées et même 45 si on ajoute la Toyota TS050 HYBRID #5. Une sacrée performance à souligner surtout que les sorties de piste ont été rares. Il convient d’éclaircir le point de règlement qui fait que la Toyota n’a pas été classée à cause d’un dernier tour trop long. Le règlement stipule qu’en cas de force majeure le dernier tour peut être plus long. Malgré toute l’estime que l’on porte à Toyota, un problème mécanique ne peut pas être considéré comme cas de force majeure contrairement par exemple à une violente averse dans le dernier tour alors que le pilote est en slicks.
Imbroglio en GTE-Pro à l’arrivée…
Le règlement est connu de tout le monde et il est fait pour être respecté. En revanche, on ne comprend pas trop l’histoire de la Ferrari/Risi Competizione. La direction de course a fait passer le message suivant dans la dernière heure : « stop & go jusqu’au retour de la lumière leader ». Quand une voiture figure dans les trois premiers, des diodes doivent être allumées en fonction de son classement. Vu que c’était en fin de course, on suppose que la direction de course autorisait la réparation dans la voie des stands car un simple stop & go ne va pas remettre en fonctionnement la lumière. Le pilote n’a pas respecté le drapeau noir et orange, d’où une protestation légitime d’un adversaire. Après avoir entendu le team manager du Risi Competizione, il a été décidé de donner une amende de 5000 euros et une pénalité de 20 secondes. Pour résumer, si le pilote avait respecté le drapeau, le temps perdu aurait été bien supérieur à 20 secondes et le podium se serait alors envolé. Sans le problème de diode, la victoire revenait à Ferrari et Risi Competizione puisque la Ford GT victorieuse a écopé de deux pénalités post-course de 50s et 20s. Sous le damier, la Ford comptait 1 minute d’avance sur la Ferrari. On est passé à deux doigts d’une victoire Ferrari comme d’un triplé Ford.
Une histoire de BOP…
Le point noir de la semaine reste la Balance de Performance en GTE-Pro. On attendait des règles bien établies et on a assisté à un ballet de réajustement en cours de semaine. On modifie les paramètres d’une voiture de course en plein meeting avec un simple warm up pour régler l’auto. Je ne suis ni ingénieur ni législateur, donc je ne sais pas si tout le monde a tout montré et tout donné. Ce que je sais en revanche, c’est que Corvette et Porsche n’avaient aucune chance à la régulière même si les 911 RSR ont fait illusion un moment dans des conditions compliquées. Les larmes du Dr Frank-Steffen Walliser lors de la conférence de presse du vendredi ne trompent pas. En plus d’être un vrai passionné de sport automobile, le patron de Porsche Motorsport est aussi un vrai compétiteur.
Quelques belles histoires…
Pourtant, des belles histoires, il y en a eu des dizaines et des dizaines. Pour ses débuts au Mans, Inès Taittinger n’a malheureusement pas rallié l’arrivée sur la Morgan LM P2/Pegasus Racing après que le moteur ait rendu l’âme. Bloquée sur le circuit après l’abandon, c’est Frédéric Sausset qui a ramené Inès sur les flancs de sa Morgan.
Un mot sur ces équipes à taille humaine telles que Pegasus Racing, Race Performance, Team AAI ou Algarve Pro Racing qui ont tout à fait leur place dans une course où on a toujours besoin de ces équipes familiales. Un mot également sur le podium de Manu Collard et François Perrodo en GTE-Am. Les deux inséparables ont eux aussi écrit une belle histoire avec un Manu Collard qui s’est dépouillé pour aller chercher cette 2ème place en fin de course et qui a fait progresser son compère depuis quelques années pour arriver tout proche d’une victoire de catégorie dans la plus grande course du monde. Que dire aussi de la visite du stand Porsche avec Patrick Pilet où Even et Nolan, âgés de 13 et 10 ans, en ont pris plein les mirettes. Il est certain qu’hier à 15 heures, ils n’attendaient qu’une chose : revenir en 2017.
2017 c’est demain…
Nous n’avons pas croisé le président de la FFSA, ce qui est bien dommage car nous avions quelques questions à poser. En revanche, Jean Todt a fait le déplacement dans la Sarthe.
En mettant un GP de F1 face aux 24 Heures du Mans, Bernie comptait bien attirer tous les projecteurs sur son GP d’Europe disputé en Azerbaidjan. En 2015, un pilote de F1 remporte les 24 Heures du Mans. En 2016, le final imprévisible a totalement éclipsé le GP de F1. On vous l’a déjà dit Bernie, Le Mans c’est Mythique, Magique, Unique…
Mais rappelons-nous d’une chose, tout ce que l’on a vu ce week-end n’est que du sport. La vie réserve des choses bien plus douloureuses et cette phrase prend tout son sens aujourd’hui-même en cette journée bien triste.