Le Mans

Christophe Bourret : "On est sur un nuage!"

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Christphe Bourret était l’un des rookies des 24 Heures du Mans 2011. Il partageait le volant de la Porsche 997 RSR n°70 de Larbre Compétition avec son équipier du VdeV Pascal Gibon, lui aussi néophyte des 24 Heures, et Jean-Philippe Belloc, en catégorie GTE Am.

 

Le week-end s’est plutôt bien passé pour Christophe, Pascal et Jean-Philippe, puisqu’ils ont décroché la deuxième place de la catégorie. Le Mans réussit fort bien à Christophe Bourret et Pascal Gibon, par ailleurs vainqueurs du Challenge d’Endurance GT VdeV 2010, puisqu’en plus de ce podium des 24 Heures réalisé pour leur première participation à l’épreuve, ils ont remporté le 1er mai dernier les 4 Heures du Mans, troisième manche du VdeV 2011, sur le circuit Bugatti. Christophe Bourret (deuxième en paratnt de la gauche, entre Pascal Gibon et Jean-Philippe Belloc, Patrick Pilet étant à la droite sur le cliché) nous a fait part de ses impressions quelques jours après ces 24 Heures.

 

Christophe, parle nous un peu de ces 24 Heures…

“Je commence à me remettre, après 10 heures et demie de conduite en course.”

 

10 heures et demie ?

“Oui, j’étais au volant lors de la sortie des deux premiers safety cars. On avait prévu de doubler les relais en gradant le même train de pneus. Jean-Philippe prenait le départ pour un relais simple et j’enchaînais ensuite pour un double. L’accident de McNish a changé les choses, et j’ai donc gardé le volant pendant 3h05. Ensuite, c’était moi encore dans la Porsche lors du crash de Rockenfeller, donc je suis resté 2h45 dans la voiture, et après j’ai fait deux doules relais normaux, dont 1h45 sous la pluie, et celui-là, ça n’a pas été le plus facile. Heureusement, on a suivi une préparation physique spécifique à Font-Romeu, pour tenir le coup sur le plan physique et nerveux, car au Mans il y a beaucoup de stress.”

 

Prêt pour faire les 24 Heures à deux pilotes l’année prochaine?

“Ah non! Il ne faut pas exagérer!!”

 

Ton impression la plus marquante?

“C’est une impression vraiment forte et j’ai été très touché. C’est moi qui suis arrivé immédiatement derrière Mike Rockenfeller quand il a eu son accident J’ai vu une partie de la voiture monter en l’air et j’ai vu tout de suite devant moi un nuage de fumée totalement noir. J’étais environ à 270 kmh, j’ai freiné immédiatement, mais j’ai bien dû traverser le rideau noir à 200 kmh, sans rien voir. S’il y avait eu une voiture ou quoi que ce soit au milieu, je ne pouvais rien faire. Je suis passé sur plein de débris. Par la radio, j’ai demandé des nouvelles du pilote à mon ingénieur, mais il n’en savait absolument rien. Le tour suivant, j’ai seulement vu le moteur sur la droite -c’était donc bien ce que j’avais vu voler – et rien d’autre, pas de cockpit, la cellule de survie était de l’autre côté du mur. Il y avait un trou impressionnant dans les rails, sur plusieurs mètres, comme si on avait découpé le rail au chalumeau. C’était épouvantable.”

 

Depuis, la discussion relative aux pilotes professionnels et aux pilotes amateurs est revenue souvent sur le tapis? Ton opinion?

“Il y a plusieurs choses. Il faut d’abord bien voir qu’il y a 13 secondes d’écart seulement entre l’Audi et la Peugeot à l’arrivée, ça veut dire que la bagarre a duré 24 Heures, et que les protos, enfin les gros, ont été à fond tout le temps et que les pilotes ne voulaient pas perdre une seule seconde.”


“Ensuite, quand on dit que certains ne courent qu’une fois par an, au Mans, il faut relativiser. Les Robertson, par exemple, ils font toute la saison de l’ALMS, mais c’est vrai qu’ici il y a des différences de vitesse phénoménales. Nous, pour notre part, on avait été bien briefés, et pas question de prendre de risques ou d’en faire prendre aux autres, quand on voyait une Peugeot ou une Audi dans les rétroviseurs, on ralentissait et on laissait la place.”

 

On a parlé aussi des phares surpuissants des Audi?

“C’est incroyable. On y voit comme en plein jour. C’est vrai qu’on peut être gêné par les appels de phares, car ils les déclenchent de très loin, à 4-500 mètres parfois, quand ils apercoivent une voiture, bien avant de pouvoir la dépasser et c’est vrai qu’ils mettent beaucoup la pression…Ce qui est surprenant, c’est que la pilote de la Ferrari a paraît-il dit qu’il n’avait pas vu l’Audi. Surprenant…”

 

Pour revenir à cette deuxième place, le week-end a été bon?

“Plus que ça! On est sur un nuage! C’est vrai qu’on s’est bien préparé…Le VdeV, c’est vraiment une bonne école de l’endurance, avec des courses de quatre, six heures, avec des voitures performantes. On a fait aussi deux fois les 24 Heures de Dubai, une fois les 24 Heures de Spa. On est arrivé pour faire une course pleine d’humilité, avec un plan de course bien précis. L’objectif, c’était clairement d’être à l’arrivée, et de voir à ce moment où on en serait. On est réellement bluffés d’être sur le podium pour notre première participation. Qauand on sait qu’il y en a beaucoup qui disputent la course depuis plusieurs années et qui attendent toujours un podium… Il faut dire aussi que nous sommes bien entourés toute l’année chez IMSA, avec des pilotes professionnels qui nous donnent des conseils précieux. Jean-Philippe Belloc a été formidable, Patrick Pilet, très sympa, nous aide bien aussi. De plus, Jack Leconte et Larbre ont été fantastiques. Une Corvette et une Porsche à gérer en même temps, c’est difficile… Et ils ont parfaitement réussi, avec le doublé. C’est super!”

 

Quelle course est la plus fatigante, les 24 Heures du Mans ou les 24 Heures de Spa?

“Je dirais Spa, parce que le circuit est très exigeant, alors qu’au Mans, dans les Hunaudières, même s’il faut respecter les freinages des chicanes, on peut se détendre un peun en profiter pour parler avec l’ingénieur… Par contre, Le Mans, c’est nettement plus stressant à cause de la présence des prototypes. Il faut être tout le temps en éveil, à part dans la ligne droite où les protos peuvent te doubler sans problèmes.”

 

Tes impressions sur le Pesage, la Parade des Pilotes?

“Le Pesage, c’est impressionnant, parce que c’est la première fois. Tu commences à te rendre compte que cette fois, c’est vraiment parti, cette fois, Le Mans, on y est…La Parade, c’est un truc de fous : les gens qui crient, on descend de voiture pour signer des autographes aux nombreux enfants, là on se rend vraiment compte de la portée de la course pour les gens. En course, c’est pareil, même la nuit, c’est plein de public tout le temps..”

 

Tu as le temps de voir les spectateurs?

“Le mieux, c’est à Mulsanne et à Arnage. Tu arrives en seconde, évidemment tu ne vois pas si les gens sont blonds ou bruns,mais tu les aperçois bouger en toile de fond, tout le temps, toute la nuit.”

 

Une petite anecdote, pour finir?

“Oui, une bonne! Dimanche matin, à chaque fois que je passais dans le virage du karting, il y avait une odeur de merguez! Il y avait certainement quelqu’un qui faisait un barbecue et ça a duré longtemps… Comme j’avais un petit creux, j’ai dit à mon ingénieur que je mangerais bien un morceau…”

 

Propos recueillis par Claude Foubert

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