Après une saison Blancpain Endurance Series bien remplie avec le titre GT4 à la clé, Jordan Tresson a laissé la combinaison et le casque de côté pour enfiler le short et chausser les baskets. Objectif Marathon de New-York ! Le pilote Nissan n’a cessé de s’entraîner ces derniers mois pour être au top physiquement. Jordan n’était pas le seul pilote Nissan à relever le défi, puisque les autres vainqueurs de la GT Academy étaient aussi de la partie. Au final, Jordan a bouclé les 42 km en 3h54. Chapeau bas l’artiste !
Laurent Mercier
Revivez le Marathon de New-Yok de Jordan :
Me voilà à New York pour mon tout premier marathon. Avec 47 000 participants prévus et plus de 2 millions de spectateurs (ce qui équivaut à TOUS les habitants de Paris intra-muros !) massés le long du parcours, cela s’annonçait comme une expérience inoubliable mais aussi longue et difficile. Le tout en traversant les 5 quartiers de New York (Staten Island, Brookyln, Queens, Bronx et Manhattan) et en courant au milieu de courageux de 125 pays !
Arrivé une semaine avant pour faire un peu de tourisme et parce que mes parents étaient sur place, j’ai eu le temps de bien récupérer du voyage et du décalage horaire. Après avoir récupéré le dossard le samedi matin (N°4-888) et avoir vérifié la vague (1ère, à 9h40) ainsi que la couleur (bleu) il faut s’occuper des transports pour se rendre au départ. Heureusement, tout est prévu et des bus et ferry sont mis en place. C’est avec des yeux qui sortaient de leur orbite que j’ai répondu «euhhhhh… OK » à la personne qui m’a annoncé (après traduction) « Votre bus est à 5h30 ». Ce qui, après un rapide calcul, impliquait un réveil à 4h30 ! Pour un départ à 9h40, j’avais un peu peur de l’attente, mais pas le choix…
Le jour J à 4h30, le réveil a sonné à la bonne heure (c’était le week-end du changement d’heure aux USA) et je me suis ensuite dirigé vers l’endroit de départ des bus, dans un froid glacial. Arrivés à l’endroit du départ vers 6h15, il nous fallait rejoindre notre village de départ (bleu pour ma part). Le froid était encore plus glacial qu’à Manhattan : l’herbe était blanche de gel ! Heureusement, le soleil s’est vite montré et au moment de poser les sacs pour rejoindre la « pré-grille », la température était devenue correcte, voir agréable au soleil, le vent étant absent (ce qui me réjouissait pour le marathon !). Pendant tout ce temps, il faut bien penser à s’alimenter, s’étirer etc… Mais tout ce temps fait aussi cogiter en passant du « mais qu’est-ce-que je fous là ?! » au « je vais le faire, je vais le faire ! ». Bref, c’est avec impatience et soulagement que j’ai vu ma montre afficher 9h30, heure d’arrivée sur l’air de départ. Et après l’hymne américain, le départ fut donné !
Après avoir du marcher jusqu’à la ligne à cause des embouteillages, je la passe quelques 3 min30 après les 1ers. Pendant 30 secondes, il est impossible de courir étant donné le monde présent. Mais tout cela se fluidifie et le paysage devient magique : des personnes déguisés par-ci par-là, d’autres montant sur les murs prendre des photos, tous les hélicoptères filmant le départ, le tout sur un superbe pont avec une vue sur Manhattan et des milliers de coureurs !
Mes munitions au départ : une bouteille de 50cl de Powerade, 2 barres de cubes en gelée (qui permettent d’apporter les nutriments perdus lors de l’effort) scotchés dessus et deux autres autour du bras gauche ainsi que des capsules de sodium (pour éviter les crampes) dans la poche arrière. Dès les premiers mètres, je sens que ça tire sur les tibias et je me dis que ça va être dur. Mais je ne m’inquiète pas trop en me disant que ça devrait juste durer le temps que la machine se mette en route. Et heureusement, après 3 ou 4 kilomètres, tout va mieux et je trouve mon rythme.
Au début, ça paraît facile et on se sent vraiment bien, entraîné par tout ce monde qu’on a envie de doubler. Mais il faut se discipliner et se rappeler que ce n’est pas un sprint mais bien 42,195 km ! Je me suis donc tenu à mon plan de départ : partir tranquille sur base de 9 min au mile (5’36 au km) histoire de ne pas souffrir dès le milieu. Mi-parcours, toujours bien et assez facile, je me dis que c’est positif. J’ai entre-temps pris soin de faire des économies de nourriture et de boisson. Le rythme était de 2 cubes par demi-heure (chaque barre en contenait 6) et j’alternais à chaque mile entre Powerade et eau. Je suis donc arrivé dans Manhattan (mile 16, km 26) bien et dans la ligne droite de 5km qui mène au Bronx, j’ai commencé à avoir les quadriceps qui tiraient. Heureusement, il me restait « pas mal » de nourriture (2 barres de cubes), 8 comprimés de sodium pour les crampes et la moitié du Powerade. J’avais fait exprès de pas trop en manger avant en prévision du fameux “mur” des 30 km qui se produit lorsque les réserves de nourritures s’épuisent. Et je me le suis pas vraiment pris dans la tête, j’avais juste les quadri qui tiraient de plus en plus. Je passe sur les ampoules parce que j’en avais tellement que mes orteils ne bougeaient plus dans les chaussettes (au moins, ça ne me faisait pas mal !) depuis bien longtemps déjà.
Le point positif était que j’étais parti sur un rythme conservateur qui me permettait de le maintenir pendant les 42 km (enfin, j’espérais !). Et je commençais à doubler pas mal de gens qui marchaient ou qui avaient baissé de rythme. C’est le genre de chose qui fait que l’on a un petit surplus d’énergie pour tenir bon. Mais à un moment, le physique dit simplement stop. Et là, ce n’est plus que du mental. Tenir bon, coûte que coûte. Une simple question de volonté. Serrer les dents. Continuer. Encore.
Et au fur et à mesure, on boit à tous les miles, on veut manger et manger encore. Tout calcul pour l’arrivée estimée ou quoique ce soit est impossible. On a juste plus la lucidité, ni l’envie d’ailleurs. Et à chaque mile, on se dit que ça en fait un de moins entre l’arrivée et nous. Puis on « attend » patiemment le prochain. Et au moment où on rentre dans Central Park, on se dit qu’il ne reste plus que 2,5 miles. Tenir bon, encore un peu.
Et finalement, le mile 26 arrive. Et là, alors que je suis presque à bout, l’envie de finir fort, de me prouver que je peux le faire, j’accélère, je sprinte. Ca n’a duré que 300m, mais la douleur a presque disparu. Puis je franchis la ligne. Et la 1ère chose qui me traverse la tête, c’est « Je l’ai fait ! Je l’ai fait sans marcher, en moins de 4 heures ! P****n je l’ai fait ! »
S’en suit une longue marche dans Central Park parmi la foule. Remise de médaille, photo, une grande bouteille d’eau et une délivrance énorme. Ne reste plus qu’à récupérer le sac et rentrer à l’hôtel. Puis prendre une douche tellement méritée. Avant de faire la valise et de reprendre l’avion pour retourner en Espagne. Oui, parce que mardi, c’est boulot !
Avec un peu de recul, je me dis que j’avais 3h45 dans les jambes. Mais pour un 1er marathon, je me dis que partir « tranquille » pour ne pas se griller tout de suite était la bonne stratégie. Comme le dit l’adage : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Si je suis amené à en refaire un (ce que je n’exclus pas parce que c’était vraiment une expérience formidable), il me sera plus facile de me gérer vu que je sais maintenant ce que c’est de courir 42km.
Pour finir, je voulais aussi féliciter mes coéquipiers pour cette épreuve puisque tous les gagnants GT Academy étaient présents. Lucas a du arrêter après 16 miles (26km quand même) pour se préserver en vue de la course ILMC en Chine le week-end suivant. Quant à Bryan, il a fini en 6h27’52 et Jann a bouclé l’épreuve en 4h47’59. Merci aussi à Eliot, notre coach qui nous a fourni quelques conseils très utiles ainsi que la nourriture. Et pour la petite histoire, quand monsieur court un marathon, il le fait en moins de 2h40 ! J’ai encore du travail !
Jordan