Les superlatifs ont manqué pour décrire la course victorieuse de Benoît Tréluyer au Mans. Cependant, les 24 Heures du Mans, ce n’est pas uniquement de la vitesse, mais aussi de l’émotion, et celle-ci transparaît dans le récit de l’après-course que le vainqueur des 24 Heures 2011 nous livre dans son communiqué de presse et dont voici l’intégralité des propos :
Trouver les mots…
« La voiture coupe la ligne. Je tombe dans les bras de Marcel, puis dans ceux du Docteur Ullrich mais je suis incapable de dire un mot. D’ailleurs, est-ce vraiment utile ? Tout passe dans le regard. Je cherche Joachim Hausner à qui l’on doit la création du trio avec Marcel et André (Lotterer). Dans ma tête, se bousculent les deux dernières années de travail avec mes compagnons, surtout les 6 derniers mois. La force de cette équipe, c’est qu’elle prend tout en compte. Même si tu dis une grosse bêtise, elle t’écoute et étudie. Tu n’as pas peur de t’exprimer. Cette longue accolade avec Wolfgang (Ullrich), c’est un grand merci de m’avoir fait confiance, de m’avoir écouté. C’est un grand merci à cette équipe incroyable ! »
« Avec Marcel, on court vers le podium, on cherche André mais il n’est pas encore arrivé! On a envie de le serrer très fort, mais où est-il ? On ne réalise pas qu’il est en train de faire le tour d’honneur. On est comme des fous. On embrasse les mécanos. On cherche Leena, notre chef ingénieur. On cherche Ronny, notre chef mécano. Notre équipe est jeune et passionnée. C’est la première année que tous les deux ont tant de responsabilités. Au cours des dernières heures, la moindre petite défaillance d’un gars, la plus petite erreur nous aurait été fatale. Comme Peugeot faisait des relais de 12 tours, nous avons fait le choix stratégique de 11 tours. Le calcul montrait que pour gagner il fallait être 5/10 plus vite au tour, mais sans connaître la moindre erreur en piste ou dans les stands. Dans la voiture, j’ai souvent pensé aux gars. Aux moments clés, je me disais qu’ils comptaient sur moi, que je ne pouvais pas les laisser tomber. »
Faire des photos
« Je suis ivre de joie sur le podium mais, en même temps, je suis un petit peu gêné pour mes équipiers. Nous sommes en France, beaucoup d’attention est sur moi mais nous sommes trois à avoir gagné. Ils méritent autant d’applaudissements que moi. Je suis bien, j’ai envie de rester là. Toute ma vie ! Dans ma poche, mon téléphone n’arrête pas de vibrer. Je le saisis et je fais des photos. Juste pour moi. Pour fixer ce moment à jamais. Pour ne pas risquer qu’il s’évanouisse dans les méandres du temps. Un pote d’école a réussi à amener mes parents sur la terrasse au-dessus du podium. C’est un beau cadeau. Je peux les voir. Je les prends en photo. Les savoir là, si proches, c’est génial ! »
« Conférence de presse, je commence à redescendre. J’essaie de me contrôler. Je ne vais tout de même pas encore chialer. Dans le regard des journalistes, au travers de leurs questions qui mettent en relief le travail de l’équipe, je comprends que nous avons réussi quelque chose de grand. La qualité de nos adversaires, la bagarre que nous avons eue… J’ai une pensée pour Peugeot. Sans leur détermination à nous battre, la victoire n’aurait pas eu le même goût. Je me dis que ce que je ressens doit être assez proche de ce qu’ont ressenti les gars de l’équipe de France de foot au terme de la finale du mondial 98. Je suis fier. »
Retrouver Mélanie
« Arrivée au réceptif Audi. C’est énorme ! Nous sommes arrosés de champagne, de bière. Tout le monde hurle. Comme sur le podium, on aimerait que les autres pilotes de l’écurie soient à côté de nous. Mes parents, mes sœurs, mes nièces, toute la famille est là. Les amours de ma vie sont là aussi ; Mélanie que j’avais perdue dans la confusion de l’arrivée, et Jules qui du haut de ses cinq ans comprend qu’il se passe quelque chose. Je ne les ai pratiquement pas vus de la semaine. Je n’ai pas non plus été très présent à la maison au cours de ces derniers mois et, qu’ils soient là maintenant, c’est très important pour moi. Peu avant, j’ai fait un saut sur le plateau de l’émission Stade 2. Cela m’a permis de partager un peu cette victoire avec mes anciens sponsors, avec tous ceux qui m’ont aidé et qui ne sont pas présents au Mans. Etre là, sur ce plateau de télévision, c’est aussi ma manière de leur dire merci. Je les sens fiers. Je suis heureux. »
Allan et Rocky…
« Au milieu de la fête, je pense à mes potes. Les gros cartons, je sais ce que c’est ! L’accident d’Allan (McNish), pour moi, est un fait de course malheureux. Celui de Rocky (Rockenfeller) n’aurait jamais dû arriver. Il est sorti dans un virage que l’on prend à fond. Tout le monde sait qu’il faut faire très attention à ne pas couper la trajectoire dans ce virage où les prototypes doublent. Je suis dans le stand quand cela arrive et ce n’est pas facile de prendre mon relais. Il s’est extrait tout seul de l’habitacle mais ce n’est pas clair. Des nouvelles rassurantes me sont transmises par radio. Si quelque chose de grave lui était arrivé, cela aurait fait exploser la bulle dans laquelle nous étions depuis plusieurs jours… »
« La procédure après un relais, c’est d’aller manger, de boire, de se faire masser et de dormir. Sauf que depuis le début de l’épreuve, je n’ai pas réussi à trouver une seule fois le sommeil. Au sortir d’un quadruple relais, à 4 heures du matin, je me dis qu’il faut vraiment que je dorme. Je sors de la voiture, je prends ma douche et je vais directement au lit. La bouffe, le massage, je verrai à mon réveil… Sauf que rien ne se passe comme prévu. A 7 heures, on me réveille, on me demande de me presser. Je cours au garage, j’attrape mon casque, je demande ce qui se passe… Et on me répond que l’on m’expliquera plus tard ! André arrive. Je saute dans la voiture. Les mécanos changent les pneus. Je pars et, au bout des stands, je dis par radio : « Bonjour Leena ! » La phrase restera. Tant que j’y suis, j’en rajoute un peu : « Quelle heure est-il ? Où en sommes-nous ? » J’apprends alors que l’on a perdu du terrain, que ça va être difficile, qu’il va falloir attaquer. Je remercie le stand de ce réveil aussi excitant que terrifiant. Je me demande intérieurement si je vais être capable de relever le défi. Aujourd’hui, j’ai la satisfaction d’avoir vraiment apporté ma pierre à l’édifice ! »
La trêve aura été courte pour Benoît et un de ses coéquipiers manceaux, André Lotterer, puisque tous deux courent ce week-end en Malaisie, sur le circuit de Sepang pour la troisième manche du SUPER GT 2011. Benoît et André, tous deux déjà titrés en SUPER GT, seront adversaires, le français au volant d’une Nissan GT-R et l’allemand au volant d’une Lexus SC430.
Nul doute qu’il seront l’objet de multiples sollicitations après leur succès manceau et que leurs camarades japonais, friannds des 24 Heures, ne manqueront pas de leur poser mille questions.
Leur victoire permettra peut-être par ailleurs une plus grande mobilisation pour la campagne en faveur des sinistrés de catastrophe japonaise, le sport auto japonais ayant monté sa propre prganisation caritative, SAVE JAPAN, dont le site web est ici
Citation extraite du communiqué de Benoît Tréluyer,
Claude Foubert


