Demander à Alessandro Zanardi s’il croit aux miracles revient à demander à Nabilla si elle comprend les blagues de Stéphane De Groodt. Quand on a un cœur qui s’est arrêté de batte à sept reprises en ce 15 septembre 2001, on peut se dire que tout ce que l’on vit depuis n’est que du bonus. Malgré l’amputation de ses deux jambes avant une longue rééducation, l’Italien a repris la compétition seulement trois ans plus tard avec le Championnat d’Europe de Voitures de Tourisme sur une BMW, sa marque de cœur. On l’a aussi vu au volant d’une Formule 1 en 2006, en WTCC, au Marathon de New-York, aux Jeux Paralympiques de Londres où il a décroché la médaille d’or en « vélo à main. »
Véritable touche-à-tout, c’est en Blancpain Sprint Series qu’on va le voir cette saison dans le baquet d’une BMW Z4 GT3 du ROAL Motorsport dirigé par son ami Roberto Ravaglia et spécialement adaptée à son handicap. Lorsque vous lui demandez de savoir si les commandes de sa Z4 se manient correctement, lui vous parle de sous virage ou de survirage. On ne doute pas une seconde que si BMW Motorsport devait faire son retour en LMP, il serait l’un des premiers à appeler Jens Marquardt pour demander à faire partie du programme. Alessandro Zanardi impose le respect avec toute la bonne humeur qui le caractérise si bien qu’avec lui on ne sait pas trop par quoi commencer.
Avant de penser à un futur programme Endurance, c’est bien par le Sprint que le Champion Paralympique va reprendre sa carrière de pilote mais les 24 Heures de Spa ne seraient pas pour lui déplaire : « Pourquoi pas rouler à Spa. Il faut voir avec Roberto (Ravaglia) mais cela fait partie des plans. Il faut voir comment on peut organiser la voiture pour qu’elle puisse aussi être pilotée par un valide. L’habitacle est très précis et il reste peu de place. » Lorsque l’on va poser la question à Roberto Ravaglia, la réponse est directe : « Alessandro aux 24 Heures de Spa ? Mais c’est qu’il a fait le forcing pour y prendre part dès cette année. Si on l’écoutait, il disputerait les deux championnats. Pourquoi pas envisager la chose en 2015. On doit le freiner car il a une telle envie de rouler. » Compte tenu des commandes, la position de conduite est quelque peu différente des autres Z4 GT3.
Au volant de sa BMW Z4 GT3 équipée de toutes les commandes au volant, le natif de Bologne n’amuse pas le terrain comme en témoigne son temps passé en piste avec des chronos de bonne facture. « Les commandes au volant sont encore en plein développement mais nous touchons au but » nous confie le pilote ROAL Motorsport. « Mais ce n’est pas ce qui me préoccupe. La seule chose qui m’intéresse, c’est de savoir pourquoi l’auto sous-vire ou survire. Lorsque je suis allé voir pour la première fois les gens de chez BMW, ils m’ont demandé : « tu as besoin de quoi ? ». D’une voiture de course qui puisse être pilotée par quelqu’un qui n’a pas de jambes ai-je répondu. C’est pourtant la vérité. Je dois tout faire avec le haut de mon corps. On peut se dire que ce n’est pas évident mais avec l’habitude, on s’y fait bien. »
Après avoir connu l’époque ETCC et WTCC, c’est maintenant dans un championnat GT relevé qu’Alessandro Zanardi va devoir se faire une place : « Je suis très content d’être ici. Je ne m’attends pas à une partie facile car je pense que le niveau sera très relevé. Je suis ravi de faire mon retour au sein de ma famille BMW, avec laquelle j’ai connu tant de succès. Jusqu’ici, tout se passe pour le mieux avec des chronos qui s’améliorent. J’apprécie chaque tour dans la Z4 GT3 où je dois me faire une place parmi des pilotes très talentueux. » Si les autres équipages rouleront en tandem, Alessandro Zanardi roulera en solo sur les différentes manches du Blancpain Sprint Series (ndlr : il ne manquera que le meeting de Zandvoort).
Si cela peut paraître gênant de remonter le temps avec Alessandro, c’est lui qui n’hésite pas à regarder dans le rétroviseur, toujours avec la même bonne humeur : « J’accepte les risques pris. Je me dis que ce ne serait quand même pas de chance si le même accident que j’ai connu en 2001 devait se reproduire. On ne veut pas de moi tout de suite là-haut (rires). Ma femme comprend les risques et elle a la même philosophie de la vie que moi. Elle sait que piloter est ce que j’aime faire. Il m’arrive souvent sur la route de croiser des gens qui roulent vite dans le brouillard alors que moi je suis au ralenti. Qu’est ce qui est le plus dangereux ? Ces gens prennent bien plus de risques que moi sans compter qu’ils en font prendre aux autres. »
Son raisonnement se tient mais décidément ces pilotes ne sont pas des gens comme tout le monde. On a déjà connu cela lors de l’accident de Guillaume Moreau en juin 2012 où six jours plus tard, il faisait limite l’intérieur aux autre patients sourire aux lèvres dans son fauteuil roulant, sans savoir à ce moment-là s’il remarcherait un jour. Lorsque vous prenez congé, eux ont le sourire aux lèvres et vous, vous avez plus envie de pleurer que de rire tant l’émotion est bien là. Eux ont choisi de croquer la vie à pleines dents. Les deux vous expliquent que si un jour ils avaient pensé être infirmes, ils auraient préféré en arrêter là, alors que maintenant l’essentiel est ailleurs. L’un n’a plus de jambes et pilote à nouveau au plus haut niveau, l’autre a ses jambes et compte bien reprendre le pilotage rapidement. Alors, on va peut-être arrêter de se plaindre lorsque l’on se coincera un doigt dans une porte…
Si ce n’est pas déjà fait, on ne peut que vous conseiller de lire l’article du journal L’Equipe sur Alessandro Zanardi. (lien). Respect Mr Zanardi, vous êtes un Grand avec un grand G !