Trop de championnats tueraient-ils les championnats ? La question a le mérite d’être posée. Cela n’a échappé à personne, mais la conjoncture économique est loin d’être favorable, et les équipes doivent de plus en plus aller au charbon pour trouver les budgets nécessaires à une bonne rentabilité. Le Qatar a investi des millions d’euros dans le PSG, mais pas encore en sport automobile. Les séries en place en 2011 seront toujours de la partie cette année, mais il devient de plus en plus compliqué pour une équipe de cumuler deux programmes. Avec un Championnat du Monde d’Endurance et un Championnat du Monde GT, il devient impossible d’aller rouler sous d’autres cieux pour amortir les coûts. Les autos partent tellement loin qu’il n’est pas possible de les récupérer dans les jours qui suivent. On souhaite bon courage aux équipes du WEC durant la seconde partie de saison sur le plan logistique. Là où il y a encore quelques années, il fallait trouver 35 à 40 autos pour les Le Mans Series, une vingtaine pour le FIA-GT et l’ALMS et une trentaine pour le FIA-GT3, la donne a depuis complètement changé. Les championnats GT nationaux faisaient la part belle aux équipes nationales sans que les teams franchissent les frontières. Maintenant, il faut une trentaine de voitures en WEC, la même chose en European Le Mans Series et en ALMS, vingt en World GT et en FIA-GT3, quarante en Blancpain Endurance Series, trente en International GT Open sans oublier le GT Tour, l’ADAC GT Masters ou le British GT. En Endurance, on passe donc d’un plateau virtuel réunissant 120 autos à plus de 250. Seule la catégorie GT3 permet de cumuler les programmes, et encore il faut tenir compte des clashs de dates. On aura également l’ADAC GT Masters à Oschersleben en même temps que l’ouverture de la Blancpain Endurance Series à Monza. Le comble du comble est tout de même la concordance de date entre l’European Le Mans Series à Zolder et les 24 Heures du Nürburgring, le tout à quelques centaines de kilomètres seulement.
Le problème subsiste aussi pour les pilotes. Comment gérer le problème de la Journée Test des 24 Heures du Mans où certains pilotes seront à Silverstone pour le meeting Blancpain. Imaginez un pilote comme Antoine Leclerc qui souhaite être au départ de la classique mancelle tout en ayant un programme complet en BES. Le Vosgien devra être dans la Sarthe afin de boucler ses tours réglementaires et il pourrait bien ne pas être le seul dans ce cas-là. Le week-end du 14 juillet sera l’un des plus complets et il y a fort à parier que l’on se passe de Fête Nationale. Imaginez un peu : DTM, ADAC GT Masters, GT Tour, European Le Mans Series, International GT Open. Du gros travail en perspective ! A la rentrée, les pilotes devront faire le choix entre le WEC à Silverstone et le World GT à Beijing. Il en sera de même pour nous. Avec 52 semaines dans l’année et 54 meetings rien que pour les séries majeures basées en Europe, il est clair qu’il est compliqué d’éviter les concordances de dates, sachant que rien ne peut se dérouler le même week-end que les 24 Heures du Mans et de Spa. Chaque promoteur y va de son calendrier et advienne que pourra. On souhaite une fois de plus bien du courage à AF Corse, que l’on pourrait retrouver dans au minimum six championnats.
Si les équipes et les pilotes doivent s’y retrouver, il en va de même pour le public, bien incapable pour la plupart de faire la différence entre une GTE et une GT3, non pas qu’il soit ignare,mais la multiplication des catégories devient un vrai casse-tête. On espère que le World GT s’appellera bien World GT et non World GT1. Rappelons que ce sera bien des GT3 qui seront en piste et non des GT1. Vous, vous le savez, mais le grand public ? Vous me direz, les gens se déplacent plus pour voir une course automobile qu’une catégorie en particulier. L’avis de Sébastien Marceaux, passionné d’endurance, est intéressant : « Je ne sais pas si trop de championnats tuent les championnats, mais ce que je sais c’est que cela tue certainement le porte-monnaie des spectateurs, qui en plus ne peuvent être partout et en même temps. Mis à part les grandes classiques, je ne crois pas que quiconque puisse dire qu’il a rempli ses tribunes ces dernières saisons. On veut ramener le grand public à l’endurance, et ce que je vois c’est que le spectateur lambda ne comprend rien aux règlements divers : Am/Pro. Les décideurs et donc faiseurs de règlements font sans doute cela pour attirer plus encore la couverture à eux, c’est certain, mais une globalisation générale ne serait-elle pas la bienvenue, même si je respecte chaque organisateur, je crois qu’une entrevue entre tous serait la bienvenue. Pourquoi ne pas faire sur les mêmes week-ends plusieurs championnats ? Par ailleurs on risque d’avoir des plateaux peu nombreux, même si quelques autos tirent toujours le niveau vers le haut. Il me semble que certains « fonds de plateaux » mériteraient d’être en deuxième division. J’en viens à mon idée, de créer, sur le modèle de pas mal de sports, des divisions, style NASCAR, avec une écurie pouvant bien sur évoluer dans plusieurs divisions, et par contre les pilotes ne pourraient faire que quelques piges dans des divisions inférieures. »
Faire plusieurs championnats sur un même meeting ? C’est sans aucun doute une solution pour amortir les coûts : location de circuits, frais de déplacements, etc… On sait très bien que les promoteurs sont différents et que cela paraisse compliqué à mettre en place. Serait-ce choquant de voir un meeting commun European Le Mans Series/World GT ou FIA-GT3/GT Tour ? Pour nous certainement pas et pour le public non plus…
Si la catégorie prototype est en plein boom, du moins au niveau des constructeurs avec Audi, Toyota, Peugeot et bientôt Porsche, comment vont faire les privés pour supporter les coûts d’une campagne mondiale. Il faudra pour cela des gentlemen fortunés, qui pour certains préfèreront certainement aller en European Le Mans Series où ils auront la possibilité de gagner des courses. Le WEC chasse gardée des constructeurs ? A l’avenir peut-être, mais pour le moment la chose n’est pas possible. Bernie Ecclestone a confié il y a peu que même la Formule 1 devrait se passer de l’Europe à moyen terme, excepté une poignée de courses. Les circuits européens vont être de moins en moins empruntés par les séries internationales, qui vont se tourner vers les marchés émergents tels les Emirats, la Chine, l’Inde, la Russie ou l’Amérique du Sud. Stéphane Ratel nous expliquait à San Luis que ce raisonnement devenait incontournable. Beaucoup tirent à boulets rouges sur le calendrier World GT 2012, mais le promoteur a souhaité vouloir revenir à des circuits à taille humaine. Aller rouler à Monza, c’est très bien, mais si c’est pour avoir un nombre de spectateurs équivalent à celui des pilotes, cela ne sert à rien et ne motive en rien un annonceur. Il y a fort à parier que les Coupes de Pâques fassent le plein, comme le GT Tour se déroule à guichets fermés au Val de Vienne par exemple. Certes Nogaro est certainement moins glamour que Yas Marina, mais peu importe du moment que le public réponde présent et que le spectacle en piste soit relevé. L’erreur à ne pas commettre est de prendre les spectateurs pour de simples cochons payeurs. L’animation sur les circuits est obligatoire. Il y a bien longtemps que les Américains l’ont compris avec un paddock ouvert et une grille de départ accessible à tout à chacun. Faire payer les gens pourquoi pas, mais il faut un retour en échange. C’est donnant-donnant.
Bien que nous soyons en janvier, nous n’avons eu les calendriers qu’il y a seulement quelques semaines pour la majorité des séries, sachant que certaines dates doivent encore être confirmés. Un pilote nous disait la semaine passée être obligé d’attendre la confirmation de la dernière date de la Blancpain Endurance Series pour pouvoir signer son contrat, au cas où une manche du WEC se déroulerait le même week-end. Il nous manque en plus encore une date ALMS et World GT. Comme les équipes et pilotes, nous nous arrachons les cheveux pour savoir quels meetings couvrir directement sur les circuits. Notre calendrier est déjà pas mal rempli avec une présence aux quatre coins du monde de janvier à novembre, mais qui s’en plaindra. Il ne reste plus qu’à remplir les grilles…
Laurent Mercier