Dans la famille Beaubelique, à chacun son sport auto. Entrepreneur à Limoges (BLS Remorques), Jean-Luc fait partie depuis de nombreuses années du paysage du Championnat de France GT ou de la Porsche Carrera Cup. Les coupes récoltées au fil des saisons ornent son bureau alors que dans la pièce voisine, son frère Jean-Charles a lui aussi pas mal de trophées, mais en rallye, avec une saison en Super 2000. Pour cette campagne 2011, Jean-Luc dispute deux championnats, avec le GT Tour et la Blancpain Endurance Series, au sein du Team SOFREV-ASP de Jérôme Policand. C’est d’ailleurs en leader du championnat Blancpain (Pro-Am Cup) que le Limougeaud se rendra sous peu à Magny-Cours, après une belle victoire décrochée aux 24 Heures de Spa (Pro-Am Cup) en compagnie de ses compères Guillaume Moreau, Ludovic Badey et Franck Morel. En ces temps de disette économique, nous avons fait le point avec Jean-Luc sur la situation économique générale, savoir s’il était compliqué de devenir entrepreneur de nos jours en France et si une entreprise se gérait de la même façon qu’une carrière de pilote. Entretien…
Laurent Mercier : Jean-Luc, est-il compliqué d’entreprendre quelque chose de nos jours en France ?
Jean-Luc Beaubelique : « Il est vrai qu’avec la situation économique actuelle ce n’est pas évident. Lorsque l’on a une petite structure, on est amené à tout faire. C’est compliqué car les pièges sont nombreux. On est plutôt seul en tant que dirigeant, contrairement aux salariés. Le patron d’une petite entreprise ne sait pas forcément vers qui se tourner pour obtenir les bonnes réponses à ses questions. Dans une société de 40 à 50 personnes, la structure est primordiale et il faut s’avoir bien s’entourer, avec un DRH qui fait office d’adjoint. La vie quotidienne est plus simple à gérer. Le but est de se développer, d’avoir une gestion saine et de trouver les bons financements. Plus tu peux te concentrer sur ton vrai job, mieux c’est. Il faut vraiment s’intéresser au cœur du métier. A partir d’un certain volume, il faut le confier à d’autres personnes. Les échelles intermédiaires sont compliquées. »
Avec la crise économique actuelle qui sévit, c’est encore plus compliqué ?
« A un moment, il faut devenir malgré tout un financier. Il faut analyser les bilans, comprendre les points forts et les points faibles. C’est ce qui permet de se renforcer. Plus le compte courant est fort, plus il est facile de gérer la crise financière. Les PME mal dirigées sont confrontées à des difficultés. La fiscalité française fait que certains se préoccupent plus de dégager des revenus importants plutôt que de développer l’entreprise. C’est essentiellement un problème fiscal. On achète pas une entreprise comme des bouteilles de vins. C’est un peu le cas de certains pool financiers. Une entreprise n’est pas un objet. Ce principe est néfaste pour l’économie à terme. C’est en train de nous atteindre. »
« Depuis 30 ans, tout le monde a été élevé à la « mode supermarché », c’est-à-dire de rechercher les promotions et les prix bas. On cherche plus le prix bas que le prix adapté. Le système de consommation n’est pas adapté à notre économie. On a créé une économie de distribution et non de production. »
En France, on a tout de même un problème au niveau du rapport avec l’argent ?
« C’est vrai qu’en France ceux qui ont de gros moyens vivent un peu cachés. On a tout de même de grandes familles qui ont des acquis historiques. Il faut vivre avec ses moyens. »
On gère une carrière de pilote comme une entreprise ?
« Dans les deux cas il faut se débrouiller pour avancer. Il faut trouver des partenaires et ne pas tomber uniquement que dans des dépenses. Je fais de la compétition depuis les années 90, notamment avec le rallye. C’est compliqué de communiquer sur des rallyes. Il y a plus de facilités sur les circuits. Il faut faire un vrai relationnel avec les clients et créer une vraie relation de confiance. J’ai vu cela avec le Trophée Andros. Le mieux est de faire partager de l’intérieur. Il faut utiliser le sport automobile comme une vitrine. Cela peut fonctionner si ce n’est pas une opération de masse. Selon moi, avoir 10 à 20 personnes, c’est l’idéal. Il faut prendre du temps pour discuter. Dans ce cas c’est positif. »
Il faut donc se battre derrière le volant et en dehors ?
« Exactement ! Il faut se battre en course comme pour gérer une entreprise. En tant que pilote B, il faut tout analyser. On peut aller vite en se mettant à son propre niveau et ne pas brûler les étapes. De plus certaines autos sont plus faciles à piloter que d’autres. Course auto, business : même combat ! (rires). Je suis là pour me faire plaisir avant tout et voir l’arrivée. Quand en plus on termine à une bonne place comme ce fut le cas à Spa, c’est encore mieux. »
Et le futur ?
« Il y a bien les Le Mans Series et le Championnat du Monde d’Endurance, mais c’est un peu nivelé par l’argent et pas le talent. J’ai moi aussi été débutant mais il faut se fixer des objectifs. Débuter une coupe de marque est l’idéal pour ensuite gravir un à un les échelons. On ne peut pas arriver au Mans rien qu’avec de l’argent. Le pilote qui réfléchit ne réagit pas de la sorte. »
Propos recueillis par Laurent Mercier