Il y a tout juste un an, certains ne donnaient pas cher du Championnat du Monde GT1, et ce malgré le label FIA. Pourtant SRO y a cru et cette première mouture du World Championship vient tout juste de se refermer avec un nouveau sacre du Vitaphone Racing et de son duo vedette Bartels/Bertolini. La série est montée en puissance petit à petit depuis Yas Marina en mars dernier, avec une balance de performance encore perfectible à ce moment-là, mais en cette fin de saison, on peut dire que les autos sont ultra proches et que les pilotes se battent à coups de dixièmes, le plus souvent même à la limite de la correctionnelle. Bien entendu, tout n’est parfait et nous reviendrons sur les points négatifs. Dix manches étaient donc au programme et on peut donner un titre à chaque meeting : Yas Marina : Romain Grosjean conquérant ! Silverstone : Sumo Power GT sur tapis vert. Brno : Ford, Aston Martin et Nissan dans la même seconde. Paul Ricard HTTT : La première du Vitaphone Racing ! Spa : Lamborghini et Reiter ouvrent leur compteur. Nürburgring : Week-end parfait pour Young Driver AMR. Algarve : Richard Westbrook impérial ! Navarra : Un meeting Fast and Furious. Interlagos : 17 GT1 dans la même seconde ! San Luis : La bonne note HEXIS Racing AMR.
Du positif…
Si les courses en début de saison pouvaient paraître quelque peu lisses, tout s’est bien animé à partir de l’Algarve avec des qualifications et des courses de plus en plus disputées. Les errances de la balance de performance vues en début d’année étaient gommées pour laisser place à de vrais meetings où on se bat portière contre portière (même un peu plus par moment). Il est bien dommage que les essais hivernaux n’aient pas permis de donner un tel équilibre, avec des tests tronqués par la météo, avant que des boîtiers électroniques récalcitrants ne viennent perturber le bon fonctionnement des moteurs. Il est même bien dommage que tout s’arrête à San Luis car on se serait bien pris au jeu d’un meeting par week-end jusqu’en mars prochain. Il n’y a donc pas plus grand chose à dire sur le sujet, avec près de 20 autos dans la même seconde à Interlagos. Du jamais vu ! Autre bonne note, le streaming Internet. On sait que les équipes et pilotes sont friands d’une vraie diffusion télé digne de ce nom, mais on ne peut que se féliciter de la présence de GT1Live, où le spectateur se croit carrément dans le pare-choc arrière des autos, voire même dans le baquet. Avec une diffusion en live des essais qualificatifs et des deux courses, le Championnat du Monde GT1 a réussi, là où d’autres ont pour le moment bien échoué. On sait que ce n’est pas sur une grande chaîne nationale et que les sponsors risquent de ne pas s’en contenter, mais nous en tout cas on adhère à 200% au concept. De plus, les commentaires de Johnny Herbert et John Watson sont à la hauteur, avec une compétence jamais mise en défaut. Il en va de même avec Hailey Coxon, pit reporter, toujours dans le coup pour les réactions à chaud. Allez il est vrai que nous aimerions une application pour smartphone, histoire de suivre d’encore plus prêt le championnat.
Quant aux installations des équipes, elles sont là aussi à la hauteur d’un label FIA, avec des structures dignes des plus grands championnats internationaux. Les spectateurs ont eux aussi répondu présents avec des tribunes le plus souvent garnies, et ce même à Yas Marina. Lors de la présentation du championnat, Stéphane Ratel nous avait martelé que son concept était bon et qu’il n’était plus question d’endurance. Il est sûr qu’on aurait aimé des courses plus longues, mais là tout est fait pour le spectacle. Il ne reste plus maintenant qu’aux diffuseurs de premier plan à répondre présent et la fête n’en sera que plus folle. Il n’y a pas grand chose à dire non plus sur les circuits empruntés, avec un lancement à Yas Marina et une clôture à San Luis.
…au négatif !
N’oublions pas non plus les aspects négatifs, avec notamment l’utilisation limitée des trains de pneus et de ce fait le peu de roulage en essais. A ce sujet, une nouvelle règle sera en place en 2011 avec deux trains de pneus supplémentaires pour les essais libres et quatre trains au total pour les deux courses. En fin de saison, de nombreux pilotes (et team managers) se sont plaints du peu de sanctions appliquées aux pilotes un peu trop fougueux, avec des autos de plus en plus marquées au moment de rejoindre le Parc Fermé. Là aussi, la donne devrait changer l’an prochain, avec queluq’un (ancien pilote) qui devrait épauler le directeur de course. Le spectateur lui ne s’est bien entendu pas plaint, mais ce sont des autos qui coûtent cher et tout n’est pas permis. Il est tout de même vrai que la plupart des passes d’armes ont été correctes, même lorsque l’on se battait pour une anonyme 12ème place, avec de belles actions en piste. Un autre point ne facilite pas le développement du championnat, avec ce jeu des chaises musicales au niveau des pilotes. On a assisté durant toute la saison à environ 70 associations de pilotes différentes. Pas facile de s’y retrouver niveau clarté ! En revanche, cela a permis de voir l’arrivée de nouveaux pilotes de talent, tel Frank Kechele chez Reiter Engineering. On peut aussi voir que malgré de nombreux petits nouveaux, ils ont été le plus souvent dans la coup, avec notamment Nicolas Armindo ou Neel Jani chez Matech Competition, ou Xandi Negrao chez Vitaphone Racing. Quant à Richard Westbrook, il est clair que Thomas Mutsch lui doit en grande partie son titre honorifique de vice-champion. Le système de points dans la Course Qualificative est aussi certainement un point à revoir avec plus de points distribués et pourquoi pas une grille inversée (huit premiers) pour la Course de Championnat.
Le plus dur sera certainement de trouver de nouvelles GT1 à l’échéance 2012, puisque la moitié du parc actuel devra être renouvelé : Aston Martin, Corvette, Maserati. On sait que certaines marques réfléchissent et que le promoteur pourrait lâcher un peu de lest sur l’implication des constructeurs. On parle de Lexus, Audi, Mercedes, McLaren, etc… Si aucun projet n’est pour le moment confirmé, il y a fort à parier que l’on regarde d’un œil averti le World GT1, tout comme de nombreux pilotes voulant à tout prix rejoindre les pilotes en place.
Que dire aussi de l’interdiction des GT1 dans les séries Le Mans ? Doit t-on voir cela comme un avantage ou un inconvénient d’ailleurs ? On peut simplement regretter le fait que les équipes aient pris connaissance de la chose durant les 24 Heures du Mans, lors de la conférence de presse. On peut aussi comprendre la tristesse de Martin Bartek, qui se voit dans l’impossibilité de vendre ses Ford GT à l’échelon international.
La médiatisation peut toujours être améliorée et il est vrai que l’arrivée de Romain Grosjean a fait parler dans les médias, mais il y a tout de même certaines choses incompréhensibles. On peut s’étonner du peu de couverture dans l’Hebdo national et quand est fait le bilan des 50 personnalités du sport automobile françaises, pas un mot sur HEXIS, seule équipe tricolore engagée dans une série labellisée FIA, en compagnie, excusez du peu, de Citroën en WRC.
Bref, le Championnat du Monde GT1 acte II prendra son envol dans trois mois à Abu Dhabi et la majorité des équipes présentes devraient rempiler. Il reste maintenant à pérenniser le bébé et surtout le tourner vers l’avenir. Dont acte !
Laurent Mercier