Franck Mailleux fait partie des rookies de la saison 2009. Comme plusieurs jeunes pilotes avant lui, le natif de St-Malo a décidé de ré-orienter sa carrière. Exit la monoplace, bonjour l’endurance où il espère briller avec la Courage-Oreca du team Signature-Plus. Après des débuts réussis à Barcelone, Franck sera ce week-end sur le Bugatti pour poursuivre la préparation des 24 Heures du Mans. Mais un autre défi l’attend cette année, les 24 Heures du Nürburgring…
Franck, nous avons appris il y a quelques jours que tu allais courir sur la Nordschleife avec une Volkswagen Scirocco. Comment cette opportunité s’est-elle présentée ?
« En fait, j’étais pilote officiel VW en F3 et comme Signature est également un team officiel, j’ai gardé de bonnes relations avec eux. Ils ont pensé à moi et lorsqu’ils m’ont appelé, je n’ai pas hésite une seconde ! Cela va être l’une de mes toutes premières fois dans une voiture fermé, sur un circuit incroyable. Je vais beaucoup apprendre et ce sera une bonne expérience avant les 24 Heures du Mans. »
Comment appréhendes-tu cette épreuve ?
« J’ai découvert le circuit il y a deux semaines avec une Polo Cup… et je m’entraîne beaucoup sur GTR (simulation) ! Le trafic est un peu particulier, avec des pilotes de différents niveaux, mais il faut surtout bien connaître le tracé. L’autre jour, j’étais dans un virage et je pensais que la ligne droite venait juste après. En fait, j’étais encore à quelques kilomètres du lieu en question ! Je n’ai fait que quelques tours, mais c’est vraiment une piste impressionnante. J’ai du mal à trouver les mots pour en parler. »
Qu’est ce que tu sais de la Scirocco ?
« Pas grand chose en fait ! C’est une voiture très bien préparée, avec environ 300cv. L’an dernier, elle a terminé aux portes du top ten. Cette fois, nous sommes cinq équipages et nous allons tous viser la victoire en catégorie, tout en essayant de se rapprocher au maximum des dix premiers. »
Personnellement, quel est ton objectif ?
« Déjà, bien faire le travail qu’on me demande et remplir les missions qu’on me donnera. Ensuite, se servir de cette expérience pour les 24 Heures du Mans. Je n’ai jamais été dans une situation physique de ce type. C’est particulier à gérer pour l’organisme. Je vais aussi rouler un peu plus de nuit (Franck n’a roulé en nocturne que lors des essais au HTTT). Tout cela fait qu’il y a plein de bonnes choses à apprendre. »
Revenons en à ton programme principal avec Signature-Plus. Tu t’es classé quatrième à Barcelone avec Pierre Ragues. Une satisfaction compte-tenu du plateau ?
« Je dirais même une énorme satisfaction ! En arrivant en Espagne, nous savions que nous avions un bon package, avec une voiture constante et fiable. Nous espérions tirer notre épingle du jeu, mais au final le résultat est meilleur que nous l’espérions. J’aurais signé pour un Top 5 ! Pierre et moi avons fait notre job et cette quatrième place vient récompenser toute l’équipe. Ça fait plaisir. »
Par rapport au déroulement de la course, n’êtes vous pas déçus d’échouer au pied du podium ?
« Quand on regarde les fais, nous avons perdu 1min30 lors d’un changement de capot avant, et nous terminons à 1min20 du troisième rang. Mais le fait de s’arrêter nous a décalé. Et cela nous a permis d’être parfaitement en phase avec les neutralisations. Les deux premiers safety car nous ont bien aidé. Cela n’aurait pas forcément été le cas sans notre changement de capot. Peut être qu’avec un peu plus d’expérience… mais nous avions aussi pour consigne de rallier impérativement l’arrivée et de ne pas prendre de risque dans le trafic donc quatrième, c’est déjà bien ! »
Ce résultat vous incite-t-il à revoir vos ambitions à la hausse ?
« Nous ne sommes pas dans cette optique. Nous prenons les courses les unes après les autres. Nous n’allons pas viser le championnat ! Nous avons une voiture 2008, avec un équipage homogène. A la régulière, nous ne pouvons pas aller chercher certaines voitures. Mais si nous nous concentrons sur notre prestation, nous pourrons en taquiner certaines… »
Quels seront donc tes objectifs à Spa ?
« C’est un nouveau circuit pour moi, donc ce sera une belle découverte. Nous partons là-bas avec pour mot d’ordre de faire notre travail. Je ne sais pas ce que va donner la nouvelle équivalence, mais j’imagine mal me battre avec les Peugeot ! Marquer des points régulièrement, ce sera déjà extra. »
Avant les Ardennes belges, place au Bugatti. Quel est le but de cette séance ?
« Poursuivre notre mise en place. C’est un nouvel environnement pour toute l’équipe et Le Mans est le lieu de notre principale course. Nous allons pouvoir exploiter de nouvelles pistes, voir comment la voiture réagit à tel ou tel changement. Ce test va nous permettre d’accumuler les kilomètres avec la voiture. Certes, nous n’allons pas rouler sur le grand circuit, mais le premier et le dernier virages sont les mêmes. Et la voie des stands sera identique : nous pouvons donc peaufiner nos installations. Ce sont plusieurs petits détails, mais nous avons besoin de répéter nos gammes. »
Tu évoques l’équipe, est-ce la même que l’an dernier en F3 ?
« Hormis le chef mécanicien, qui a une expérience en endurance, ce sont tous des gars qui étaient en F3. C’est d’ailleurs assez sympa de franchir le pas ensemble, de débuter cette nouvelle aventure. L’esprit d’équipe, c’est quelque chose d’important. Tu n’as pas ça en monoplace : il y a deux voitures, mais chaque pilote veut battre son coéquipier car c’est avec lui que l’on va te comparer. En sprint, deux pilotes d’un même team ce font la guerre. En endurance, l’ambiance est particulière. C’est quelque chose de magique ! »
En juin, il y aura les 24 Heures du Mans. Une grande première…
« Effectivement et comme toute équipe qui débute au Mans, notre souhait sera de rallier l’arrivée. Il y a huit voitures qui ne sont pas dans la même catégorie, donc nous allons essayé de nous battre avec les Essence. Etre dans les cinq ou six premiers… Faire dans les trois premiers des Essence ou dans le Top 10, ce serait extraordinaire. Mais la course est longue, alors… »
De manière plus générale, pourquoi as-tu opté pour l’endurance ?
« Après la F3 Euro Series, il y a le GP2 et la F1. Mais j’arrive à un âge où les portes se ferment. Tout le monde sait que les horizons sont bouchés en monoplace. J’aurais pu faire une saison supplémentaire en F3, j’ai aussi eu des opportunités en DTM… mais je voyais plus d’avenir en endurance. Je voulais me tourner vers un championnat professionnel : je sais qu’il y a d’autres opportunités que la F1 et je veux me faire remarquer pour séduire un constructeur. »
Le fait de voir des jeunes pilotes tenter leur chance dans cette discipline a-t-il pesé dans ta décision ?
« Oui un peu, mais c’est surtout le fait de voir le parcours de pilotes comme McNish, Kristensen ou Sarrazin. Nous sommes plusieurs à rêver d’avoir de tels baquets ! »
Propos recueillis par Anthony Megevand