La 39e édition des 24h du Ring promettait d’être explosive et, le moins que l’on puisse écrire, est qu’elle a pleinement répondu aux attentes. Le spectacle offert par les artificiers au service des grands constructeurs allemands et italiens fut absolument grandiose d’un bout à l’autre de l’épreuve. Tour à tour, Ferrari, BMW, Mercedes et Porsche ont pris les rênes de la course mais au bout du compte c’est le constructeur de Stuttgart qui eut le dernier mot.
Après avoir, en début de parcours, subi la loi de la Ferrari/Hankook Team Farnbacher, des BMW M3 GT/Schnitzer voire même des trois meilleurs Mercedes SLS GT3 (Mamerow, Heico, Black Falcon n°22), la Porsche 911 GT3 RSR/Manthey Racing n°18 est montée en puissance, se rapprochant petit à petit du haut du tableau avant de s’emparer du commandement au tiers de l’épreuve. Alors que la concurrence accumulait les ennuis (petit ou gros selon les cas), la RSR millésime 2008, magistralement pilotée par Marc Lieb, Lucas Luhr, Timo Bernhard et Romain Dumas, enchaînait les rondes à un rythme d’enfer avec, qui plus est, une régularité de métronome. Rien ni personne ne parviendra à enrayer sa marche triomphale. Auteurs d’une prestation en tous points irréprochables, les troupes d’Olaf Manthey pouvaient savourer un 5e succès en 6 éditions ! Une sacrée performance tant le double tour d’horloge de l’Eifel peut se révéler exigeant non seulement envers les hommes mais également envers les mécaniques.
Si le bolide de pointe de l’escadron Manthey peut se targuer d’avoir disputé la course parfaite, toutes les Porsche ne peuvent en dire autant. Loin s’en faut ! Passons rapidement sur le cas de la 911 GT3 R/Manthey Racing de Lieb-Bernhard-Dumas-Luhr, retirée volontairement après à peine 2h de course, pour nous pencher sur celui de la Porsche 911 GT3 R Hybrid. Au moins aussi rapide que la concurrence et surtout capable de boucler des relais de 10 tours (contre 9 à ses adversaires les plus coriaces), le joyau de Weissach était logiquement pointé parmi les grands favoris des 24h. Le début de course confirmait ces prédictions, la 911 Hybrid pointant déjà au 2e rang après à peine 180 minutes de course. Las, un bris de boîte de vitesse, peu avant le cap de la 5e heure de course, la faisait chuter dans les profondeurs du classement.
Jörg Bergmeister, Richard Lietz, Marco Holzer et Patrick Long entamaient alors une remontée de tous les diables. Celle-ci était cependant entravée, dimanche matin, par un accrochage avec une Clio. Tant et si bien que la Porsche 911 GT3 R Hybrid devait finalement se contenter d’une modeste 27e place, peu en rapport avec ses possibilités. Gageons que le constructeur allemand ne restera pas sur cet échec et fera tout ce qui lui est possible afin d’être le premier à imposer la technologie hybride lors d’une épreuve de 24 heures.
Quant aux deux dernières 911 GT3 R alignées par le Manthey Racing, elles n’ont guère rencontré plus de réussite. Alors que la « Haribo » s’acheminait vers une honorable 8e place, un échappement cassé, à moins de trois heures de l’épilogue, reléguait le quatuor Westbrook-Menzel-Stursberg-Riegel au 13e rang. Ralentie par deux sorties de piste, la n°10 de Gindorf-Kohler-Scharmach-Wlazik croise, pour sa part, le drapeau à damiers en 22e position. Weiss-Kainz-Jacobs-Krumbach ont bien mieux tiré leur épingle du jeu, plaçant la 911 GT3 MR/Wochenspiegel à une jolie 10e place, un tour derrière la 911 GT3 R/Frikadelli Racing. Respectant à la lettre leur tableau de marche, Sabine Schmitz, Klaus Abbelen, Niclas Kentenich et Tim Bergmeister ont su éviter toute erreur et décrochent, de fait, un résultat somme toute inespéré compte tenu du plateau. De quoi ravir les nombreux supporters de cette équipe ô combien sympathique.
Véritable révélation de la saison en VLN, la Porsche 911 GT3 R/Pinta Racing de Lauck-Illbruck-Van Ommen-Heger n’a pas réussi à marquer les esprits comme elle a coutume de le faire dans la série allemande d’endurance et doit, par conséquent, se contenter du 16e rang à 11 tours des vainqueurs Anonyme 48e, conséquence d’un changement de moteur, la 911 GT3 R/Falken Motorsport n’en a pas moins assuré sa part de spectacle, Wolf Henzler, Peter Dumbreck, Martin Ragginger et Sebastian Asch nous gratifiant de quelques jolis passages en force. Enfin, la 911 GT3 Cup S/H&R de Jürgen Alzen-Artur Deutgen-Klaus Ludwig-Sascha Bert, excellente 6e et première Porsche en 2010, n’est pas parvenue à rééditer sa superbe prestation. Une sortie de route en fin de nuit de Deutgen la contraignant à jeter l’éponge alors qu’elle naviguait en 17e position. Bilan contrasté donc pour Porsche qui, une nouvelle fois, peut remercier le Manthey Racing d’avoir assuré l’essentiel, à savoir la victoire ! Chapeau à eux ! Tenant du titre, le Team BMW Schnitzer était bien décidé à vendre chèrement sa peau. Tout commençait d’ailleurs sous les meilleurs auspices pour la formation de Charly Lamm.
Partis en gommes intermédiaires sur une piste encore humide alors que leurs concurrents étaient majoritairement chaussés de pneus pluie, Dirk et Jörg Müller profitaient de l’assèchement rapide de la piste pour se porter au commandement. Au terme de la première heure, les deux homonymes possédaient 20 secondes d’avance sur la Ferrari/Hankook et près d’une minute de bon sur le reste de la meute. La marche en avant des jolies Bavaroises allait cependant rapidement être entravée. Peu après le cap de la 3e heure de course, la #7 de D.Müller-Werner-Adorf-Lamy, en délicatesse avec ses freins, perdait la bagatelle de 8 tours et se retrouvait reléguée au…147e rang.
Dans le même temps, au volant de la «#1, Pedro Lamy s’emmêlait les pinceaux avec un attardé à l’entrée du Karussell. Le temps de regagner les stands et d’effectuer les réparations nécessaires, quatre minutes s’envolaient dans l’aventure. Loin de se décourager, les pilotes Schnitzer repartaient le couteau entre les dents. Dans leur folle remontée, les vainqueurs 2010 se voyaient infliger, en début de nuit, un stop and go de 3 minutes, suite à une manœuvre, jugée dangereuse, de Pedro Lamy lors de son re-start après l’incident du Karussell . Jörg Müller, Augusto Farfus, Uwe Alzen et… Pedro Lamy ne lâchaient pas le morceau pour autant. Revenus le dimanche matin en seconde position, ils s’évertuaient à mettre la pression sur la Porsche Manthey n°18. Toutefois cette dernière tenait bon, gérant à merveille son avantage. Au bout du compte, la BMW M3 GT frappée du n°1 échouait à seulement 4’23 de la RSR victorieuse, de quoi nourrir de sérieux regrets.
Quant à Dirk Müller, Dirk Werner et Dirk Adorf, au prix d’une attaque de tous les instants, ils étaient parvenus à remonter au 16e rang lorsque le moteur rendit son dernier soupir à moins de deux heures de l’arrivée. Reste à espérer que BMW Motorsport ne restera pas sur cette défaite et tentera, en dépit de son implication en DTM, de prendre sa revanche l’an prochain. Gonflée à bloc suite à son succès lors des dernières 24h de Dubai, quand bien même le plateau n’était en rien comparable avec celui présent ce week-end dans l’enfer vert, l’écurie Need For Speed by Schubert espérait bien créer la sensation. Au 1/3 de la course, tout se présentait pour le mieux puisque la BMW Z4 GT3 n°76 de Claudia Hürtgen, Tommy Milner, Edward Sandström et Fredrik Larsson occupait une splendide 3e position à seulement quatre minutes de la Porsche/Manthey alors en tête de l’épreuve.
Une bonne heure plus tard, le beau rêve se transformait en cauchemar lorsque le coupé Z4, arborant les couleurs « Olsbergs », s’accrochait violemment avec la Mercedes SLS GT3 de Heinz Schmersal dans la très rapide section de Pflanzgarten. Si les pilotes s’en sortaient indemnes, on ne pouvait en dire autant de leurs montures ! Au lever du jour, rebelote ! La Z4 GT3 de Buchardt-Posavac-Mayes-Sorlie, alors 12e, s’apprêtait à doubler une Seat Leon lorsque celle-ci la percutait à l’arrière gauche du côté de Schalbenscwhanz. Anders Buchardt, alors au volant, perdait instantanément le contrôle de son bolide, lequel passait par-dessus les glissières de sécurité avant d’atterrir sur le toit. Fort heureusement, sans mal pour le Norvégien !
Comble de malchance, la 3e et dernière Z4 GT3 encore valide, en l’occurrence la n°4 de Marko Hartung, Jörg Viebahn, Tom Coronel et Claudia Hürtgen, devait jeter l’éponge en milieu de matinée, suite à des ennuis mécaniques, alors qu’elle occupait une honorable 9e position. Week-end à oublier donc pour les troupes de Torsten Schubert, lesquelles tenteront assurément de prendre leur revanche lors des prochaines 24h de Spa.
En dépit de chronos au tour plus que corrects et d’une attaque permanente, les Audi R8 LMS ne nous sont jamais parues en mesure de s’imposer. Et de fait, là où la concurrence pouvait se permettre d’effectuer des relais de 9 tours (10 pour la Porsche Hybrid !), les bolides aux anneaux devaient se contenter de 8 rotations ! Une sacrée différence surtout sur un tracé long de plus de 25km !
Par conséquent le joli tir groupé aux 3e, 4e et 5e positions des R8 LMS/Phoenix Racing de Marc Basseng- Marcel Fässler- Frank Stippler et… Frank Stippler- Marc Hennerici- Christopher Haase- Markus Winkelhock et Abt Sportsline de Mattias Ekström-Timo Scheider-Marco Werner-Christian Abt n’en prend que plus de valeur. Principalement dans le chef du jovial Marcel Fässler qui, deux semaines après avoir remporté la course d’endurance la plus mythique au monde, décroche un nouveau podium dans le double tour d’horloge le plus éprouvant qui soit. Ralentie par deux sorties de route, la seconde R8 LMS/Abt Sportline de Luca Ludwig-Christopher Mies-Christer Jöns-Christian Abt se classe 12e tandis que la rescapée du Team Audi Race Experience, pilotée notamment par Frank Schmickler, échoue au 18e rang. La première voiture du Team ayant été rapidement contrainte à l’abandon suite à une violente sortie de route (conséquence d’une crevaison) de Chris Vogler.
Pour leurs premières apparitions aux 24h du ring, les Mercedes SLS GT3 ont fait excellente impression. Après 6h de course, les coupés chers à Norbert Haugg monopolisaient d’ailleurs les trois premières places ! La « Mamerow Racing » de Mamerow-Hahne-Kaffer précédant la « Black Falcon » de Heyer-Jäger-Bleekmolen-Seyffarth et la « Heico » de Arnold-Margaritis-Brück-Frankenhout. Cependant, peu avant le cap du 1/3 de course, le bel édifice s’effondrait. Armin Hahne s’accrochait avec une Porsche et devait rendre les armes tandis que le quatuor du Black Falcon concédait 19 minutes suite à des ennuis de direction assistée.
En revanche, la SLS du Heico Motorsport poursuivait sa course sans encombre. La 3e marche du podium lui tendait les bras lorsqu’ à quelques minutes du terme de l’épreuve, des soucis de cardan renvoyaient Arnold-Margaritis-Brück-Frankenhout au 7e rang, juste derrière le quatuor…Heyer-Jäger-Bleekmolen-Seyffarth, bien revenu après ses ennuis du début de nuit. 11e avec la seconde SLS de l’écurie Black Falcon, Mehta-Breslin-Breslin-Rösler confirmaient la bonne tenue des Mercedes « papillon ». Des Mercedes que l’on souhaite revoir tout aussi nombreuses l’an prochain, avec toutefois des équipages un peu plus homogènes.
Sensationnel 2e l’an dernier avec une Ferrari F430, le Hankook Team Farnbacher était bien décidé à faire parler de lui. Après avoir remporté, chanceusement il est vrai, la 3e joute du VLN, la nouvelle 458 Italia/Hankook Farnbacher confirmait ses excellentes dispositions en signant la pole position des 39e 24h du Nürburgring. Une pole qui était tout sauf de la poudre aux yeux puisque la belle Italienne pointait, une fois de plus, en tête de la hiérarchie après 2, 3 et 4h de course ! Hélas peu après 20h, un cardan cassé la renvoyait dans les profondeurs du classement. Nullement résignés, Dominik Farnbacher, Allan Simonsen, Marco Seefried et Jaime Melo se lançaient dans une impressionnante course poursuite, qui les voyaient remonter au 8e rang absolu, le 1er en SP8 et ce tout en signant le meilleur tour en piste ! Chapeau bas ! Quant à la Ferrari P4/5 de la Suderia Cameron Glickenhaus, si elle a, comme « prévu », rencontré de nombreux soucis, elle n’en a pas moins franchi la ligne d’arrivée en 39e position. Une performance somme toute honorable pour une monture toujours en cours de développement, qui plus est lors d’une épreuve aussi exigeante.
Pour conclure, soulignons la jolie performance de la famille Stuck (Lamborghini Gallardo LP600) qui, en dépit d’un changement de boîte de vitesse, se classe, en compagnie de Dennis Rosteck, à une probante 15e place. De quoi ravir le grand Hans, tout heureux d’avoir pu partager ces grands moments en compagnie de ses deux rejetons Johannes et Ferdinand.
Fabrice Bergenhuizen