Tout le monde en rêvait, l’ACO et la FIA l’on fait dirons certains… Après plusieurs années d’un championnat badgé Le Mans aux Etats-Unis puis en Europe, la création d’un VRAI Championnat du Monde d’Endurance FIA dès 2012 ne peut qu’être saluée. Pour le moment, nous n’avons que les contours de ce FIA Endurance World Championship. On sait toutefois qu’il s’articulera autour des six manches de l’Intercontinental Le Mans vues cette saison (Sebring, Spa, Le Mans, Imola, Silverstone, Petit Le Mans, Zhuhai). Preuve de la méfiance du passé de l’ACO envers la FIA, les 24 Heures du Mans seront bien inscrites au calendrier du championnat mais l’épreuve demeure la propriété exclusive de l’ACO. Doit-on se réjouir d’un tel championnat ou s’en méfier, l’avenir nous le dira. En attendant, on ne peut que se féliciter d’un tel événement, tant l’Endurance en avait besoin. Les deux parties annonceront pus de détails la semaine prochaine lors de la traditionnelle conférence de presse, donnée en présence de Jean Todt, Président de la FIA.
Il y a tout juste 20 ans, les 24 Heures du Mans étaient inscrits dans un Championnat du Monde et il se murmurait que la classique mancelle pourrait durer moins de 24 heures à moyen terme. Voilà ce qu’en disaient les principaux protagonistes à cette époque :
Henri Pescarolo : « Je ne suis pas très optimiste pour l’avenir car je suis persuadé que les constructeurs veulent transformer Le Mans. Pour gagner, avec la nouvelle réglementation, il leur faudra deux voitures, deux moteurs et deux équipes différentes. Il y a bien sûr des solutions. Mais la FISA a-t-elle vraiment envie que ce championnat marche ? Avec une médiatisation suffisante, une excellente couverture télé, certains investisseurs pourraient se justifier. Mais là… »
Jean Todt : « Nous sommes heureux que les 24 Heures aient regagné le giron du Championnat du Monde. Cette course nous intéresse. Mais, réduite à des sprints, elle n’aurait plus aucun sens. »
Hugues de Chaunac : « Il faut tenir compte du contexte du moment et commencer par limiter les coûts. La situation économique mondiale est mauvaise. Personne ne doit l’oublier. »
Yves Courage : « Le Mans doit rester Le Mans. C’est une course magique qui doit séduire les grands constructeurs. Souvenez-vous de l’épopée Ford, Matra, Renault. Aux usines de prouver qu’elles peuvent faire tenir au Mans des voitures durant deux tours d’horloge ! C’est un challenge intéressant. Mais il faudra limiter l’escalade, pour que nous les « privés » puissions encore jouer dans la cour des grands. »
Peter Sauber : « Mercedes-Benz croit toujours au Championnat du Monde des Voitures de Sport mais il est évident que si ça ne marche pas, on pourra toujours revoir notre position. Ce qui se passe aujourd’hui montre qu’il est difficile de survivre aux côtés de la F1. Comparé à un match de tennis, la F1 a la popularité d’un grand « simple », les voitures de sport celle d’un « double ». Mais Le Mans c’est bien sûr autre chose. »
Bob Wollek : « C’est trop facile, aujourd’hui, de dire que tout est nul et de tout mettre sur le dos de la FISA. Je ne veux défendre ni Balestre ni Ecclestone. Mais ce n’est pas à eux de constamment porter le chapeau. Le règlement n’est peut être pas excellent. Surtout en ce qui concerne le coût des voitures. Mais ce sont surtout les constructeurs qui n’ont pas joué le jeu. Si Porsche avait continué à fabriquer et à commercialiser des autos, nous serions sur le point d’avoir un championnat intéressant. »
Jean-Louis Schlesser : « Je ne suis pas inquiet pour l’avenir. Cela fait 20 ou 30 ans que ce championnat est contesté. Le Mans c’est pareil. Il faut être un peu patient. Plus que jamais les 24 Heures ont leur place dans cette compétition. C’est la course la plus importante et elle le restera. »
Bien entendu nous sommes 20 ans plus tard et la donne a quelque peu changé par le championnat n’est pas encore lancé alors inutile de commencer à broyer du noir. En revanche la citation de Hugues de Chaunac est quant à elle bien d’actualité car il va se poser la question des coûts, avec des courses aux quatre coins du monde. Qui aura les moyens ? Les constructeurs certainement, mais quid des autres teams ? Que va-t-il advenir des Le Mans Series et de l’American Le Mans Series ? Il va aussi falloir régler une bonne fois pour toute le problème des équivalences entre « essence » et « diesel ».
Il faudra aussi bien gérer la médiatisation car on ne peut pas dire que le WTCC et le World GT1 soient très présents dans les médias. Avec des courses plus longues, Internet aura à coup sûr un bon coup à jouer concernant la diffusion car il ne faut pas être dupe, la F1 a encore de beaux jours devant elle. Qu’en sera-t-il aussi de la réglementation technique… Combien de temps sera-t-elle figée ? Quelle place sera laissée aux “privés” ?
Un classement mondial Pilotes et Constructeurs sera donc décerné fin 2012. Un classement Coupe du Monde d’Endurance FIA GT sera aussi au programme avec un titre Constructeurs. Mais attention car un autre Championnat du Monde sera organisé, celui-là réservé aux GT, où seront admises les GT1, GT2 et GT3 avec une équivalence. La question que l’on peut se poser est de savoir si ces autos seront admises aux 24 Heures du Mans. Pour résumer, les GT auront deux championnats où aller rouler, les deux se rendant sur plusieurs continents. Au final, nous ne sommes pas encore sûrs de tout bien comprendre et il faut maintenant attendre quelques jours pour avoir les éclaircissements de l’ACO et de la FIA pour se faire une idée plus précise de ce Championnat du Monde d’Endurance. Mais en attendant, enjoy it !
Laurent Mercier