Transfuge du Championnat du Monde GT1, Markus Palttala a émigré cette saison vers la Blancpain Endurance Series où il a terminé vice-champion au sein du VDS Racing Team avec deux victoires. On l’a tout de même revu en World GT1 lors du dernier meeting de San Luis, le Finlandais disputant également le Championnat d’Europe GT3 sur une Ford GT alignée par Fischer Racing. Il a aussi pris part aux 6 Heures de Rome ainsi qu’à la dernière manche de l’International GT Open au volant d’une Porsche. Markus vient d’être récompensé par la Fédération Finlandaise de Sport Automobile (AKK) en tant que « Superstar de l’Année ». Le plus francophone des pilotes finlandais revient avec nous sur sa belle saison, son avenir, mais aussi son avis éclairé sur l’avenir du sport automobile.
Laurent Mercier : Pour une première année en Blancpain Endurance Series, on peut dire que l’essai est transformé ?
Markus Palttala : « Oui car terminer deuxième du Championnat Pilotes et Equipes est vraiment bien. Nous avons débuté la saison par un podium à Monza, avant de remporter les deux derniers meetings de Magny-Cours et Silverstone. Bien entendu, j’aurai apprécié de décrocher le titre, mais Audi a gagné de la plus belle des façons les 24 Heures de Spa. Après tout, je perds le titre pour 9,5 points et le champion a marqué 35,5 points de plus que moi à Spa. Nous avons connu une excellente saison, mais pas parfaite. A Monza, nous avons eu une crevaison qui nous coûte certainement la victoire. A Navarra, c’est un problème de suspension qui nous a retardé, ce qui fait que nous n’avons pas marqué beaucoup de points. A Spa, nous étions en 6ème position durant la nuit avec un podium possible, mais l’un de mes coéquipiers est sorti de la piste et nous avons perdu du temps à réparer. Mais c’est cela l’Endurance et je suis très heureux du résultat global de la saison. »
As-tu été surpris par le niveau du championnat ?
« Pas vraiment. J’aime ce concept et nous entendions des rumeurs positives bien avant le début de saison. Je m’attendais à voir une belle grille dès le premier meeting. Je pense que la Blancpain Endurance Series a connu un franc succès pour une première année et ce retour à des courses d’endurance est ce que beaucoup d’équipes souhaitaient. Je suis sûr qu’il y aura encore plus d’équipes en 2012 et que la saison sera encore mieux. »
Tu as piloté la Ford GT et la BMW Z4. Ce sont deux autos totalement différentes ?
« Oui car ces deux GT3 n’ont pas grand-chose à voir. L’une a un moteur à l’avant et l’autre en position centrale, sachant qu’elles sont de deux générations différentes. La BWM Z4 GT3 est une bonne auto avec pas mal d’aéro et toutes les aides électroniques possibles, tels l’antipatinage, l’ABS ou les palettes au volant. La Ford GT est un modèle plus ancien et elle n’a quasiment pas reçu de développement depuis 2008, ce qui fait qu’il devient difficile de gagner contre des GT3 modernes. Cependant, le concept de la Ford est bon et j’ai bien aimé la piloter durant ces saisons. Avec ces deux GT3 nous sommes montés sur le podium en 2011, ce qui fait qu’elles sont tout de même assez proches l’une de l’autre. Ces deux autos ont aussi des similitudes, comme par exemple les pneus en conditions chaudes et les circuits abrasifs, mais pas si bons lorsque le niveau d’adhérence est faible. En outre, les moteurs de la Z4 et de la Ford GT sont parmi les plus petits, ce qui rend les courses difficiles lors des tracés ayant de longues lignes droites, même si l’on est rapide en virage. »
Tu connais parfaitement le Marc VDS Racing Team. C’est comme une famille ?
« J’ai rejoint Marc VDS Racing Team dès le démarrage en 2010, qui était leur deuxième année en tant qu’unité indépendante. L’année passée a été un énorme défi car durant l’hiver le team est passé d’une à plusieurs voitures, et dans divers championnats. Tout le monde a continué à travailler très dur, toujours en progressant. C’est agréable d’en faire partie. Cette année n’a pas été facile, avec le Championnat du Monde GT1, la Blancpain Endurance Series, les 24 Heures du Mans en LMP1, le Moto2, mais je pense que tout le monde a vu que Marc VDS Racing Team est rapidement devenu l’une des équipes incontournables en Europe. L’équipe a gagné des courses en World GT1 et en Blancpain, qui sont deux séries bien différentes, avec des voitures différentes. Tout le monde évolue en permanence, que ce soit les mécaniciens ou les ingénieurs. L’esprit d’équipe est très bon et j’ai apprécié ces deux années dans l’équipe. »
As-tu déjà des contacts pour 2012 ?
« Je vais rester avec Marc VDS Racing Team et piloter à nouveau la BMW Z4 en Blancpain Endurance Series. C’est absolument génial et je suis impatient d’être à la première course. L’équipe a décidé de ne faire qu’un programme en 2012, en laissant de côté le GT mondial, donc nous allons nous concentrer sur la série Blancpain. C’est seulement six week-ends, ce qui fait que j’ai bien l’intention de prendre part à un autre programme. Il est trop tôt pour en dire plus, mais j’ai des discussions avancées, aussi bien en WEC qu’en GT1 World ou en Championnat d’Europe GT3. Quoi qu’il arrive, je suis sûr que 2012 sera une nouvelle fois très intéressante. »
Tu es diplômé en économie. Selon toi, le sport automobile est promis à un bel avenir compte tenu d’une crise financière toujours bien présente ? Le GT3 est la bonne solution, tout comme l’arrivée des nouvelles technologies ?
« Une chose est sûre, les sports mécaniques sont très populaires et je pense qu’il y aura des courses encore longtemps. Bien sûr les aspects environnementaux se doivent d’être considérés avec précaution. Ils ont déjà des répercussions dans notre sport et il faudra certainement y faire encore plus attention à l’avenir. Quant aux nouvelles technologies, nous avons déjà des Hybrides qui roulent au Mans et l’électrique est en ordre de marche. Je ne sais pas si cela se fera et quand, mais je pense que c’est le moyen pour garder les courses dans le futur. Le GT3 est devenu tellement populaire, au moment où il fallait faire quelque chose de moins cher que les GT2 et GT1. Le concept GT3 fonctionne bien et la plupart des séries ont suivi. Cependant, le coût d’achat est devenu nettement plus important que ce qu’il était quelques années en arrière et c’est ce qui rend la vie difficile aux équipes. J’espère juste que ce type de développement va ralentir avant qu’il ne soit trop tard. »
Selon toi il y a trop de championnats ?
« Quelques championnats souffrent d’un manque d’autos, mais je pense que c’est plus à cause d’un problème de coût global que d’un surnombre de séries. En Europe, il y a de la place pour tous les championnats GT. C’est un peu différent pour les championnats plus internationaux. Il y a le GT1 World avec des courses sprint et des pilotes professionnels. Le Championnat d’Europe GT3 utilise le même concept, mais avec des équipages Pro-Am. La Blancpain Endurance Series offre des courses plus longues pour des pilotes Pro et Pro-Am, dans des classes bien distinctes. Les GT2 peuvent toujours rouler en International GT Open, en Le Mans Series et maintenant en WEC. Bien sûr il est difficile pour un pilote de rouler en World GT1 et en WEC, et il faut donc choisir entre les deux compte tenu des meetings communs. Certes, ce n’est pas optimal pour un pilote, mais je vois toujours cela comme un problème positif. »
Propos recueillis par Laurent Mercier