A n’en pas douter, la nouvelle Pescarolo est LA Grande attraction de ce premier meeting des Le Mans Series. C’est donc en tout logique que nous sommes allés à la rencontre d’Henri Pescarolo. Et le hasard a bien fait les choses puisque Jean-Christophe Boullion s’est joint à nous. L’occasion de parler de… tout !
Comment s’est déroulée ta qualification ?
Jean-Christophe Boullion : « L’idée était de partir en décalée pour éviter la première vague et ainsi retrouver moins de voitures en pistes. Malheureusement, le drapeau rouge a été sortie lorsque j’étais dans mon premier tour lancé. J’ai immédiatement stoppé mon effort, mais j’avais déjà entamé le potentiel des pneus. Comme nous n’avions pas le temps de re-chauffer les gommes durant la coupure, je suis reparti en pneus froids. J’ai trouvé un tour clair mais le pic de performance était déjà passé et les partiels montrent que nous pouvions gagner au moins une demi-seconde par rapport au temps effectué. Nous aurions dû être en première ligne. »
Dans quelles conditions étiez-vous arrivés ici ?
Henri Pescarolo : « L’assemblage de la nouvelle voiture s’est terminé dans la nuit de lundi à mardi et nous avons simplement fait un shakedown à Brétigny en allant sur la route de Barcelone. Nous avons effectué un roulage de vérification pour les deux autos, avec la mécanique de course. Lorsque la n°16 a pris la piste vendredi, pour les premiers essais, elle n’avait jamais vu le bitume d’un circuit ! »
Quelles ont été les premières impressions ?
JCB : « Nous avons été satisfaits de la performance, mais nous avons également découvert qu’il y avait un peu de travail au niveau du set-up. Immédiatement, j’ai constaté que la charge aéro était plus importante. C’est vraiment ce qui m’a marqué. D’un point de vue mécanique, c’est relativement similaire à l’auto de l’an dernier, donc je n’ai pas eu de grosse surprise de ce point de vue. L’autre point important, c’est que l’équilibre avant/arrière a été rectifié. C’était l’un de nos défauts et il a été corrigé. »
Comment les premiers tours au volant d’une nouvelle voiture se traduisent pour un pilote ?
JCB : « Je suis parti en pneus neufs et immédiatement la charge aéro m’a sauté aux yeux. J’ai découvert une voiture plus facile à piloter, avec un meilleur transfère de charge. Nous avons encore du sous-virage au moment de toucher les freins, mais la marge de progression est importante. »
Henri, comment vous jugez ces débuts ?
HP : « Les premiers pas d’une nouvelle voiture sont toujours synonymes d’inconnues. Il faut concrétiser sur la piste le travail effectué en soufflerie. Et, avec la F1, nous avons de nombreux exemples que cela n’est pas forcément le cas ! Par rapport aux chiffres que les ingénieurs avaient après les passages en soufflerie, nous avions quelques bonnes raisons d’espérer. Mais il faut reconnaître que les premiers chronos ont été pour nous un ouf de soulagement. Nous avons été de suite dans le coup : c’est une énorme récompense pour toute l’équipe et cela nous donne beaucoup d’espoir pour la suite. Dommage que nous n’ayons pas concrétiser le potentiel à cause du drapeau rouge. L’objectif est de gagner la course…»
(Le téléphone de Henri Pescarolo sonne… John Judd félicite les Verts pour leurs débuts avec la nouvelle voiture)
Jean-Christophe, pendant que le Patron est au téléphone, parlons un peu de la saison 2009 : pour la première fois depuis plusieurs saisons, tu ne sera pas associé à Emmanuel Collard. Comment ça se passe avec Christophe Tinseau ?
« Ça ne change pas énormément l’approche, même si avec Manu nous avions une grande complicité. Le point positif avec Christophe, c’est qu’on ne repart pas de zéro. Il était déjà dans l’équipe depuis deux saisons et nous avons l’habitude de travailler ensemble. Il restait à savoir si nous avions la même façon de régler la voiture. De ce point de vue, nous avons rapidement été rassurés. Christophe est un super gars ! »
Quel est ton objectif en 2008 ?
« Pour des pilotes comme nous, ne pas se battre pour le podium comme en 2008, c’est une situation très difficile. Cette année, nous sommes programmés pour la gagne si l’on peut dire. Notre ambition est de nous imposer le plus de fois. Si nous sommes fiables et réguliers, le titre s’offrira peut être à nous. Pour l’instant, nous prenons les courses les unes après les autres. »
(Henri Pescarolo raccroche : nous reprenons la discussion sur la nouvelle voiture)
Henri, la progression marquée par la nouvelle voiture est-elle conforme à vos attentes ?
HP : « Je laisse Nicolas Clémençon, du bureau d’études, vous répondre… »
NC : « Suite aux passages en soufflerie, nous avions certains chiffres et donc des idées de chronos avant de venir ici. Disons que nous retrouvons un gain relativement proche de ce que nous espérions. »
Dans quelle philosophie a été conçue la nouvelle Pescarolo ?
HP : « Notre précédente voiture était typée Le Mans. Nous étions toujours mieux sur ce circuit. Avec la nouvelle version, nous avons voulu volontairement une auto plus polyvalente : la nouvelle Pescarolo a été dessinée pour s’adapter à tout type de tracé et pour gagner partout ! »
Y’a-t-il eu des parties privilégiées dans les évolutions apportées à la voiture ?
NC : « Dans le temps imparti, nous ne pouvions pas repartir de zéro et nous avons donc mis des garde-fous. Travaillé sur certains éléments étaient indispensable. Les pontons, notamment, représentent une zone importante dans l’écoulement de l’air. »
HP : « En fait, nous sommes passés en soufflerie plusieurs fois. La première base comptait déjà de nombreuses évolutions, mais le premier passage en soufflerie a donné de nouvelles idées au bureau d’études et à Claude Galopin. Et au final, le résultat du dernier jour en soufflerie est très différent de la version que nous avions en tête le premier jour. »
L’Audi R15 et l’Acura ARX-02a proposent des solutions relativement différentes au niveau du nez. Vous avez conservé un museau relativement similaire, mais aviez-vous imaginez un nez plus haut ou plus bas ?
NC : « Nous avons imaginez beaucoup de choses, mais le nez faisait justement partie des garde-fous. »
HP : « Un nouveau nez nous aurait contraint à ré-homologuer un crash box. Cela demande du temps. D’ailleurs, je tiens à préciser que le bureau d’études avait de nombreuses contraintes. Et malgré cela, tout a évolué. Sauf peut être les ailes, parce que les pneus, eux, ne changent pas ! »
Par rapport aux solutions utilisées, le partenariat avec SORA COMPOSITES s’est-il traduit par un échange sur le terrain ?
HP : « Non car les technologies utilisées par SORA sont compétemment différentes. Elles ne s’appliquent pas en sport automobile. Elles s’appliqueront en revanche pour la voiture école. SORA nous permet d’exister puisque Pescarolo Sport est désormais intégralement intégré à la Holding Jean Py. »
Précisons que le premier roulage de cette voiture-école est prévu pour octobre 2009. Une maquette sera présentée à l’occasion des 24 Heures du Mans. Nous vous invitons à retrouver la suite de cette interview dans un prochain article.
Propos recueillis par Anthony Megevand