Si Jérôme Policand compte un sérieux passé en Endurance, on ne peut pas en dire autant de son équipe, le Team SOFREV-ASP, plutôt habitué au sprint et à la Porsche Matmut Carrera Cup avec de nombreux titres à la clé. Changement de cap cette saison, avec un double programme passant par la Blancpain Endurance Series et le GT Tour, avec à chaque fois deux Ferrari F458 Italia GT3, sans oublier une F430 Scuderia confiée à Fabien Barthez et Gilles Duqueine dans le Championnat de France GT. Pour le reste, les pilotes alignés sont haut vol, avec ni plus ni moins que Julien Jousse, Olivier Pla, Patrice Goueslard, Ludovic Badey, Jean-Luc Beaubelique, Franck Morel, Gabriel Balthazard, sans oublier le renfort de Guillaume Moreau aux 24 Heures de Spa. C’est d’ailleurs dans les Ardennes belges que le team basé à Nogaro a brillé avec la victoire en Pro-Am Cup pour Badey/Beaubelique/Moreau/Morel, alors que la voiture sœur de Pla/Jousse/Goueslard se battait pour le podium avant d’abandonner à quelques heures du terme. C’est donc une saison pleine à laquelle a eu droit Jérôme Policand, même si le titre Pro-Am Cup s’est échappé lors du dernier meeting de Silverstone.
Laurent Mercier : Jérôme, quel est le bilan de cette première saison en Endurance ?
Jérome Policand : « Sportivement parlant il est positif, même si nous avons alterné le chaud et le froid entre la #20 et la #10. Avec Jean-Luc, Franck et Ludo, la #20 était un équipage connu, alors que la #10 faisait rouler de fines gâchettes de l’endurance. Nous avons souhaité relever un nouveau défi après de multiples saisons en Porsche Cup, qui était notre activité principale. Sur nos 8 années de présence nous avons systématiquement remporté le titre Equipes et celui des Pilotes à trois reprises. Nous maîtrisions bien notre catégorie. Nous avions tâté un peu de GT aussi bien en Espagne qu’en France sans que ce soit notre programme majeur. Le team a donc pris la direction de la série Blancpain avec des pilotes « maison ». Jean-Luc est présent avec nous depuis 2003, Franck a roulé pour le compte de SOFREV-ASP en Porsche Cup, tout comme Ludo. C’est pour nous une belle satisfaction que d’avoir gardé les mêmes pilotes. Il a fallu les mettre en confiance car c’était pour eux une première expérience internationale. »
« C’était compliqué de savoir quel niveau nous aurions. Il faut savoir que c’est déjà un miracle que nous ayons pu rouler à Monza et à Lédenon car 15 jours avant, l’auto n’avait effectué aucun tour de roue. L’équipe a participé au développement de la F458 car le timing était vraiment court. Il y a eu quelques soucis au début, mais Ferrari a su réagir. En réalité, nous avons appris un nouveau métier. La grosse satisfaction reste les 24 Heures de Spa où nous avons été la seule Ferrari F458 à ne rencontrer aucun problème. L’équipe technique et les pilotes y sont pour beaucoup. Avoir des pilotes que l’on connaît a été un point positif avec une saine émulation entre eux. Le renfort de Guillaume (Moreau) a été important car c’était le meilleur choix possible. Il fait partie selon moi des cinq meilleurs pilotes français. Il a eu l’intelligence de ne pas faire le show et de tirer l’équipage vers le haut. Tout s’est bien enchaîné. »
L’équipe s’est vite mis dans le rythme des courses d’endurance ?
« En Porsche Cup, on est actif sur les réglages et ensuite plus rien. Lorsque le départ de la course est donné, on ne maîtrise plus rien et tout le monde est inactif. Les courses sont tellement courtes que si le pilote rentre prématurément c’est terminé. Dans les courses d’endurance, il faut adopter la bonne stratégie avec tout ce que cela comporte : pneus, ravitaillement, changement de pilotes, etc… D’entrée de jeu nous avons été dans le coup. A Spa, aucune faute n’a été commise et aucune pénalité à noter. Certes il y a encore des choses à améliorer, mais on ne peut être que satisfaits. »
Ludo (Badey) peut être considéré comme la révélation de l’année. Gentleman ou professionnel ?
« Disons qu’il a le talent d’un professionnel avec un autre métier la semaine. Il a rivalisé avec la crème des pilotes GT3. Avec des Moreau, Pla, Jousse, on a le top des pilotes et Ludo n’a pas eu à rougir. Il a beaucoup contribué aux résultats. La Porsche Cup est une bonne école. »
La voiture sœur a pour sa part eu plus de problèmes durant la saison…
« On ne dira pas qu’elle est maudite et on ne cherche pas d’excuses. A Monza, nous étions 4ème à moins de dix minutes de la fin. Alors que j’étais au volant, j’ai eu une crevaison. A Navarra, la position était la même, quand un problème de distributeur pneumatique de boîte de vitesses nous a handicapé. Cette pièce n’est pas propre à l’auto et on sait qu’elle fait partie de l’évolution de la F458. Avant d’arriver à Spa, Olivier a été pris dans un accrochage en GT Tour et l’auto était sérieusement endommagée. L’équipe est arrivée en Belgique en terminant le remontage l’auto. La course s’est passée sans le moindre problème durant 18 heures et il s’est passé un phénomène de vibration qui a été dur à déterminer. L’échappement a ensuite cassé et on sait que c’était une des faiblesses de l’auto. A Magny-Cours, Patrice s’est fait harponner par une GT4, alors que Julien avait fait un premier relais d’enfer. Il a fallu changer le châssis et il n’était pas disponible, d’où le forfait à Silverstone. »
La série Blancpain fait partie des séries GT3 les plus relevées ?
« Nous avons découvert un championnat de haut standing où il a fallu s’étalonner avec la concurrence. C’est selon moi la discipline majeure. Audi s’est impliqué directement à Spa et les autres teams sont d’un haut niveau, que ce soit Marc VDS, Vita4One, McLaren ou HEXIS. Là on boxe dans la cour des grands. Le but est maintenant de savoir si on peut continuer à luter pour la victoire avec des budgets raisonnables, sachant qu’il y a dans le package une course de 24 heures qui coûte cher. »
L’objectif est de rempiler en 2012 ?
« C’est acquis à 90%. Il faut toutefois voir pour les budgets. Pour Spa, il faut 8 personnes par voiture, ce qui fait le double pour deux autos. Le problème n’est pas de faire rouler des voitures et des pilotes, mais d’avoir la bonne logistique et la bonne intendance. Actuellement notre effectif permanent est de 6 personnes et de 12 sur les circuits. L’idée est de mettre deux autos, en Pro-Cup ou Pro-Am Cup, je ne sais pas encore. Être en Pro-Cup sans un réel appui d’un manufacturier ou d’un annonceur c’est compliqué. C’est la réalité économique qui va nous guider. Même si j’ai fait 13 fois Le Mans, j’ai vraiment découvert cette année ce qu’était l’endurance. C’est un tel enjeu où il ne faut pas faire le moindre compromis. On fait une course de 24 heures pour la terminer sinon on se rabat sur des courses de une heure. Pour l’avenir, j’aimerai bien que l’on soit présent sur les 24 Heures de Daytona, Dubai ou le Nürburgring. J’y pense pour 2013… »
« Pour que ce soit viable, il nous faut plusieurs programmes. Il est vrai que ça peut être le GT Tour ou un autre championnat, ou la Blancpain Endurance Series couplée à quelques courses longue distance. Il est vrai que pour une équipe française, rouler en France est bien et nous n’avons pas la volonté d’arrêter. Maintenant il faut se poser la question de savoir si en France on a la volonté d’avoir une discipline locomotive pour le sport auto français. Les acteurs doivent être consultés et impliqués. Il faut voir si le budget permet d’avoir un championnat de haut vol. Il faut selon moi simplifier les règles et privilégier le spectacle sur la piste. Par rapport à ce que l’on a connu au milieu des années 2000, il y a moins d’argent en France. La balle est maintenant dans le camp de la FFSA qui doit aussi se poser la question de savoir si l’on veut fidéliser les équipes durant plusieurs années. Actuellement les teams font de la survie. En 2006, une GT3 coûtait entre 150 000 et 200 000 euros, alors que maintenant c’est entre 330 000 et 400 000 euros et la crise est passée par là. »
Un petit mot sur l’année écoulée de Tristan aux Etats-Unis ? (ndlr : Tristan Vautier, Filleul de Jérôme a remporté le championnat Star Mazda 2011).
” Il a fait une très très bonne saison. Si je l’ai aidé à ses débuts, il se débrouille seul et c’est lui qui démarche les équipes. Son titre en Star Mazda Championship lui donne une bourse pour rouler en IndyLights. Tristan a fait la pari de courir aux Etats-Unis vu qu’en Europe c’était bouché. Si le pari n’était pas gagné au début, il a prouvé le contraire avec de très belles performances. Il est vrai qu’à l’avenir j’aimerais bien qu’il roule pour le Team SOFREV-ASP, mais pour le moment il est pleinement concentré sur son avenir monoplace et j’espère bien qu’on le verra au départ des 500 Miles d’Indianapolis.”
Propos recueillis par Laurent Mercier
