Bonjour à tous,
C’est avec énormément de plaisir que je m’adresse à vous via cette nouvelle chronique imaginée par le Belgian Audi Club. Chaque mois, j’aurai donc l’occasion de vous faire partager un peu de mon quotidien de pilote de course. Comme nous serons entre passionnés, je n’hésiterai pas à vous révéler un peu l’envers du décor…
Comme vous le savez probablement, j’ai beaucoup voyagé en ce début de saison avec tout d’abord ma deuxième place aux 12 Heures de Bathurst, en Australie, puis ma participation à une course du championnat de Stock Car brésilien. Une chouette expérience avec des Silhouettes (avec un châssis tubulaire) assez plaisantes à piloter !
Ma saison européenne a débuté samedi dernier lors de la première course du championnat VLN sur le circuit du Nürburgring. J’étais impatient et très heureux de pouvoir y piloter la nouvelle Audi R8 LMS pour sa première apparition en course. Malheureusement, l’accident dont a été victime Jann Mardenborough a forcément gâché la fête.
Je venais de sortir de la voiture quand j’ai appris que la course était arrêtée au drapeau rouge. Lorsque l’on m’a dit que l’accident avait eu lieu à Flugplatz, j’ai tout de suite fait une grimace. Comme son nom l’indique, Flugplatz est un endroit où l’on décolle légèrement. Les vitesses atteintes à cet endroit son très élevées et une sortie de piste là-bas peut avoir des conséquences très graves, comme on l’a malheureusement vu. En apprenant la nouvelle, je suis resté sans mot. Quand un pilote décède sur un circuit, ça fait déjà un choc car on se dit que ça pourrait être nous. Mais nous, nous assumons les risques que nous prenons. Dans ce sens, la mort accidentelle d’un spectateur est donc peut-être encore plus cruelle… Même sans connaître la personne, on peut facilement imaginer la douleur que ça doit représenter pour les proches, à qui je présente d’ailleurs mes plus sincères condoléances.
En revenant du Nürburgring, j’ai beaucoup parlé avec Jacqueline, ma compagne. Je lui ai dit que j’étais peut-être fou, mais que le grand Nürburgring est incontestablement l’un de mes circuits préférés… et notamment parce que c’est un tracé dangereux ! Sur la Nordschleife, on sait que l’on n’a absolument pas le droit à l’erreur. Là, il n’y a pas de grandes zones de dégagement pour te rattraper si tu as été trop optimiste. Si tu te loupes, c’est le mur… En tant que pilote, on a l’impression de livrer un combat permanent contre soi-même. D’un côté, tu as envie d’attaquer au maximum en permanence. De l’autre côté, ton instinct de survie te pousse à ralentir. Quand on recherche sans cesse le juste milieu, c’est un challenge permanent qui procure un maximum d’adrénaline. Et c’est cette adrénaline que nous, pilotes, recherchons.
Heureusement, le sport automobile n’est plus comme il y a 40 ou 50 ans, quand il y avait très régulièrement des accidents mortels. Aujourd’hui, c’est quelque chose à quoi nous ne pensons presque plus jamais. La sécurité des circuits et des voitures a tellement évolué qu’il faut vraiment un incroyable concours de circonstances pour qu’un accident ait de graves conséquences. Et c’est ce qu’il s’est passé ici. Je suis triste aussi pour Jann Mardenborough, qui est un très bon pilote et qui doit désormais subir les critiques de gens qui n’y connaissent rien et disent qu’un joueur de Playstation ne devrait pas se retrouver au volant. C’est vraiment n’importe quoi… Mais ça doit être dur à entendre !
A la fin de cette semaine, j’enfilerai de nouveau mon casque lors de la première manche de la Blancpain GT Series. A ce moment, je sais que je ne penserai plus à cet accident. Je serai là pour faire mon boulot et je ne penserai qu’à la victoire. Je me réjouis de faire équipe avec Robin Frijns, qui était mon équipier en karting pendant 5 ans quand nous roulions tous les deux pour l’équipe GKS. Nous nous entendons bien, nous parlons la même langue et nous nous respectons beaucoup. Dans tous les cas, je vais l’aider un maximum pour qu’il trouve rapidement ses marques au volant de l’Audi. Et si un jour il va plus vite que moi, j’analyserai ses données pour voir où je dois m’améliorer. Avec Stéphane Ortelli, nous avions déjà su instaurer un tel climat de confiance pour bien travailler en équipe et nous essaierons de reproduire ça avec Robin. J’ai le sentiment qu’à nous deux nous pouvons nous tirer l’un l’autre pour progresser sans cesse et viser le titre en Sprint. Après avoir décroché au moins une couronne en 2013 et en 2014, je veux continuer sur cette lancée !
Avec Nogaro en Sprint et Monza en Endurance, nous avons deux rendez-vous importants de la Blancpain GT series qui nous attendent dans les prochaines semaines. Mon agenda s’annonce donc bien chargé, mais on se reparle dans un mois !
A bientôt,
Laurens