Michelin Motorsport s’est assuré trois des quatre catégories en Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. Seule la catégorie LM P2 a échappé au manufacturier clermontois qui n’avait aucune auto sur l’intégralité de la saison. Aussi bien en LM P1 qu’en GTE, les règlements sont restés stables si bien que les pneus n’ont pas été révolutionnés. Jérôme Mondain, manager de Michelin en FIA WEC, a la lourde tâche d’écouter tous les partenaires, de faire passer le message à ses équipes et de suivre la course au plus près. La stratégie pneumatique d’une équipe peut décider d’une victoire et donc d’une défaite. On a tendance à l’oublier mais le pneumatique peut faire qu’une auto gagne les 24 Heures du Mans ou pas. C’est donc une saison 2015 passée à traverser le monde de part en part qu’a eu droit Jérôme Mondain. Retour avec lui sur la saison écoulée de Bibendum…
Les règles LM P1 n’ayant pas évolué, les pneumatiques en ont fait de même ?
“On ne peut surtout pas dire que rien n’a été fait. Certes, il n’y a pas eu de révolution comme on a pu le voir avec l’arrivée de la nouvelle réglementation. Nous sommes entrés dans un cycle de renouvellement normal entre les saisons 2014 et 2015, exception faite de la gamme pluie. Nous avons travaillé sur ce que nous voulions en tenant compte du paramètre des courses à 6 trains où il a fallu faire au moins un double relais avec les mêmes gommes. A Spa, ce facteur a été déterminant pour la victoire. Nous allons maintenant apporter quelques ajustements à la gamme afin de faire aussi bien que cette année sachant que les autos auront encore évolué.”
La longévité a été améliorée aux 24 Heures du Mans ?
“La stratégie de base des constructeurs est de boucler des quadruples relais et sur ce sujet, nous sommes assez proches de notre record qui date de 2011 où Benoît Tréluyer a bouclé un quintuple relais, soit 750 km et 3h20 passées au volant. Il faut amener le meilleur service à nos clients. Au Mans, Michelin équipe 41 autos. Nous avons une bonne vingtaine de techniciens qui suivent de près le fonctionnement des pneus au sein de chaque équipe.”
La généralisation du Full Course Yellow rajoute un peu de doute dans la tête du staff Michelin ?
“Avec le Full Course Yellow, les pneus descendent en température. Il faut aussi surveiller le “pick up” qui est toujours important sur les pneus des prototypes car les dépassements se font hors trajectoire mais ces facteurs sont pris en compte lors du développement. On ne peut pas nier qu’un pilote professionnel va mieux s’accommoder d’un restart qu’un gentleman avec des pneus dont la température a diminué.”
Michelin étant partenaire de Nissan en LM P1, il faut s’attendre à du changement au niveau des pneumatiques ?
“On travailler à leurs côtés pour trouver la meilleure solution. On a vu cette année la capacité des pneus. Le travail se fait sur la piste mais aussi sur simulateur. Il faut tester et rouler. Tout reste ouvert pour 2016.”
Michelin est en retrait en LM P2, notamment sur le sec. Comment l’expliquer ?
“Il faut savoir que la catégorie LM P2 ne met pas en avant un pneu confidentiel. On doit pouvoir le laisser aux teams et même à notre concurrent. Michelin n’est pas habitué à ce type d’ouverture. C’est une nouvelle base de travail pour nous. Notre ancienne gamme était confidentielle et là nous repartons d’une feuille blanche avec une seule évolution possible par an. Le but est d’être compétitif et c’est ce à quoi nous allons employer cet hiver. Il n’y a aucun désengagement de Michelin en LM P2.”
La nouvelle réglementation GTE change la donne au niveau des pneumatiques ?
“Là aussi, la gamme va être ajustée. On s’attend à des autos avec plus d’aéro. On va en tenir compte car c’est quelque chose qui aide à faire fonctionner un pneu. Quand il y a plus de charge, le pneu travaille mieux. Il faudra adapter la gamme mais je ne suis pas inquiet. En GT, la BOP nivelle la performance. Le pneu peut faire la différence si on le prend au bon moment. C’est pourquoi le développement hivernal est primordial.”
Michelin reste très peu présent en GT3. Il y a une raison ?
“Nous avons participé au lancement de la catégorie il y a maintenant plusieurs années et Michelin voulait revenir en GT3. Ce retour se fait dans un championnat labellisé ACO qui sert de pyramide. Les courses de GT3 sont très belles et disputées. Michelin est aussi présent aux 24 Heures du Nürburgring avec des pneus confidentiels. Pour le reste, le GT3 est plus axé sur les gentlemen et la catégorie est en phase avec le service compétition-client et les championnats font des appels d’offres. Il faut donc se caler sur ces appels mais Michelin a bien l’intention de ne pas rester inactif en GT3.”




