Les 24 Heures du Mans ne se résument pas à un duel de top teams, style Audi/Peugeot cette année, elles ne sauraient se passer des artisans ou des équipes dites petites qui ont participé à l’histoire de cette course mythique Le Team Extrême Limite AM Paris qui engagé cette année une LMP2, un proto français, la Norma M200P n°44 en est une illustration. Pendant la seconde journée des Vérifications Techniques des 24 Heures 2011, nous avons pu nous entretenir avec l’équipage de la Norma, mélange d’habitués de la classique mancelle, comme Jean-René De Fournoux - six participations au Mans, dont deux podiums en LMP 675- ou Philippe Haezebrouck - 2 participations au Mans,dont une septième place au classement général et la deuxième en GT en 2001, année très pluvieuse, sur une Porsche Freisinger associé à Romain Dumas et Gunnar Jeannette- et Fabien Rosier, ex-volant ACO, qui va disputer ses premières 24 Heures.
Commençons par le débutant…Fabien, quelles sont tes impressions sur ce Pesage ?
F. Rosier : « Je ne connaissais pas du tout la Place des Jacobins, le Pesage, je n’avais jamais vu ça, il y a pas mal de monde…C’est impressionnant, la ferveur qu’il y a pour ce Pesage. »
Philippe, tu as connu le Pesage sur le Quinconce…
P. Haezebrouck : « J’avais effectivement connu le Pesage lors de mes premières participations, mais finalement on est tellement impressionnés, surtout la première fois, où je n’avais rien vu passer…Là, c’est bien, parce que je profite un peu plus de ce qu’il y a autour. Le changement d’emplacement ne change rien, on ressent la même présence fervente du public. »
Le moteur Judd HK BMW a bénéficié des derniers ajustements techniques de l’ACO. Pensez-vous que la Norma va en tirer bénéfice ?
F Rosier : « On a hâte de voir ça ! A priori, Judd annonce une dizaine de chevaux supplémentaires. Sur près de 500 annoncés, ça ne fait pas une différence énorme…Donc, on va verra vraiment mercredi les effets. Moi , ce que j’avais ressenti, mais c’est un avis de pilote uniquement, c’est que les moteurs Nissan avaient plus de couple. C’est vraiment à l’accélération, en sortie de virage, qu’ils faisaient la différence avec nous. En vitesse de pointe, on était pratiquement pareil.”
P. Haezebrouck : « Je n’ai pas suffisamment de recul, je n’ai pas suffisamment roulé avec la voiture, mais nous avons un moteur qui est linéaire, qui monte bien, qui prend ses tours et qui est très gréable. Ce qu’il faut, c’est que ça dure vingt-quatre heures. »
Bonne vitesse de pointe, donc ?
F.Rosier : « En Le Mans Series, oui. Par contre, pour la Journée Test, on avait gardé la package aéro normal, donc ce n’était pas parfait, mais comme dit Philippe, la performance maxi, ce n’est pas l’essentiel. Ce qu’il faut, c’est que l’auto soit bien confortable à conduire sur 24 heures, qu’elle se conduise facilement, ne pas être gênés, ne pas prendre les vibreurs, passer les virages avec un rapport de plus pour économiser la boîte et le moteur, ne pas faire de touchette, éviter tous les pièges. L’idée, c’est ça, faire une course raisonnable. »
Qu’est-ce que vous avez changé sur l’aéro par rapport à la Journée Test ?
F.Rosier : « Pas grand-chose, en fait. Deux ou trois petites choses. On n’a pas de package aérodynamique spécifique. On a enlevé les flaps à l’avant, ce qui devrait faire en sorte de réduire l’appui à l’arrière pour avoir une balance égale, pour avoir un peu plus de Vmax. A Spa, par contre, donc après la Journée Test, on avait joué pas mal sur le châssis, et on avait gagné pas mal. »
Philippe, tu n’as piloté la Norma que pendant la Journée Test. Combien as-tu fait de tours ?
P. Haezebrouck : « Combien j’ai fait de tours, Je ne sais pas, mais quand je monte dans une voiture de course, j’ai toujours l’impression que même si je descends longtemps après être monté dedans, ça n’a pas duré longtemps , donc pas suffisamment ! Mais là, on a 24 Heures, on va pouvoir rouler, tout en essayant d’être le plus raisonnable possible. »
Fabien et Philippe, vous vous êtes bien entraînés dimanche en Espagne, pour la troisième manche du Challenge d’Endurance Protos VdeV à Motorland Aragon (les deux pilotes étaient cette fois concurrents, tous deux au volant de Norma M20FC)…
P. Haezebrouck «Nous, on a eu cinq heures très agréables et puis la dernière heure un peu calamiteuse, avec des problèmes d’allumage, mais on a décidé de ne pas arrêter la voiture, car on n’était pas sûr qu’elle redémarre. On avait un petit peu d’avance sur le troisième et on a réussi à garder notre deuxième place. Malheureusement, on aurait bien aimé aller chatouiller David Zollinger et Philippe Mondolot. Deuxième, c’est pas mal, mais premier, c’est encore mieux… »
F. Rosier « On a fait un début de course correct, on était d’ailleurs devant Philippe et ensuite, ils nous sont passés devant au bout d’une heure et demie de course. Globalement, ils étaient plus rapides que nous. Théoriquement, on devait faire troisièmes, mais on a eu un petit problème au stand et on ne pouvait pas aller chercher ceux qui étaient devant . »
Jean-René De Fournoux nous rejoint.
Jean-René, les impressions d’un « ancien ?
J.R. De Fournoux « La pression ou les impressions ? Non, je suis assez serein. Il y aura forcément un petit peu de pression qui va monter au fur et à mesure que l’évènement arrive, mais je suis assez serein, parce que l’équipe sait ce qu’elle fait, parce que les coéquipiers ont beaucoup d’expérience, sont rapides, donc c’est parfait. «
Même question que pour Philippe, combien de tours as-tu fait pendant la Journée Test ?
J.R. De Fournoux : “Une vingtaine, je pense. On a fait dix tours le matin, on s’est concentrés là-dessus, et l’après-midi, à peu près une dizaine. »
Est-ce que vous avez défini qui allait prendre le départ des 24 Heures ?
P Haezebrouck : « Oui, c’était une de mes requêtes au moment où j’ai signé avec l’écurie, c’était de prendre le départ, et ils l’ont accepté, donc ce n’est plus un sujet, c’est moi qui prendrai le départ. On s’était mis d’accord. »
Tu as pris une matraque et tu as dit, c’est comme ça ou rien… ?
P. Haezebrouck : « Non, non, jamais…(rires). On s’est tous mis rapidement d’accord. »
Est-ce que vous avez décidé de la suite des relais ?
P. Haezebrouck : « On ne connaît pas encore la stratégie. Je ne sais pas si on fera un relais, deux relais, trois relais…Je suivrai ce qu’on me dira de faire. »
Comment se comportent les pneumatiques Dunlop sur la Norma ?
F. Rosier : « ça va, ils ne se dégradent pas trop. Il sont bien. Je me demande si on ne mettrai pas des soft pour la qualif ? »
Je sentirais bien que ça te démange un peu… !!
F. Rosier : « Sérieusement, l’objectif, c’est que la voiture soit bien réglée. »
P. Haezebrouck : « On a toujours envie d’aller vite, C’est une auto agréable à conduire, qui est saine, qui n’a pas de vices, et pour les 24 Heures, c’est une voiture avec laquelle on est vite en confiance. C’est d’ailleurs là où il faut se méfier, car quand on est trop vite en confiance, on peut commettre des erreurs. On verra en course. On roule, on ne s’arrête pas, et la vie est belle…En LMP2, si on a la chance d’être à l’arrivée, en principe on n’est pas trop mal classé. Ce qu’il faut, c’est ne pas s’arrêter. En 2001, avec la Porsche Freisinger, on a dû s’arrêter au stand 31 ou 32 minutes, et encore parce qu’on a fait un arrêt supplémentaire, parce qu’un des pilotes a voulu monter des medium. Manfred Freisinger s’est laissé faire, mais on n’aurait pas dû s’arrêter, c’est ce qui nous coûte la victoire en GT. »
J.R De Fournoux : « 2001, il a vraiment beaucoup plu. Rouler en intermédiaires, ce n’est pas facile. Quand c’est trop mouillé, tu es mal, quand ça ne l’est pas assez, tu es mal aussi, c’est coton. »
Fabien, tu as roulé avec la Norma sous la pluie ?
F. Rosier : « Pas beaucoup, c’est pour ça que ce serait bien qu’il ne pleuve pas !!”
P. Haezebrouck : « Je ne suis pas inquiet, parce que c’est une auto saine. »
J.R. De Fournoux : « L’avantage avec un proto, c’est que sous la pluie, il n’y a pas de buée. »
Nous remercions Fabien, Philippe et Jean-René.
Propos recueillis par Claude Foubert