Tous les passionnés des 24 Heures du Mans savent que cette course est avant tout une histoire humaine. L’exploit réalisé par Frédéric Sausset en atteste un peu plus. Le quadri amputé est allé au bout de son rêve qui au fil du temps est devenu un objectif. La Morgan LM P2 qu’il partageait avec Jean-Bernard Bouvet et Christophe Tinseau, son compère des débuts, a vu l’arrivée et Fred Sausset n’a pas rechigné pour enchaîner les tours à un rythme régulier. Voir l’arrivée était l’objectif et la mission a été parfaitement remplie. Pierre Fillon et Vincent Beaumesnil ont cru dans ce projet un peu fou, le Dr Ullrich a lui aussi apporté tout son soutien de même que Jacques Nicolet et Jean Todt. Axa Assurances a ensuite adhéré et les autres partenaires ont suivi. La saison VdeV Endurance Series a laissé place aux 24 Heures du Mans. Retour sur une aventure humaine qui est allée au bout…
Le physique a parfaitement tenu ?
“La préparation physique a été bonne. Pour moi, cela faisait beaucoup de choses nouvelles car il me manque quand même un bout de corps. Je n’ai pas souffert en piste et je dois même dire que c’était plus facile qu’à Silverstone. Ce circuit du Mans me convient bien. On m’avait pourtant dit que certaines parties telles que les Virages Porsche et Ford étaient compliquées. Finalement, je n’ai pas rencontré le moindre problème. Je suis resté concentré sur mon seul et unique but qui était de rallier l’arrivée. Lors des derniers tours, j’ai fait encore plus attention et je voulais lever un peu le rythme. Avant de partir en piste, Christophe m’a dit de ne rien changer en m’expliquant que c’est en baissant le rythme que les problèmes pouvaient arriver.”
Passer le damier a été un soulagement ?
Franchir la ligne a été un vrai bonheur. C’est une aventure humaine extraordinaire qui va bien au-delà d’une participation à cette course. Pour tous ceux qui ont vécu les phases différentes de ce projet, c’est une vraie victoire et on a vécu cela tous ensemble. SRT41 est devenu une vraie famille. Tout a été fait pour que l’aventure aille au bout.
Il a fallu du temps pour trouver le rythme en course ?
“J’avais beaucoup d’appréhension durant mon premier relais. Christophe est parti dans des conditions pas faciles. Pour ma part, je suis resté focalisé sur mon travail qui était de boucler des relais de 11 tours. Je n’ai pas commis d’erreur en me calant sur un rythme en course entre 4.03 et 4.05. Il ne faut pas surtout pas oublier que notre Morgan embarque 80 kg en plus du fait de l’équipement. Sur un tracé comme Le Mans, c’est de 2 à 3 secondes au tour.
“C’est une belle satisfaction pour moi de ne pas avoir dégradé le travail de Christophe et Jean-Bernard. Le résultat est au-delà de nos espérances. Sans un arrêt d’1h15 durant la nuit pour changer l’embrayage, nous pouvions terminer dans le top 30. Aucun des pilotes n’a fait la moindre erreur.”
Tous les pilotes du plateau ont été unanimes sur ton comportement en piste…
“Les retours des autres pilotes ont été positifs. J’ai reçu beaucoup de chaleureux messages, que ce soit Loïc Duval, Romain Dumas et bien d’autres. Tous m’ont dit que j’avais ma place sur cette course. J’avais quelques craintes sur le sujet. Les pilotes de P1 sont de vrais magiciens. Ce sont des pilotes hors pair avec un tel différentiel de performance.”
La nuit, c’est quelque chose de différent ?
“J’ai adoré les relais de nuit car il y a une saveur particulière. Il n’y a rien qui vient polluer l’extérieur si ce n’est l’odeur de merguez. C’est unique et impressionnant.”
Il y a un moment fort plus qu’un autre ?
“Je retiens beaucoup de moments forts, notamment l’esprit de famille avec tous les acteurs : équipes, amis, famille, journalistes. Une heure avant la fin, on sentait qu’on touchait au but. Le Dr Ullrich est venu me voir durant dix minutes. On le savait tous, mais c’est vraiment un grand homme de l’Endurance. Je tiens aussi à remercier toutes les personnes de l’ACO qui ont cru dans ce projet, tout comme Onroak Automotive, Jacques Nicolet et Axa Assurances.”
Et maintenant ?
“Tout ça reste gravé à jamais. En fin de course, la communion avec les commissaires était énorme. Il y a eu aussi le podium avec l’ovation du public. Lundi matin, nous étions un peu triste car c’était terminé. Je me sens bien dans ce milieu où j’oublie mon handicap et mes douleurs. Il n’y a pas de raison que tout s’arrête là. J’ai quelques pistes et des idées pour le futur. J’y travaille depuis quelques mois. Ce qui est certain, c’est que le trio ne s’est pas séparé dimanche à 15 heures. Pour le moment, on se laisse le temps de savourer et de se reposer. C’est une très belle histoire qui est allée au bout.”





