Varois et fier de le revendiquer, Gérard Neveu est directeur du FIA WEC depuis sa création. On l’a vu successivement directeur des pistes du circuit Paul Ricard puis directeur du circuit. L’enceinte du Paul Ricard n’a plus aucun secret pour lui. On lui doit notamment la réouverture du circuit au public à un moment où peu de gens y croyaient. Depuis 2012, il dirige le FIA WEC avec le concours appuyé de Pierre Fillon, président de l’ACO. Le duo travaille main dans la main pour développer un Championnat du Monde d’Endurance de la FIA qui ne demande qu’à grandir. Homme de terrain charismatique, Gérard Neveu est avant tout un passionné. A notre demande le directeur du FIA WEC s’est confié à Endurance-Info. Entretien… (In English)
Etant varois, le circuit Paul Ricard était l’endroit parfait pour assouvir sa passion du sport automobile ?
« Mon sport de prédilection est le rugby, normal pour un Toulonnais, mais j’ai toujours été un passionné de sport automobile. Le Paul Ricard est un monument et j’ai grandi à l’ombre des pins du plateau du Castellet. Tout jeune, je montais en passager sur une moto pour aller suivre les courses. On adorait ça. Il y a prescription mais on essayait de resquiller pour être au plus près de l’action (rires). J’ai grandi dans cette ambiance de sport auto. A 18/19 ans, je me suis orienté vers l’évènementiel. J’ai toujours été fasciné par les grands évènements. J’ai eu entre autre la chance de travailler pour le Coupe du Monde de la FIFA au sein du Comité Français d’Organisation en 1998. »
Vous avez occupé plusieurs postes au Paul Ricard…
« Avant d’avoir des responsabilités sur le circuit, j’ai occupé diverses fonctions. Dans les années 80, j’ai effectué un tas de petits boulots. J’ai été speaker du circuit pour le Grand Prix de Formule 1. J’étais animateur sur Radio Vitamine et j’avais en charge l’animation du Grand Prix sur la radio du circuit. Auparavant, j’ai officié comme secouriste en tant que pompier volontaire. Pour l’anecdote, je suis intervenu sur l’accident spectaculaire de Jochen Mass en F1 dans la courbe de Signes où j’ai été un des premiers sur place. C’est quelque chose qui m’a marqué.”
A la reprise du Paul Ricard, le circuit était devenu un endroit secret…
« Au début, le circuit n’était qu’un laboratoire qui ne servait qu’à boucler des séances d’essais. Nous n’étions alors qu’un tout petit groupe à travailler autour de Philippe Gurdjian et l’aventure a duré 11 ans. Je fais partie de ceux qui pensaient que si le circuit ne restait qu’une base d’essais, la légende se serait éteinte au fil du temps. Le Paul Ricard a écrit certaines des plus belles pages du sport auto mais aussi moto. J’y ai rencontré des gens passionnants et attachants. J’avais en admiration François Chevalier qui est une personne atypique et rare. Philippe Gurdjian m’a beaucoup appris et Claude Sage a également marqué mon passage sur le Paul Ricard. Le monde professionnel du sport auto est fait de très belles rencontres. Au fil du temps et des discussions, le circuit a été de nouveau ouvert à la compétition avec comme première course une manche du Ferrari Challenge. J’ai immédiatement cru que cela pouvait fonctionner malgré les réticences de mon Board. Puis avec l’arrivée de Claude Sage, nous avons eu les moyens d’activer la réouverture au public. On peut voir que ça fonctionne plutôt bien vu la qualité des championnats qui viennent rouler au Paul Ricard. »
Selon vous, le sport automobile national a un avenir ?
« Il y a plusieurs façons de voir les choses. Le FIA WEC a pris de l’importance depuis 2012. Le règlement LM P1 mis en place par l’ACO et la FIA est la plus belle plate-forme pour le développement et l’innovation. Quatre des six plus grands constructeurs mondiaux sont en endurance. D’un côté, on a le meilleur laboratoire technologique pour le futur et de l’autre des médias nationaux en France qui sont frileux sur le sport automobile en général. On voit clairement la différence avec d’autres pays. Il y a une vraie difficulté à avoir de la visibilité alors que l’endurance est en pointe dans le sport. On a Michelin et qui sont très impliqués en endurance, des pilotes français qui sont parmi les meilleurs au monde, et n’oublions pas que parmi les meilleurs constructeurs LM P2 on trouve également des français. De plus, la plus grande course au monde est organisée en France avec les 24 Heures du Mans, l’organisation du FIA WEC et de l’ELMS est française et la FIA à ses bureaux à Paris et son Président est Français. La langue officielle du sport auto est la langue française. C’est tout de même un sacré paradoxe !et pour toutes ces bonnes raisons le sport auto mérite une meilleure place médiatique dans l’hexagone. »
L’automobile n’est donc pas morte ?
« L’automobile reste et restera encore de nombreuses années comme le moyen de transport principal de l’humanité. Le sport automobile permet de faire de la recherche et du développement pour l’automobile de demain. C’est le cas des différents championnats mondiaux. Tout va dans le sens du bien-être. A nous d’avoir des évènements attractifs et de toucher la nouvelle génération. Le FIA WEC et la Formula E sont des championnats innovants qui roulent régulièrement en Europe et ce n’est pas un hasard si on partage une partie des pilotes. »
Un moment particulier vous a marqué en sport automobile ?
« Des moments marquants, il y a en a beaucoup. Vivre son premier GP de Formule 1 au Paul Ricard ou ses premières 24 Heures du Mans, c’est fort et même aussi fort qu’une finale de Coupe du Monde de la FIFA. C’est intense dans les deux sens : joie et tragédie. En endurance, on rencontre des gens brillants car il y a une vraie aventure humaine. Partager l’aventure FIA WEC avec Pierre Fillon est quelque chose de très fort. Il y a une multitude de gens qui ne sont pas ordinaires. Le Dr Wolfgang Ullrich est la référence sur le plan humain. Mathias Müller (Porsche) par exemple est lui aussi quelqu’un d’exceptionnel. Comment ne pas citer Jean Todt ou Sir Lindsay Owen Jones.
L’équipe LMEM que j’ai l’honneur de diriger est une formidable équipe. J’ai beaucoup d’admiration pour l’ensemble de mes collaborateurs. Il ne faut surtout pas oublier les pilotes qui sont courageux avec une générosité incroyable. Ils risquent leur vie à chaque course. Quel sport demande autant de sacrifices ? Et puis tous ces passionnés pro ou bénévoles qui donnent le meilleur d’eux-mêmes…quelle merveilleuse énergie
« J’ai le souvenir d’une édition des 24 Heures du Mans où j’étais dans le stand ORECA. Il était minuit et la voiture est rentrée salement amochée. En seulement 45 minutes, tout a été réparé. L’auto repart et je vois deux mécaniciens qui s’effacent discrètement derrière une colonne de pneus à l’arrière du garage pour pleurer. Ils sont allés au-delà de la limite émotionnelle et physique. C’est cela l’endurance ! »
L’endurance n’est donc plus une maison de retraite pour les pilotes ?
« Il y a eu une génération incroyable en Formule 1 à l’époque des Prost, Senna, Tyrell, Head, Williams, Denis ou Ecclestone etc… Aujourd’hui, on a une génération exceptionnelle en endurance. Quand on voit que des légendes telles que Jacky Ickx ou Henri Pescarolo se déplacent avec bonheur sur les manches FIA WEC, ça fait chaud au cœur. A Fuji, Henri était comme un gamin. Nous avons été très touchés avec Pierre Fillon par les mots que Jacky Ickx nous a dit sur la grille de départ des 6 Heures de Spa. On retrouve des liens en endurance que l’on ne voit guère au sein d’autres paddocks. »
Il y a eu des craintes en 2012 avec le lancement du FIA WEC ?
« A Sebring, nous étions tous ravis d’être là. Il a fallu pallier au départ soudain de Peugeot. Le moment a été difficile à vivre pour les pilotes et toute l’équipe technique qui avaient tant donné pour proposer une bonne auto pour la saison à venir. Pour toutes les équipes de la FIA, LMEM et ACO, être à Sebring était un rêve que l’on avait en tête et il est devenu réalité. Trois ans plus tard, la satisfaction est bien là. Notre implication est permanente car il faut anticiper l’avenir. En 2012, il fallait construire. Depuis, les équipes ont grandi. Lorsque nous avons lancé le championnat, l’équipe permanente était composée de 10 personnes et 60 personnes sur les courses. Maintenant, ils sont 30 à travailler quotidiennement et près de 150 pour l’organisation sur les épreuves. Chaque jour, il y a des doutes et chaque jour il y a des certitudes.
D’ailleurs, heureusement qu’il y a des doutes. Avec Pierre Fillon, le dialogue est permanent. On se doit de respecter le paddock. Au final nous savons que nous vivons une vie extraordinaire et peu ordinaire… »





