Si Mercedes a choisi la Formule 1 pour s’exprimer au plus haut niveau de la compétition automobile, Porsche a opté pour la voie de l’endurance avec le Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. Deux disciplines qui veulent faire la part belle aux nouvelles technologies avec un net avantage au FIA WEC. Les deux marques allemandes n’ont pas du tout la même organisation pour donner le meilleur d’elles-mêmes. Quand Mercedes met en place une structure dédiée pour son programme Formule 1, Porsche opère d’une façon différente avec un vrai lien avec les unités de production des voitures de tous les jours.
Mercedes-Benz : entre Allemagne et Angleterre…
La carte de visite du Pr Thomas Weber est longue comme le bras chez Mercedes : member of the Daimler Board of Management responsible for Group research and Head of Mercedes-Benz Cars Development. Pour la faire court, le Pr Weber est ingénieur avec des responsabilités chez Mercedes-AMG High Performance Powertrains (HPP). Basé à Brixworth en Angleterre, HPP est la maison mère des moteurs et système hybride des Formule 1 de la marque. « La situation est maintenant nettement meilleure que dans le passé » indique le Pr Weber. « Auparavant, les technologies utilisées sur piste et sur route étaient complètement différentes. Maintenant, du fait du changement de réglementation par la FIA, la F1 est engagée sur une technologie axée vers l’avenir : la suralimentation, la réduction des effectifs, l’hybridation. Voilà exactement la stratégie mondiale des voitures de route. Les équipes F1 et voitures de série ont le même langage. Elles peuvent se parler et échanger. Les gars qui travaillent en F1 sont dans une boucle très étroite avec leur technologie. Toutes les deux semaines, ils doivent démontrer la qualité de leur technologie. Et si la technologie est identique, la mentalité est différente dans l’industrie automobile parce que les cycles de vie sont longs. Les ingénieurs ont besoin de chercher la perfection. La vitesse est différente, de même que l’approche et la prise de risque. »
Mercedes-AMG a donc mis en place un centre dédié à la F1 où travaillent plus de 500 personnes, comme l’explique le Pr Weber : « Lorsque la FIA a lancé le programme F1 actuel, ce fut l’idée. Ces nouvelles unités de production sont à l’avant-garde du processus de développement. Ils accélèrent l’industrie automobile. »
Andy Cowell, directeur général de HPP, tient à souligner que pour voir où iront les voitures de route dans les prochaines années, il faut expliquer ce que la F1 peut offrir : « Dans le monde de l’automobile, la finalité pourrait être un très petit moteur à combustion interne. En F1, nous avons un moteur de 1.6 litres qui développe plus de 850 chevaux. Combien de chevaux a besoin une routière ? 200 ? C’est bien plus que suffisant, ce qui fait que vous avez besoin de 500cc avec un e-booster. Lorsque cette voiture ralentit, le maximum d’énergie est récupéré par les moteurs électriques qui vont stocker l’énergie dans une batterie assez grande pour tout récupérer afin de pouvoir rouler en ville en mode électrique. Cependant, ce n’est pas un véhicule totalement électrique. C’est une harmonie entre thermique et électrique. Le développement du KERS en F1 a aidé à la création de la Mercedes SLS AMG Electric Drive de route. En F1, nous sommes habitués à exploiter tous ces systèmes en toute sécurité. Ensuite, il y a les batteries. La nouvelle batterie présente en F1 a à la fois une capacité de puissance élevée et une densité d’énergie importante. »
L’unité de Brixworth a fait ses preuves dans le transfert de technologie de la piste à la route. La Mercedes SLS AMG Electric Drive a été conçue de concert entre Mercedes-AMG et HPP. Dérivée de la SLS AMG, la SLS AMG Electric Drive utilise un groupe motopropulseur comprenant quatre moteurs électriques et une batterie lithium-ion. D’un point de vue opérationnel, Brixworth reste une organisation séparée de Mercedes même si la marque souligne l’importance d’avoir une interaction entre ses différents ingénieurs des divisions course et route, l’idée étant toujours de fournir une deuxième opinion.
Porsche : une même unité route/compétition…
Porsche a une vision quelque peu différente. Revenu au plus haut niveau des courses d’endurance en 2014, le constructeur allemand a tout raflé cette année en FIA WEC sans oublier la victoire aux 24 Heures du Mans. Le Dr Frank-Steffen Walliser, responsable de Porsche Motorsport, explique l’organisation mise en place : « Notre équipe de course LM P1 est intégrée dans nos centres de R & D. Nous ne voulions pas avoir une équipe de course sur un site dédié ou quelque chose comme ça. Cela faisait partie de la décision de transfert de technologie d’avoir une équipe directement sur place. L’équipe LM P1 utilise les ressources du développement du département routier, le partage des bancs d’essais et ainsi de suite. »
Retiré depuis la victoire au Mans en 1998, Porsche est tout de même revenu aux affaires avec le RS Spyder en American Le Mans Series. « La RS Spyder pourrait être considérée comme une première étape à un retour au Mans, mais à cette époque, vous n’aviez aucune chance avec un moteur essence contre les diesels » confesse le Dr Walliser. « Mais lorsque les nouvelles règles sont arrivées avec la mise en place d’une équivalence et un très haut niveau de liberté pour les ingénieurs, c’est là qu’a été prise la décision de revenir au Mans. »
Outre le programme LM P1, Porsche est également présent en GTE avec des Porsche 911 RSR construites sur la même ligne de production que les modèles de route.
« Sur la LM P1, nous utilisons un essieu avant très semblable à celui de la 918 hybrid » rappelle Walliser. « Certes, le moteur est plus extrême, le design plus léger et la réglementation plus précise, mais le concept n’est pas très éloigné. Bien entendu, nous ne pouvons pas prendre toutes les parties car les prototypes sont construits en petite quantité, mais pour les systèmes et le savoir-faire, nous pouvons utiliser le programme LM P1. Aujourd’hui, il y a une feuille de route pour l’hybridation. Porsche propose actuellement la technologie hybride sur le Cayenne et la Panamera. La prochaine génération fera davantage la part belle à cette technologie, y compris des composants ayant roulé au Mans. »
Si Nissan a utilisé la compétition comme un outil marketing via son programme LM P1, Mercedes et Porsche ont mis l’accent sur la technologie pour que les voitures qui gagnent le dimanche puissent augmenter les ventes du lundi. Ce n’est pas pour rien que les deux marques sont en constante évolution dans un marché haut de gamme de plus en plus concurrentiel. Lorsque plusieurs centaines de millions de dollars sont en jeu, les conseils d’administration voient forcément les investissements consentis d’un œil différent…


