Pilote atypique s’il en est, Christophe Contre n’a pas les deux pieds dans le même sabot. Arrivé sur le tard en sport automobile grâce à sa passion pour François Cevert et James Hunt, l’Angoumoisin a gravi les échelons de la compétition petit à petit : Formule Ford, Legend Cars, Mid’Jets, Bioracing Series. Propriétaire d’une piste de karting à Angoulême, Christophe était au départ des 24 Heures de Dubai sur une Gomez GC 10.2 au look de Volkswagen Scirocco, avec la clé une belle seconde place de catégorie. Avant de nous parler de sa course à Dubai et de son projet « Objectif 24 » (ici), Christophe nous parle de sa passion.
Laurent Mercier : Comment est venu cette passion pour le sport automobile ?
Christophe Contre : « Tout petit, j’étais plongé dans les livres sur François Cevert. Mes parents étaient agriculteurs, ce qui fait que les moyens ont toujours manqué pour me lancer en sport automobile, étant issu d’un milieu modeste. J’ai toujours rêvé de la course. Lorsque j’étais sur le podium à Dubai, je me suis remémoré que 30 ans auparavant, j’étais dans l’atelier familial à bricoler des karts. J’ai toujours voulu arriver à rouler à un niveau mondial et vivre de ma passion. Je n’étais pourtant pas destiné à faire de la compétition, avec des études passant par Maths Sup et Maths Spé. J’ai aussi souhaité courir pour m’extraire socialement et surtout créer quelque chose. C’est pour moi une immense fierté que d’être parti de rien, pour arriver à la gestion d’un complexe de karting de 60 000 m2. Je suis quelqu’un de très réfléchi. J’ai utilisé mes premières victoires en Formule Ford pour créer ma piste de karting, en faisant les choses bien. Je vis comme un pilote professionnel avec une hygiène de vie qui passe par 4h de sport quotidien. Je fais attention à ce que je mange, je ne bois pas d’alcool. Monter une piste de karting faisait partie de mes projets et j’y suis arrivé. »
Etant plus jeune, tu as été opéré à cœur ouvert. Tu te considères comme un miraculé ?
« Tout ce que je vis maintenant est un plus ! J’ai subi des opérations expérimentales et je ne savais pas ce que cela allait donner. Je suis très touché par la santé des enfants. Si je pouvais avoir une baguette magique, je voudrais soigner tout le monde. Mon but est à court terme d’aller en Afrique pour aider, dépister, soigner. Je sais que les enfants sont tous férus de sport automobile. Je n’ai qu’un souhait, c’est d’en emmener un maximum sur des courses. Je sais que cela peut prendre du temps mais je m’y implique à fond. Le sport automobile m’a aidé à m’en sortir. Je suis soutenu par Mécénat Chirurgie Cardiaque, avec comme objectif de financer le dépistage et le rapatriement de quatre enfants. »
Aller rouler à Dubai était la première étape de « Objectif 24 ». Comment s’est passé ta course ?
« Il a fallu que je me lance (rires). J’ai eu le déclic il y a maintenant 7 ou 8 semaines et je suis allé sur le site des 24 Heures de Dubai. J’ai pris contact avec Gomez Compétition. Tout s’est ensuite enchaîné très vite. Ce sont des gens adorables, passionnés et honnêtes. Tout le monde s’est défoncé avec un projet attractif. A l’origine, je devais rouler avec de vrais gentlemen drivers et au final l’équipe m’a mis sur l’auto de pointe. C’est une belle preuve de confiance ! Je ne peux que les remercier. Cette course est fantastique, avec un haut niveau. Quand tu te fais passer à fond par un Farfus en pleine ligne droite, tu as intérêt à garder ta trajectoire. En pleine nuit, il m’a passé pour déboîter plus loin dans un endroit impossible. Je me suis dit que s’il pouvait le faire, je pouvais le faire. Bien m’en a pris car il y a avait en fait une auto arrêtée dans le noir sans éclairage. Mon seul problème durant l’épreuve a été un souci de siège qui s’est cassé durant la nuit. A chaque accélération, je reculais dans l’habitacle. J’ai fait comme cela 1h40 dans l’auto en cramponnant le volant à chaque fois que j’appuyais sur la pédale de droite. Un grand moment ! (rires). Au ravitaillement, l’équipe m’a mis de la mousse pour que je ne me retrouve pas trop loin du volant. »
Tu es donc fin prêt pour le second opus de ton objectif ?
« Je n’ai pas le moindre regret de m’être lancé à disputer les plus grandes courses d’endurance au monde. J’y croyais avant et encore plus maintenant. J’ai pris énormément de plaisir chez Gomez Compétition. J’espère maintenant disputer les 24 Heures du Nürburgring dès cette année afin d’apprivoiser l’épreuve pour y revenir plus affûté en 2012. En 2012, je compte bien être au départ des 24 Heures de Daytona. J’étais parti sur l’idée de rouler sur une Ford Mustang ou une autre GT. Tout le monde me dit maintenant que j’ai le niveau pour y rouler en Daytona Prototype. Stephan Grégoire est un vieil ami et il m’a encouragé pour aller au bout de mes rêves. Le programme passera donc l’an prochain par Dubai, Daytona et le Nürburgring. Les deux dernières étapes seront Spa et Le Mans. J’ai un gros mental et je fais tout mon possible pour y arriver. »
En parallèle, tu comptes ouvrir une école de pilotage avec le soutien d’un constructeur ?
« Effectivement, j’ai un projet en étroite collaboration avec Ford pour installer une école de pilotage au sein Pôle Innovation Automobile situé dans le Sud-Vendée à Fontenay-le-Comte (85). Les installations sont remarquables. L’idée est d’avoir en école de pilotage toute la gamme Ford avec deux Formule Ford, deux Mustang, deux Focus RS500, deux Midgets et deux BRS. Ce projet est pour le moment destiné au réseau Ford avec diverses opérations. Il pourrait être ensuite ouvert au public, notamment avec l’apprentissage de la conduite économique. Pour le moment, l’idée est de cibler plutôt les entreprises. »
On ne peut que se féliciter d’une telle initiative et soyez certains que nous ne manquerons pas de vous relater les exploits de Christophe. Aller à 7000 km (Dubai) pour faire connaissance d’un pilote qui réside en fait à une poignée de kilomètres de notre point d’attache est tout de même quelque chose d’atypique, tout comme le pilote. On aurait pu titrer l’article : « Christophe Contre, un pilote attachant à découvrir. »
Propos recueillis par Laurent Mercier