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Le AAA de l’Endurance mis en péril ?

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Ironie du sort, ce n’est que quelques jours après que la France ait perdu son AAA que l’Endurance perd l’un de ses acteurs majeurs. Tout le monde rêvait de ce Championnat du Monde d’Endurance qui va prendre son envol à Sebring, course qui coïncidera avec le 60ème anniversaire de la classique floridienne. Avec le retrait de Peugeot, le championnat est amputé de l’un de ses principaux protagonistes, et laisse donc la voie royale à Audi, avec en embuscade Toyota et HPD. On espère voir OAK Racing et Rebellion Racing, sachant que Pescarolo nous a confirmé sa présence avec une auto, sans toutefois en préciser la monture. A l’heure où Porsche doit faire son retour en 2014, où l’on parle de Nissan et Ferrari à plus long terme, il ne faut pas oublier le critère essentiel, et certainement incontournable : nous traversons une crise économique. A l’heure où la marque sochalienne a annoncé il y a peu un plan social, il aurait été de mauvais ton de poursuivre un programme sportif qui coûte des millions d’euros. Nous savons bien que les budgets de la branche « compétition » sont dissociés de l’activité modèles de série, mais le grand public ne le sait pas forcément. Il y a quelques jours, nous discutions avec un team manager dont l’équipe était engagée dans un Championnat du Monde badgé FIA. Il nous confiait la satisfaction de son commanditaire quant aux résultats obtenus, mais celui-ci a dû suspendre son implication suite à un plan social massif de l’entreprise. Les dirigeants n’ont pas souhaité renouveler le bail pour une histoire d’image, en plus du coût financier consenti. De plus, le sport automobile n’est plus dans la mouvance actuelle, avec une autophobie de plus en plus présente, d’où l’avantage d’accueillir les nouvelles technologies. On voit mal un constructeur dépenser des sommes astronomiques alors que des salariés vont aller pointer au Pôle Emploi. Quant aux pilotes Peugeot, ils vont devoir trouver un autre employeur, et deux d’entre eux sont déjà partis outre-atlantique. Trouver une équipe sans apporter le moindre budget n’est pas chose facile, même pour un pilote d’Usine. Tous les teams sont à la recherche d’argent pour compléter le budget de la saison à venir. Trouver des partenaires fiables devient de plus en plus compliqué pour les pilotes en quête d’un volant, surtout vu les sommes demandées et le retour sur investissement.

 

Peugeot met en avant le contexte d’un environnement économique tendu en Europe, ce qui est vrai. Ce qui peut surprendre c’est que cette décision intervient après la reconduction de Olivier Quesnel à la tête de Peugeot Sport et après l’annonce de la tenue d’une conférence de presse du 30 janvier qui devait dévoiler la technologie HYbrid4 et le programme 2012 de Peugeot Sport. Des sources nous ont bien indiqué que le constructeur français a cherché toutes les solutions possibles pour poursuivre l’aventure en Endurance, notamment avec des teams privés, mais en vain. On ne peut pas se réjouir d’un tel forfait, surtout à quelques mois du lancement du WEC, dont Peugeot a toujours été l’un des fervents défenseurs. Il est clair que ni Audi ni Toyota ne se réjouissent d’un tel départ.

 

A l’heure où il est compliqué de trouver les budgets pour les équipes privées, c’est un constructeur qui fait son au revoir. C’est dire si les temps sont difficiles. On le voit avec les nombreux mails et appels téléphoniques reçus ces derniers temps où beaucoup d’équipes et de pilotes nous disent être encore dans l’expectative pour la saison à venir. Il va maintenant falloir se poser les bonnes questions. Est-ce logique de dépenser des millions d’euros pour des réceptifs toujours aussi imposants par les temps qui courent ? Est-ce logique de tirer la couverture médiatique à un seul duel entre deux constructeurs alors qu’un tas d’équipes privées se bougent le derrière pour être sur la piste ? Est-ce logique de dépenser autant d’argent sans que les équipes ne remportent des primes ? Est-ce logique de considérer les spectateurs comme de vulgaires cochons payeurs ? Est-ce logique de vouloir mettre l’accent à tout prix sur les retransmissions télévisées qui coûtent un maximum d’argent, alors qu’Internet a une manne de spectateurs bien plus importante ?

 

Il y a quelques semaines, nous nous demandions si trop de championnats ne tueraient-ils pas les championnats ? Avec le lancement de deux Championnats du Monde FIA à un moment où la conjoncture économique est défavorable, la mise sur orbite s’annonce compliquée pour tout le monde. Certes le WEC a l’énorme avantage d’avoir les 24 Heures du Mans à son catalogue. Porsche doit arriver en 2014, mais 2014 c’est encore loin, ne l’oublions pas, et si pour l’instant l’Allemagne a encore les faveurs de Standard & Poors, on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. La F1 cherche à réduire ses coûts au maximum et l’Endurance n’y coupera pas. Réduire les coûts au moment où il faut développer une voiture ne sera pas chose facile. Quand on sait ce que coûte une saison pour l’engagement de deux GTE-Pro en WEC, il y a de quoi aller pêcher au bord du lac. N’est-il pas possible de voir un Championnat du Monde d’Endurance et un Championnat du Monde GT disputer des meetings communs ? Un World GT à Sebring et un WEC à San Luis, ça aurait de la gueule, non ? Cela pourrait éviter bien des frais et des désagréments pour certains pilotes. 2011 a été dur, 2012 devrait être compliqué et qu’en sera-t-il de 2013 ? Sans vouloir être alarmiste, attention tout de même car nous ne sommes pas sortis d’affaire…

 

Laurent Mercier

 

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