Super GT

Entretien débridé avec Fred Mako, le dynamiteur français du SUPER GT

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Quoi de plus normal qu’un pilote qui a brillé en GT3, GT2 et GT1 passe ensuite par la case SUPER GT même si l’appellation n’a de GT que le nom. Frédéric Makowiecki est de ceux-là et il est certainement le premier à ouvrir une nouvelle voie. Formé à l’école GT où il est certainement l’un des meilleurs pilotes GT au monde si ce n’est le meilleur (n’ayons pas peur des superlatifs), le choix du championnat GT japonais a pu paraître surprenant en début de saison, la série nipponne étant généralement prisée par des guerriers qui ont officié en Formula Nippon comme ont pu le faire avant lui les Tréluyer, Duval ou Lotterer. Pour le natif d’Arras, la monoplace remonte à bien longtemps et il restait à voir comment allait s’adapter le Vice-Champion du Monde GT1 2012 dans un univers totalement inconnu pour lui : pays, culture, équipe, circuits, championnat, auto. A l’issue d’une première saison passée au pays du Soleil Levant, le pilote Dome-Honda a joué le titre jusqu’à l’ultime meeting en s’imposant aux 1000 km de Suzuka, l’épreuve la plus prisée de l’année. Le package HSV-010 GT/Weider Modulo Dome Racing associé à Naoki Yamamoto, Fred Mako et Michelin a fait des merveilles même si le titre n’est pas tombé dans l’escarcelle de la #18. Le contrat est rempli et on ne peut qu’espérer que le tandem soit reconstitué en 2014 afin de prendre une revanche. En parallèle, les courses passées au volant d’une Aston Martin Vantage GTE officielle en Championnat du Monde d’Endurance ont permis de montrer qu’il était l’homme à « abattre » par la concurrence. On ne connaît pas encore ses intentions pour 2014 mais on le verra forcément dans les plus hautes sphères de la planète Endurance. Avant de tirer un trait sur la saison 2013, il est temps de dresser un bilan mais aussi de parler de sujets divers comme la possible fin de Hexis Racing, son team de cœur, ou ses essais positifs réalisés avec Peugeot du temps de feu la 908. Entretien débridé…

sugawa07 Il reste encore une manche SUPER GT mais elle ne décerne pas de points. Quel bilan tires-tu de cette première saison en SUPER GT ?

 « Sur le plan du résultat final, je ne peux qu’être déçu. Tout était encore jouable en arrivant à Motegi. Lors de la Q1, j’ai commis une petite erreur dans mes deux tours lancés qui je pense m’ont fait perdre 0.2s. Je pense sincèrement qu’une place dans le Top 5 était possible. Dans ce championnat, 0.2s, ça peut te faire passer de la première à la cinquième ligne. Partir plus loin n’a finalement pas changé grand-chose. Terminer sixième était possible sachant que les Lexus étaient très fortes à Motegi, notamment la #6. »

sugawa10 Quel a été l’élément manquant pour rafler le titre ?

 « Il y a un ensemble de paramètres qui font qu’il en a manqué un peu. Avec du recul, on ne perd pas le titre à Motegi. A Fuji et Autopolis, on était très performants sans avoir pu concrétiser. Quand la performance est là, il faut prendre sa chance et marquer des points. Nous avons perdu de gros points à Sepang. Nos pneumatiques Michelin étaient très performants, et Naoki est passé de la 8ème à la 1ère place. Malheureusement, l’auto a mis du mal à redémarrer. A Sugo, nous étions en pleine bagarre avec nos concurrents et il y a eu un accrochage même si nous n’avons pas perdu tant de points que cela car la concurrence a elle aussi souffert sur ce tracé. En arrivant à Motegi, encore huit équipages pouvaient être sacrés, ce qui n’était pas le cas en 2012. Cette année, c’était très serré car chaque équipe a connu son lot de malchance. »

sugawa_hd_04 Le bilan global est tout de même positif ?

 « Pour employer une expression familière, j’ai pris mon pied. Nous avions le package pour gagner en étant une des meilleures équipes Honda. Cela m’a permis de poursuivre ma collaboration avec Michelin. Avant de venir rouler au Japon, je savais que c’était un championnat relevé mais peut-être pas autant. En Q1, il est fréquent de voir 10 autos en 0.5s. »

sugawa08 Un rookie qui gagne Suzuka et qui joue le titre n’est chose courante dans un championnat réputé de spécialistes…

 « Il a fallu que je m’habitue rapidement à un tas de paramètres. Sur la plupart des meetings, la météo peut vite changer. C’est le cas à Sugo. Certains tracés sont dans les montagnes et on ne sait jamais à quoi s’attendre. Les saisons sont respectées avec un début de championnat avec des températures très froides avant de rouler à mi-saison sous la canicule, puis terminer avec une météo plus mitigée. On attendait la pluie sur la seconde partie de saison mais elle n’est pas venue. Je me suis entraîné sur un simulateur pour mieux appréhender les différents circuits, excepté à Motegi. Il peut cependant y avoir des changements entre le virtuel et le réel comme j’ai pu le voir à Okayama. Il est compliqué sur un simulateur de faire ressentir le côté vallonné. Lorsque j’étais plus jeune, je jouais sur console sur les circuits japonais. Depuis l’époque du karting, j’ai toujours suivi le SUPER GT avec les exploits d’Erik Comas. C’est un championnat auquel j’ai toujours voulu participer. J’ai eu la chance d’être parfaitement aiguillé par Ben (Tréluyer) et Ricardo (Divila). C’est assez rare qu’un pilote arrive en SUPER GT sans avoir une grosse expérience de la monoplace. »

024 Suzuka restera le moment fort de la saison ?

 « Outre le championnat, tout le monde veut s’imposer à Suzuka. Nous avons été dominateurs du début à la fin. Gagner cette course est quelque chose de très fort. De plus, cela nous a relancé au championnat mais le côté négatif a été d’embarquer un lest plus conséquent. »

sugawa09 Comment as-tu été accueilli au Japon ?

 « Il n’y a rien à redire sur le sujet. Tout le monde a été charmant avec moi aussi bien dans le paddock qu’en dehors. On retrouve les mêmes fans d’un circuit à l’autre et je me suis bien adapté à ma nouvelle vie. J’avais quelques craintes au début mais elles se sont vite estompées. Par chance, une bonne partie de l’équipe parle correctement anglais. C’est aussi le cas de mon coéquipier Naoki qui m’a beaucoup aidé à m’intégrer, que ce soit dans le championnat ou en dehors. La prise de repères a été plus facile. »

sugawa_hd_03 Justement, Naoki a aussi fait que l’intégration a été plus facile…

 « Naoki est quelqu’un de très facile à vivre et de très tranquille. Il fait partie des plus performants du championnat. Il est le seul pilote Honda à jouer le titre Formula Nippon avec André (Lotterer) et Loïc (Duval). Naoki a joué pleinement le jeu à mes côtés et il n’est jamais avare de conseils. »

 On peut dire que le SUPER GT n’a de GT que le nom ?

 « Ce n’est un secret pour personne que les chronos des GT500 sont à mi-chemin entre LMP1 et LMP2. Ces autos font rêver les gens. Si on devait mettre une GT500 dans sa configuration SUPER GT actuelle sur le grand circuit du Mans, elle serait capable de tourner plus vite qu’une LMP2. C’est à en discuter avec les constructeurs mais je pense qu’il ne faudrait pas un gros développement pour les rendre fiables sur un double tour d’horloge. Fuji n’est pas Le Mans mais il y a quelques points de comparaison. Je dois bien avouer que cela ne serait pas pour me déplaire que de piloter une GT500 au Mans. Autant de plaisir que dans une LMP2, c’est certain… Chaque auto a ses points forts et ses points faibles. »

H24-019 Le trafic se gère différemment en SUPER GT ?

 « En règle générale, il y a plus d’autos que la plupart des championnats et les circuits sont plus courts. Cela peut s’apparenter à ce que l’on retrouve en Blancpain Endurance Series où il y a une seule catégorie. Avec 40 autos en piste et des GT500 qui sont entre une LMP1 privée et une LMP2, il faut se faire une place parmi des GT300 qui sont aussi rapides qu’une GTE. »

sugawa06 La langue japonaise n’a plus aucun secret pour toi ?

 « (Rires). Je n’ai pas cette prétention mais je commence à comprendre certains mots ou expressions. Cependant, je ne suis pas encore capable de comprendre une phrase complète. Je pense que pour être vraiment au point sur la langue, il faut vivre au Japon ce qui n’a pas été mon cas cette année. »

sugawa06 Venons-en au FIA WEC. Le bilan est plus mitigé ?

 « Déjà, il convient de dire que le Championnat du Monde d’Endurance continue sa montée en puissance. La chose positive est que le calendrier 2014 fait dans la stabilité avec une épreuve au milieu qui est les 24 Heures du Mans. Le Mans, ça m’électrise. On sent qu’il s’y passe quelque chose rien qu’en y arrivant et cette sensation dure une semaine complète. J’ai été très content de partager mon volant avec Bruno (Senna) et d’avoir gagné à ses côtés la manche d’Austin. Nous n’avons pas pu concrétiser plus tôt et je le regrette. L’équipe d’ingénieurs a très bien travaillé et j’avais à cœur de faire quelque chose de bien avec Bruno. Entre nous, l’entente était parfaite et je suis fier d’avoir été son coéquipier. »

MOTORSPORT : FIA WEC WORLD ENDURANCE CHAMPIONSHIP 6 HOURS OF CIRCUIT OF THE AMERICAS ROUND 5 09/20-22/2013 Plusieurs pilotes sont passés du SUPER GT à la catégorie LMP1 avec le succès que l’on connaît. C’est aussi ce vers quoi tu tends ?

 « Comme je l’ai mentionné, la plupart ont roulé en Formula Nippon, ce qui reste un avantage non négligeable. Je n’ai pas une culture typée monoplace. J’espère juste qu’un jour on me laissera ma chance en LMP1 mais je n’échangerai pas une mauvaise place en LMP1 contre une bonne en GT. Contrairement à ce que l’on peut penser, le GT est tout sauf une voie de garage. C’est la catégorie la plus disputée aux 24 Heures du Mans. Maintenant, j’ai bien conscience que pour gagner au scratch, il faut être en LMP1. »

OMB46437 Tu as pu rouler dans la Peugeot 908 avant la fin que l’on sait. L’adaptation avait été rapide ?

 « Pour moi, la 908 était une découverte tout comme la catégorie prototype. En arrivant, j’ai été un peu impressionné car j’arrivais du monde du GT. Je me suis dit : « waouh, tu vas rouler sur une LMP1 d’usine alors que tu n’as aucune expérience. » Même si je n’ai pas pu me donner à 100%, on me l’a pardonné et j’ai été dans le coup en performance pure. Je sais que j’avais encore une bonne marge de progression. »

 Un mot sur Hexis Racing dont l’aventure s’arrêtera en fin d’année du moins sous cette entité ?

 « Je suis déçu que cette aventure s’arrête. Hexis Racing est une équipe avec un état d’esprit incroyable. Ils sont tous très solidaires les uns des autres. Je pense que cela fera bizarre de les voir dans des équipes différentes si Philippe (Dumas) ne parvient pas à trouver une solution. Avec Hexis, on a appris et découvert un tas de choses tous ensemble. Ils m’ont donné ma chance dans un championnat complet de haut niveau, qui plus est avec leur état d’esprit. La grande force de Philippe est de fédérer des gens autour de lui et tout le monde va dans la même direction. A deux reprises, nous avons failli aller ensemble au Mans. »

FIA World GT1, Yas Marina , Abu Dhabi. photo : V-IMAGES.com/Fabre Tu t’es révélé aux yeux du monde entier avec le World GT1 en 2010. Un grand souvenir ?

 « C’est le premier moment fort de ma carrière. Tout le monde a dit que le championnat était plus relevé en 2011 mais ce n’est pas mon avis. Ce World GT1 en 2010 m’a fait kiffer. J’ai encore en tête cette image de 12 équipes à Abu Dhabi représentant 6 constructeurs. C’était un championnat de folie et les autos étaient diaboliques à piloter. Comme en SUPER GT, il n’était pas possible de se rater sous peine de prendre cher. Le changement de réglementation concernant l’utilisation des trains de pneus en 2011 a quelque peu changé la donne. »

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