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Histoire de livrées et de couleurs, part 5…

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Au cours des premiers volets de cette série, vous avez pu lire les propos de différents passionnés qui sillonnent régulièrement les circuits, ceux d’un professionnel du graphisme ainsi que les retours d’un directeur marketing. Tous vous auront certainement éclairé sur ce sujet qui divise généralement les foules. Pour cet ultime article, nous avons posé quelques questions à un “pilote-patron” afin de savoir si les bases et problématiques d’une décoration sont les mêmes pour tout le monde.

Pour corser un peu la chose, nous nous sommes rapproché de Romain Dumas, pilote de renom en endurance au volant d’une des deux Porsche 919 Hybrid du Porsche Team, et qui endosse la tenue de patron d’équipe en rallye au sein de la structure éponyme (Romain Dumas Rallye Team).

10636573_811549088890076_1014531911303584943_oRomain, comment s’est fait le choix des couleurs pour le team rallye ?

« Cela vient des couleurs de mon casque. A l’origine j’ai toujours eu un casque blanc et bleu, ma couleur préférée. Quand j’ai rejoint Penske Racing, nous avions l’obligation contractuelle d’avoir un casque qui se rapprochait des couleurs du team et du partenaire principal, DHL. J’ai opté pour le rouge et le gris, et le design du casque a été fait avec l’aide de mon fan club. J’ai gardé ces couleurs et le team, qui a été créé à cette époque, les a logiquement repris. »

1421190_872652362779748_8325619623709799373_oComment a été défini le graphisme de la livrée ?

« Au début, c’était un peu fait de manière amateur et relativement simpliste. Au fil des années, comme pour la technique en fait, j’ai essayé d’améliorer les choses et de monter en gamme. C’était de toute manière obligatoire vis-à-vis des partenaires, car mon programme rallye était de plus en plus important que ce soit au niveau du nombre d’épreuves que de la qualité des épreuves. La personne qui gère ma communication m’a un peu forcé à ce qu’on crée une identité graphique, et on y est vraiment parvenu l’an dernier, à Pikes Peak  notamment.

Concernant le design proprement dit, le propre d’une structure privée, c’est d’avoir à la fois peu et beaucoup d’obligations. La première est d’ordre financière : on ne pas partir dans n’importe quel délire et il faut rester cohérent au niveau budget. Il faut surtout valoriser les partenaires principaux, mais aussi intégrer de nombreux partenaires techniques. Donc je dirais qu’il y a plus de partenaires que dans un team usine par exemple. On a tenu compte de cela pour la déco avec un espace qui est toujours dédié aux partenaires techniques. Ensuite, il était logique de reprendre les couleurs du team. Je voulais aussi quelque chose de dynamique, plus arrondi que droit, et j’aimais bien l’idée d’avoir un côté asymétrique, sans pour autant casser les lignes de la Porsche ! »

1979559_831537200224598_6958637734275626782_nPenses-tu qu’il est plus simple d’établir la décoration d’une voiture en rallye qu’en endurance ?

« Les contraintes générales sont les mêmes je pense. Disons qu’en endurance, mon rôle est de piloter donc je m’en préoccupe moins. Mettre en valeur les partenaires, émerger face aux autres, avoir une identité cohérente et aussi forte que possible, j’imagine que ce sont des points communs. Techniquement, il y a peut-être plus de contraintes de poids en endurance, mais comme c’est l’une de mes obsessions, je suis très vigilant sur ce paramètre en rallye. A ce sujet, j’ai la chance de travailler avec des entreprises comme Hexis et Illimited Edition, qui sont très compétentes et irréprochables.

Après, on sait aussi qu’en rallye il y a des parties qui seront davantage sujettes aux projections que d’autres, donc on l’intègre au brief pour éviter de tout refaire à chaque rallye. Au niveau décoration pure, les limites, ou non-limites d’ailleurs, sont identiques quelle que soit la discipline. »

As-tu souvent des retours du public concernant la livrée de ta Porsche ?

« Oui j’ai régulièrement des retours du public lorsque l’on présente la déco de la voiture. La majorité des retours se font sur les réseaux sociaux, y compris les miens où je réserve en général les avant-premières. Sur les rallyes, il y a souvent de nombreux fans qui en parlent. On a de la chance, en général ils sont plutôt contents… mais je crois que la Porsche y fait beaucoup ! Après, on a essayé de proposer quelque chose de différent cette année : à la demande d’un partenaire, nous allons probablement changer de déco à chaque rallye que je ferai. C’est pourquoi au Monte-Carlo nous avions une déco « vintage » en mémoire à Björn Waldegard. Et effectivement nous avons eu un certain nombre de remarques. »

10830780_898507686860882_8576966797571197427_oEst-il difficile de mettre en place une livrée identique sur la voiture et le camion d’assistance ?
« C’est marrant cette question parce que c’est justement l’un des sujets du moment. On doit s’en occuper depuis quelques temps déjà mais il y a d’autres sujets prioritaires.  D’autant qu’avec les changements de déco qui devraient intervenir, c’est difficile de rester cohérent. Pour l’instant c’est en stand-by mais ce n’est pas compliqué d’avoir un graphisme similaire. La grosse contrainte est budgétaire : un camion, ça coûte entre deux et trois fois le prix d’une voiture à sticker ! »

Pour Pikes Peak, pourquoi le choix de cette teinte grise, et comment a été définie la décoration de la Porsche ?

« Pour Pikes Peak, il y a eu trois participations et trois fois des logiques différentes. Ça montre bien la progression du team en matière d’identité d’ailleurs. La première année, c’est Spark qui avait choisi la déco. C’était le partenaire principal et nous avions donc repris les couleurs historiques de Spark. Le résultat était sympa parce que nous avions convaincu les autres partenaires de limiter les couleurs au blanc ou orange fluo. Le seul bémol, c’est que la voiture n’était pas identifiée au team.

2012_RomainDumas_PikesPeakRun3_1-728x469En 2013, c’était compliqué. Nous avions tout fait dans un délai très court, et certains partenaires nous ont rejoints vraiment tardivement. Il a fallu adapter la déco. A l’origine, on devait avoir un gris proche de 2012 pour rester dans la continuité, mais de retouche en retouche, on s’est éloigné du concept de base. On a travaillé dans l’urgence, on a même stické une partie de l’auto sur place. On était pas au niveau et on en a pris conscience.

La saison passée, on a franchi un vrai palier et c’est une satisfaction. Nous avions deux voitures d’engagées, ma Norma et la Porsche pour Vincent Beltoise. On se devait de donner une image parfaite. On a donc mis au point une déco similaire sur les deux autos pour avoir un bel effet d’ensemble. Pour le design, après Pikes Peak 2013, on avait profité du Rallye d’Alsace avec la Ford Fiesta WRC pour faire quelques tests. Les retours ont été positifs sur le design pur et on a capitalisé là-dessus. Ensuite, il fallait décliner cela sur la Porsche et la Norma, avec un fond blanc. Pas forcément simple à première vue, compte tenu de la différence entre les deux autos mais ça c’est fait naturellement. C’était étonnement simple. Ça a même donné un look plus agressif à la Norma. Quand on est arrivé à Pikes Peak, avec les deux voitures qui avaient le même look, tous les gars qui portaient les vêtements RD Limited, et ma combinaison qui était dans le même état d’esprit, j’étais vraiment satisfait ! »

10351379_783788308332821_3188822958464557609_nNotre série touche à sa fin, et l’heure du bilan a sonné. Nos différents interlocuteurs semblent donc tous unanimes sur le fait qu’une livrée à une réelle importance auprès du public et des médias et que c’est un élément à ne pas négliger.

Une belle livrée ne semble donc pas si difficile que cela à réaliser. La base étant de faire confiance à un designer de talent qui saura prendre en compte les contraintes, qu’elles soient liées aux partenaires de l’équipe ou directement associées à l’auto (mécaniques ou aéros).

La question de la mise en place est probablement le point noir de la chose, mais avec les techniques actuelles, l’impossible peut certainement être contourné, même si d’une GT à un proto la complexité de l’opération sera différente, mais pas insurmontable, pour celui qui veut vraiment jouer le jeu et satisfaire ses partenaires. A bon entendeur…

Dans quelques semaines, la planète endurance va de nouveau prendre la piste, et comme beaucoup, je me prends à rêver que la plupart des équipes auront jouer le jeu, et que les grilles de départ réuniront tout ce que nous attendons : couleurs, graphismes, et originalités dans les créations.

Wait and see…

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