En arrivant au CHU d’Angers le 3 juin 2012 dans l’après-midi, Guillaume Moreau n’avait aucune idée de ce qui allait lui arriver. Allait-il pouvoir remarcher ? Allait-il reprendre une vie normale ? A ce moment-là, la compétition automobile était le cadet de ses soucis. En ce 25 décembre 2013, Guillaume Moreau fête Noël dans son limousin natal avec les siens. Il remarche, il a retrouvé une vie quasiment normale et le virus de la course automobile lui trotte à nouveau dans la tête. Pourtant, rien n’était gagné avec une moelle épinière touchée et une vertèbre fracturée. Le retrait du matériel qui a servi à maintenir les vertèbres durant la phase de consolidation a été ôté il y a peu et Guillaume va pouvoir reprendre sa préparation physique après les fêtes. On ne parle pas encore d’un retour à la compétition mais si lui ne voit plus quotidiennement les progrès, sa démarche évolue au fil des semaines dans le bon sens. En attendant d’en savoir plus sur son avenir de pilote, Guillaume s’est lancé dans l’assurance et la prévoyance dans le sport automobile avec Racecare, en association avec Franck Bayle. Les deux compères arpentent les paddocks pour expliquer le bien-fondé d’être assuré. Entretien au pied du sapin avec un croqueur de vie…
Pour commencer, comment vas-tu après cette nouvelle opération ?
« Le réveil a été quelque peu douloureux car je me suis beaucoup remusclé. J’ai bien récupéré et maintenant tout est rentré dans l’ordre. Je suis retourné voir le Docteur Olivier Lucas à Angers il y a quelques semaines pour y subir une nouvelle opération. La phase de guérison osseuse s’est bien passée et j’ai fait ôter le matériel ayant servi à maintenir en place les vertèbres. Certains chirurgiens font garder le matériel mais le corps humain n’est pas fait pour vivre avec un tel matériel à vie. Je me suis bien remusclé et j’ai retrouvé une certaine souplesse car j’arrive à toucher mes pieds avec mes doigts. »
La décision a été dure à prendre ?
« Pas vraiment car je savais qu’il le fallait. A ce jour, je ne sais pas si je pourrai reprendre la compétition mais une chose est sûre, cela n’aurait pas pu se faire avec le matériel dans le dos. Le moindre choc aurait fait des dégâts. Après la dernière opération, j’avais l’impression d’être revenu en arrière. Cet été, j’ai pu faire du bodyboard et de la marche dans le sable. Marcher dans le sable m’a fait beaucoup de bien. J’avais repris une vie presque normale et il a fallu passer à nouveau sur la table d’opération. La masse musculaire a dû être écartée pour ôter le tout afin d’avoir une cicatrice parfaite, ce qui est le cas. C’est un vrai travail d’orfèvrerie. J’étais prévenu du risque car les docteurs ont gratté des zones sensibles. Pour moi, c’était logique de le faire à Angers. Lorsque je suis arrivé au CHU en juin 2012, tout a été fait dans un contexte d’urgence. J’étais le premier sportif de haut niveau à passer dans le service du Docteur Lucas. Je luis dois énormément, tout comme à son équipe car la première opération était cruciale. Les bonnes décisions ont été prises au bon moment. Pour moi, 2013 a été l’ablation du matériel. Comme je l’ai dit, il aurait été impossible de reprendre la course automobile sans cette opération. Maintenant, la consolidation osseuse est un sujet clos. »
La sensibilité revient petit à petit ?
« Le tout progresse. Je marche de mieux en mieux. Certes, le côté droit évolue un peu moins vite mais je boite moins. Je n’ai plus de douleurs au niveau du dos et je vois aujourd’hui le gain de l’ablation du matériel. Je me sens comme quelqu’un de normal en retrouvant un certain confort de vie. Je commence à faire du vélo même si je ne peux pas encore me mettre en danseuse. Une fois la cicatrice consolidée, remonter dans une voiture de course sera possible mais il reste encore des questions. Est-ce que la sensibilité de l’accélérateur sera suffisante ? Est-ce que le freinage pied gauche sera bon ? »
Tu comptes tester tes capacités en 2014 ?
« J’en ai envie mais je n’ai aucune idée de mon niveau. L’envie est là, c’est certain. Faire un test en GT fait partie de mes objectifs pour 2014. Je compte faire cela sans aucune pression. Je veux savoir où j’en suis. La seule chose qui me fait rêver, c’est de piloter. Chez OAK Racing, j’étais comme un poisson dans l’eau en étant comme qui dirait le chef d’orchestre. Tous les déplacements avec l’équipe me manquent. En attendant, je garde un pied en sport automobile grâce à Racecare qui se développe. »
Surtout que tu sais de quoi tu parles…
« Personne ne devrait rouler sans assurance. C’est aussi le cas pour les mécaniciens, les journalistes ou les photographes sur les circuits. Qu’un pilote soit professionnel ou gentleman, il met toujours un casque. Il n’y a aucune différence. C’est la même chose avec l’assurance. La licence n’offre qu’une couverture partielle. Nous souhaitons une vraie relation de confiance avec les pilotes. Notre produit est entièrement français même si l’on peut assurer des pilotes étrangers. La passion du sport automobile fait oublier les fondamentaux et je sais de quoi je parle. J’ai roulé plus de dix ans sans assurance. Je crois beaucoup en Racecare. »
Tu as pensé à poursuivre en sport automobile dans un autre rôle que pilote ou assureur ?
« Si je reviens, c’est en tant que pilote. Je suis toujours pilote dans ma tête. Peut-être que ça changera après le test mais pour le moment je ne me pose pas de questions. Je suis persuadé de revenir un jour. La question est de savoir quand cela pourra se faire. »
Ce retour se fera forcément en GT ?
« Ce qui est certain, c’est que si je reviens, je serai très pointilleux sur la sécurité. Que les prototypes deviennent petit à petit fermés est une avancée. Il faut plus de sécurité pour absorber les chocs verticaux. L’assise du pilote est à changer. Il est vrai que ce sera plus facile physiquement pour moi de revenir en GT. Je porte trois équipes dans mon cœur. Il y a OAK Racing avec qui j’ai toujours eu des relations privilégiées, Signature où j’ai passé des moments inoubliables, et SOFREV-ASP avec qui j’ai remporté la catégorie Pro-Am aux 24 Heures de Spa. L’équipe est gérée de façon admirable et nous avons appris à nous connaître. L’équipe est à l’image de Jérôme Policand. »
Quel est ton regard sur la saison écoulée dans les différents championnats ?
« On peut clairement dire que la saison a permis de voir de très belles choses dans toutes les séries. Le FIA WEC a franchi une nouvelle étape avec un niveau de folie en LM P2 et LM GTE. Malheureusement, ces catégories ne sont pas assez partagées avec le public. Le LM P1 reste l’élite mais il n’y a pas assez de monde. Peu de gens peuvent aller dans la catégorie reine. L’arrivée de Porsche devrait permettre d’avoir des courses encore plus disputées. Je suis très content que OAK Racing ait pu décrocher le titre LM P2 dans une catégorie qui est toujours aussi relevée. Le GT3 est toujours en ébullition avec l’arrivée de nouveaux constructeurs. Le championnat Blancpain a fait le plein d’engagés. L’Endurance a connu une belle année et 2014 s’annonce sous de beaux auspices. »