Le Mans

In Memoriam : Jacques Swaters (1926/2010)

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Décidément, cette fin d’année est bien triste pour les passionnés de sport automobile. Peu de temps après avoir appris le décès tragique de Tom Walkinshaw, c’est au tour de Jacques Swaters de tirer sa révérence vendredi dernier. Le Pilote Belge a roulé en Formule 1, mais aussi aux 24 Heures du Mans. Benoît Colson, fidèle lecteur belge, l’avait rencontré à plusieurs reprises et il a bien voulu piocher dans sa mémoire pour nous raconter quelques anecdotes sur le pilote récemment décédé.

 

“J’ai eu la grande chance de rencontrer Jacques Swaters à cinq ou six reprises, lors d’événements publics mais aussi trois fois en privé, au coeur de la “FF Galleria”, sa caverne d’Ali-Baba au sous-sol du Garage Francorchamps. J’ai 50 ans de moins que lui, et je n’ai donc connu les exploits de l’Ecurie Francorchamps que par mes lectures. Et les seules Ferrari que je possède sont des modèles réduits. Malgré tout cela, Monsieur Swaters m’a reçu plusieurs fois, avec une gentillesse extrême et une disponibilité rare. Ce sont d’abord ces deux qualités que je retiendrai de lui.”


 ”Lorsque j’ai rencontré Jacques Swaters pour la première fois, il en était déjà à sa “quatrième vie” placée sous le signe du petit Cheval Cabré, celle du collectionneur. Sa fabuleuse collection contenait des pièces assez uniques, liées aux fondements de l’histoire de la marque Ferrari, comme la lettre de la Comtesse Baracca cédant le symbole du Cheval Cabré de son fils aviateur à la jeune Scuderia. Conscient bien avant d’autres de l’importance de l’histoire des bolides rouges de Maranello, Jacques Swaters voulait avant tout protéger ce patrimoine. Je suis convaincu que “la Ferrari”, comme il disait lorsqu’il parlait de la maison-mère, lui en sera toujours reconnaissante.”


 ”Avant cela, il avait d’abord été pilote dans les années cinquante. Il avait notamment remporté le Grand-Prix de l’Avus, à Berlin, sur une 500 F2 en 1953. Il a toujours dit qu’entendre l’hymne national belge résonner devant autant d’Allemands avait été un sentiment très particulier si peu d’années après la seconde guerre mondiale. Mais des révélations plus récentes de Jacques Swaters apportent un éclairage encore plus fort sur cet événement: en mai 1944, en tant que résistant, il avait été arrêté, maltraité et emprisonné durant quelques jours par les Allemands …”


 ”Il y eut aussi la carrière de directeur d’équipe de Jacques Swaters. D’abord avec l’Ecurie Belgique, fondée en 1950 avec Charles de Tornaco, Roger Laurent et André Pilette. Très vite rebaptisée Ecurie Francorchamps, sur demande du Royal Automobile Club de Belgique, en 1952. D’abord multi-marques, l’Ecurie Francorchamps renforça très vite ses liens avec Ferrari, en même temps que l’activité d’importateur pour la même marque démarra, avec le Garage Francorchamps pour l’encadrer. Jacques Swaters fut en réalité le premier importateur Ferrari en Europe, grâce à la relation de confiance qu’il entretenait avec Enzo Ferrari et qui allait se muer en amitié au cours des années.”


 ”Sous la houlette de Jacques Swaters, les Ferrari de l’Ecurie Francorchamps, souvent jaunes mais pas toujours, se construisirent un palmarès réellement extraordinaire à la fin des années cinquante et au début des années soixante, avec de nombreuses victoires (absolues ou de catégorie) et places d’honneur. Du circuit fétiche de Spa à celui du Mans, en passant par Reims, Monza, les routes du Tour de France automobile, le Nürburgring, Daytona, Sebring ou encore Watkins Glen, l’Ecurie Francorchamps était partout. Si Enzo Ferrari pouvait être fier des succès de ses voitures via une écurie privée, la Belgique pouvait tout autant remercier Jacques Swaters pour le découvreur de talents qu’il était: des grands noms, tels Olivier Gendebien, Willy Mairesse, Lucien Bianchi et un certain Jacky Ickx ont été mis en avant avec l’Ecurie Francorchamps, mais il faut aussi se souvenir de Georges Berger, Léon Dernier (alias “Eldé”), Gérald Langlois et bien sûr les frères Blaton, Armand (alias “Blary”) et Jean (alias “Beurly’s”), entre autres.”


 ”Enzo Ferrari sut trouver de belles manières pour remercier Jacques Swaters pour sa fidélité et les résultats qu’il obtenait. Il y eut le “prêt” de monoplaces pour le Grand-Prix de Belgique, telles la D50 (1956), la Dino 246 (1958) ou encore la Dino 156 (1961), toutes de jaune vêtues pour l’occasion. Il y eut aussi la primeur de certains modèles, comme la 275 GTB Competizione qui termina troisième au Mans en 1965, derrière la 250 LM de Pierre Dumay et Gustave Gosselin, à qui la victoire échappa de peu. Mais s’il fallait retenir une seule de ces faveurs du Commendatore, ce serait pour moi l’inscription au nom de l’équipe belge de la quatrième P4 au Mans en 1967, aux côtés de trois machines officielles, dans la “course du siècle” face à l’armada Ford. Une course avec un enjeu énorme. Auteurs d’une prestation sans faute, Mairesse et Beurly’s surent récompenser Enzo Ferrari pour sa confiance et offrirent la troisième place à la P4 ornée d’une bande jaune pour l’occasion.”
 

“En 1992, lors des commémorations du 40ème anniversaire de l’Ecurie Francorchamps, Ferrari dévoila la 456 GT en avant-première à Bruxelles. Le modèle présenté était décoré d’une très belle peinture bleue, avec la référence “Blu Swaters” dans le catalogue Ferrari …”

 
Benoît Colson

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