Le Mans

Henri Pescarolo : “Gérard Ducarouge était un vrai meneur d’hommes”

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Nous avons fait écho la semaine dernière du décès de Gérard Ducarouge. Il nous a semblé évident de remémorer l’une des grandes figures du sport automobile français. Sans Gérard Ducarouge et les succès de Matra, tant en Formule 1 qu’en Sport-Prototypes (trois victoires consécutives aux 24 Heures du Mans et deux titres de Champion du Monde des Constructeurs ), le  sport auto en France et particulièrement l’endurance, ne serait pas au niveau élevé qu’il a atteint.

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Pour parler de Gérard Ducarouge, il semblait évident de confier ce soin à quelqu’un qui l’a connu de très près et qui est lui aussi étroitement lié aux succès de Matra, Henri Pescarolo pour ne pas le nommer. Le quadruple vainqueur des 24 Heures du Mans a bien voulu évoquer cet ingénieur de grand talent.

Henri, peux-tu définir Gérard Ducarouge en quelques mots ?

« C’était un bosseur, un meneur d’hommes et un Directeur d’Exploitation parfait. Les voitures lui étaient conçues en interne chez Matra par Bernard Boyer, par Georges Martin, par une équipe d’ingénieurs de haut niveau, il les prenaient en charge pour tout ce qui était montage, mise au point et développement avec la réussite que l’on sait. Il avait l’art –comme Jean-Luc Lagardère-, de motiver une équipe autour de lui, une équipe qui était entièrement dévouée à la cause de Matra. Il exploitait toutes ses qualités et celles des autres pour faire gagner Matra. Il se servait de l’expérience et des connaissances techniques qu’il avait acquises dans l’aéronautique, et ses connaissances et son expérience, il en a fait profiter, après les succès de Matra, Alfa Romeo et Lotus. C’était un vrai meneur d’hommes. »

Etait-il exigeant, avec lui-même et avec les autres ?

« Absolument, c’était un énorme travailleur. Il était exigeant avec tout le monde, mais de toutes façons, il n’y a pas de bon ingénieur qui ne soit pas exigeant. Au niveau de l’équipe Matra, chacun dans son domaine était dans les tout meilleurs, et la manière dont Jean-Luc Lagardère sélectionnait, que ce soient les mécaniciens, les pilotes, permettait d’avoir une équipe de haut niveau. Bien qu’il soit exigeant avec eux, Gérard Ducarouge était très aimé des mécaniciens qu’il appelait affectueusement ses « rats ». Chez les Matraciens, il y avait une grande camaraderie et beaucoup d’estime réciproque. 

Gérard Ducarouge était quelqu’un d’extrêmement intelligent et il a très vite pris le pas sur beaucoup d’autres qui auraient pu être à sa place. »

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Tu as connus beaucoup d’ingénieurs au cours de ta carrière, quelle place lui donnerais-tu ?

« Oui, oui, c’était un très bon, dans les tout meilleurs. J’en ai connu d’autres qui étaient aussi très bons, mais Gérard c’était un peu différent. Chez Matra, l’organisation était très complémentaire. Même si on ne peut pas attribuer les succès de Matra uniquement à Gérard Ducarouge, c’était toute une chaîne qui se complétait, mais il y a vraiment pris une large part parce qu’il arrivait à tirer le maximum de ce qu’il avait. Au niveau du montage des voitures et de leur exploitation, c’était vraiment quelqu’un.”

En course, notamment au Mans, c’était lui le patron ?

« Il était responsable des réglages, de la mise au point, était chef de l’équipe pendant toute la course, c’était lui qui définissait la stratégie, le chef, quoi. »

Est-ce qu’il intervenait dans la composition des équipages ?

« Pas du tout, ce n’était pas son rôle. C’est Jean-Luc Lagardère qui s’en chargeait, conseillé par plusieurs personnes, dont Gérard Crombac, un grand journaliste, surtout pour les équipages internationaux. Pour les équipages français, c’était Jean-Luc Lagardère, c’était simple, il prenait tous les meilleurs français… »

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Y a-t-il une anecdote avec  Gérard Ducarouge qui t’a particulièrement marquée ?

« Une anecdote, il y en a beaucoup, c’est difficile, il y a surtout une multitude de souvenirs extraordinaires. Si, il y en a une qui a frappé tout le monde : dans notre duel avec Ferrari en 1973, on se battait pour le Championnat du Monde des Sports-Prototypes, il y avait une rivalité extrême entre Ferrari et nous, et entre les fans italiens et nous. On était à Vallelunga, je crois. Au début de la course, les Ferrari étaient devant, et progressivement on a refait notre retard et on a gagné. sous les huées de la foule italienne évidemment. Là, Gérard Ducarouge, juste après l’arrivée, est allé au milieu de la piste et a fait un bras d’honneur au public italien !! Dans la presse italienne, ça a fait un vrai scandale, avec la photo de Gérad Ducarouge en pleine piste… » 

Nous remercions le Musée Matra de Romorantin pour les photos d’archives.

   

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