Je vais vous parler aujourd’hui d’un temps que les moins de…..(trop!) ne peuvent pas connaître… Etant le plus ancien de l’équipe d’Endurance-Info, j’ai eu pour mission d’évoquer mes premières 24 Heures du Mans.
N’ayant que 10 ans lors de mes premières 24 Heures, en 1957 donc, je n’ai qu’un souvenir très ténu de cette édition qui avait vu la victoire de la Jaguar D de l’Ecurie Ecosse pilotée par Ron Flockhart et Ivor Bueb. De cette course, la seule image qui me reste est celle des Jaguar D.
Il faut dire que cette année-là, alors qu’elles étaient tenantes du titre, elles avaient réussi le quadruplé et qu’avec leur imposant aileron arrière -qui est sans doute le précurseur des ailerons de requin actuels-, elles faisaient forte impression sur le public, peu habitué à voir des formes aussi originales ? Cette Type D est une des voitures qui m’ont le plus attiré et cela reste toujours vrai quand je les vois évoluer dans les Plateaux 2 ou 3 lors de Le Mans Classic. Pour revenir à ma mission, comme cette évocation de 1957 est sans nul doute un peu brève, j’ai donc choisi d’évoquer plutôt des souvenirs, des impressions de différentes éditions.
J’ai davantage d’images de l’édition 1959 et notamment de l’Aston Martin DBR1 de Roy Salvadori/Carroll Shelby et des suivantes, marquées par trois victoires successives en 1960, 1961 et 1962 de Olivier Gendebien -deux fois avec Phil Hill et une avec Paul Frère- , déjà vainqueur en 1958 avec Phil Hill déjà.
Gendebien (à droite sur la photo, avec Phil Hill et ci-dessous en 1962) était à l’époque considéré comme l’archétype du parfait pilote des 24 Heures du Mans, présenté comme un maître de l’endurance par opposition aux pilotes brillant en monoplace, et qu’on appelait dans ces années 1960 Monsieur Le Mans avant que le terme ne s’applique un peu plus tard à un autre pilote belge, Jacky Ickx pour ne pas le nommer.
C’était l’époque où existait une certaine ségrégation entre les spectateurs (en dehors des tribunes évidemment, qui faisaient l’objet d’un billet spécial). Deux types de billets étaient proposés : l’un « Enceintes Générales » permettait aux spectateurs d’assister à la course à leur gré entre la ligne droite de départ actuelle -et plus loin en remontant vers Arnage- et le virage du Tertre Rouge, l’autre « Enceintes Populaires » donnait accès à la piste entre la passerelle Dunlop actuelle et le Tertre Rouge. Dans la descente après la passerelle étaient installées de nombreuses baraques foraines, avec quelques curiosités comme « La femme à barbe », l’Homme-Serpent, la « femme à deux têtes »… Beaucoup de spectateurs ne venaient d’ailleurs que pour cette gigantesque Fête Foraine et ne jetaient même pas un coup d’oeil à la piste toute proche.
Cette piste offrait d’ailleurs une sécurité précaire pour le public, de même que pour les gendarmes, juchés en bordure de piste sur les fascines sans protection aucune et qui étaient tout prêts à être fauchés par une voiture en cas de sortie de piste de celle-ci.
Le public se retrouvait également en masse aux heures des repas dans le Village et surtout près des stands des Comptoirs Modernes où on pouvait acheter des paniers-repas, avec des distributions de chapeaux en papier qui faisaient la joie des enfants.
Le dimanche matin, nombreux étaient également ceux qui se retrouvaient dans le Village autour du panneau d’affichage des concurrents ? Sur plusieurs étages des panneaux métalliques portant les numéros de course des voitures étaient alignés, les panneauteurs affichant sous le numéro de la voiture le nombre de tours parcourus et barrant d’une grande croix le numéro en cas d’abandon de la voiture. C’est pourquoi le dimanche matin, c’était la cohue pour constater le nombre des abandons pendant la nuit -et ils étaient souvent nombreux- et mettre à jour leur propre liste des engagés.
A suivre…