L’activité a bel et bien repris dans les ateliers de Team Pescarolo. Les murs ont été fraîchement repeints en blanc, le bureau d’Henri Pescarolo est de nouveau meublé et les maquettes y ont repris leur place. La pendule de l’atelier est déjà à l’heure d’été, sans doute déjà braquée vers juin 2011 ! Autovision, le nouveau partenaire de Team Pescarolo, accueillait ce mardi soir les membres de son réseau. Des représentants des médias avaient été conviés, Joël Rivière, qui a contribué avec Jacques Nicolet au rachat des actifs de Pescarolo Sport, était présent, Sébastien Bourdais était là lui aussi en voisin et ami.
C’est ainsi que nous avons pu nous entretenir avant cette petite réunion avec le maître de céans, Henri Pescarolo, et avec Pascal Karras, Président de Autovision, et Bernard J Bourrier, Président du Réseau Autovision. L’entretien avec ces derniers fait l’objet d’un article séparé : voir ici.
Henri, un mois après la vente aux enchères de Pescarolo Sport, où en est-on maintenant?
“La situation évolue vite. Depuis le moment où Joël Rivière et Jacques Nicolet m’ont remis les clés en me disant « à toi de jouer », beaucoup de choses se sont passées. C’était la fin d’une époque dont on ne reparlera plus, par contre « à toi de jouer », ça voulait dire que c’était à moi de financer la prochaine saison. Il est évident que j’avais déjà commencé à travailler depuis longtemps, parce que je ne pouvais pas admettre que l’écurie disparaisse. La reprise des actifs a facilité les choses, parce j’étais plus crédible, on savait que j’avais l’équipe prête pour repartir – ce qui était fondamental – que j’avais l’outil de travail au complet. J’avais déjà la certitude que Motul était prêt à repartir avec nous, que les petits partenaires très utiles comme Scania ou Facom l’étaient aussi et c’est également capital de pouvoir compter sur ses amis. D’autre part, avec La Sarthe, un de nos plus fidèles partenaires, la signature n’est pas encore faite, mais les négociations sont en bonne voie.
“Par contre, il me manquait un partenaire important. Et là, ça a été une immense surprise. Depuis que je cours et que j’ai l’habitude de chercher des sponsors, je dois dire que c’est la première fois qu’une décision est prise lors d’un premier rendez-vous. J’ai eu ce rendez-vous par l’intermédiaire de Christophe Collaro qui travaille avec Autovision pour l’organisation de leurs réceptions. Le premier soir où Pascal Karras et moi nous nous sommes rencontrés, on était d’accord sur tout… C’est le plus bel exemple de partenariat dont on puisse rêver en tant que directeur d’écurie. Instantanément, le patron d’une entreprise comprend qu’une association et un partenariat avec une écurie de course, c’était du gagnant-gagnant pour chacune des deux parties. Pour Pascal Karras, c’était une belle opportunité de mieux faire connaître son réseau de contrôles de sécurité, de motiver son réseau, d’augmenter le trafic dans ses centres de contrôle. Pour nous, c’est quelque chose d’impressionnant, parce que nous avons un partenaire hyper dynamique, hyper motivé, qui se repose sur notre notoriété, sur nos résultats potentiels, pour organiser cette opération marketing communication. C’est plus que du sponsoring, c’est un vrai partenariat entre un industriel et une écurie de course, chacun ayant les mêmes intérêts.”
De plus, c’est un partenariat important..
“Oui, bien sûr, même si je cherche encore d’autres partenaires. Ce que je voudrais, c’est réunir le budget pour faire courir deux voitures pour toute la saison et aligner deux voitures aux 24 Heures du Mans, si les demandes d’engagement sont acceptées par l’ACO bien sûr puisque mes voitures ne bénéficient pas cette année d’invitations d’office. Mon objectif est donc de trouver un autre partenaire à peu près du même niveau qu’Autovision pour pouvoir faire une saison complète avec deux voitures. Si ce n’est pas le cas, avec les partenaires actuels, on n’est pas loin – on peut le garantir pour les 24 Heures du Mans, si les voitures sont acceptées- d’avoir le budget pour engager une voiture sur la saison Le Mans Series et les 24 Heures du Mans.
“Pour le moment, je ne parle pas de l’ILMC, car pour une écurie qui vient de recommencer, c’est plus raisonnable de viser le Championnat Le Mans Series qu’on a déjà gagné deux fois, de le gagner une troisième fois avant qu’il disparaisse peut-être car en 2012 ce sera peut-être l’année où on verra renaître un Championnat du Monde d’Endurance. C’est quelque chose dont tout le monde parle et que beaucoup de gens espèrent que cela va arriver. Donc, une troisième victoire en Le Mans Series, ce serait pas mal pour nous, c’est un objectif raisonnable.”
Au niveau des moteurs, as-tu fait ton choix?
“Au niveau moteur, on a des réunions dès demain mercredi puisqu’il y a une réunion constructeurs à l’ACO, demain pour les GT, après-demain pour les protos. Donc, John Judd va être là, les équipementiers pneumatiques seront là, on aura des réunions techniques avec Claude Galopin.
“Les choix possibles, c’est continuer avec le moteur 5,5 litres comme l’ACO nous en laisse la possibilité ou adapter le moteur 3,4 litres comme il y avait dans les LMP2 de OAK en 2010. C’est un choix qu’on n’a pas encore fait et qu’on va faire rapidement, dans la mesure où on aura la certitude et l’engagement que les voitures 2011 ne seront pas privilégiées par rapport aux voitures 2010. Si c’était la cas, nous choisirions la solution du moteur 2011.”
L’étape suivante, ce sera la construction d’une voiture pour 2012?
“Cela fait partie de tous les projets qui ont été interrompus avec cette année de jachère. Mon objectif, ce sera de trouver les partenaires nécessaires – avec Autovision, on commence à parler de moyen terme. Donc trouver un ou deux autres partenaires pour pouvoir entamer la construction d’une nouvelle voiture pour 2012 ou 2013. Le règlement va évoluer, on parle de voitures plus légères, de voitures peut-être plus équipées de systèmes hybrides qu’elles ne le sont actuellement, donc il faudra probablement faire des voitures assez différentes. C’est un objectif, mais ça passera par l’arrivée de partenaires qui viendront se joindre à Autovision, Motul, La Sarthe, Facom, Scania. C’est un projet ambitieux, mais pour le moment je veux procéder par étapes pour ne pas emmener mon équipe dans le mur. Je vais réembaucher tout le monde, on va partir avec un objectif raisonnable et si on peut donc construire cette nouvelle LMP1.”
Des voitures plus légères à l’avenir?
“C’est un bruit qui court. Pour le moment, rien n’est défini, mais je crois que l’ACO parle d’avoir à partir de 2013 ou 2014 des voitures plus légères. Ça va dans le sens des économies d’énergie. De toutes façons, embarquer 70 kg de lest de plomb dans une voiture comme ce sera le cas pour les LMP2 qui passeront en LMP1 et consommer de l’essence, ce n’est pas très rationnel quand on a pour objectif d’aller dans le sens des économies d’énergie. C’est donc rationnel d’alléger et en plus, c’est facile, il suffit d’enlever le lest. On peut encore plus loin, et alléger encore plus les voitures, ça ira dans le sens de la consommation. Ensuite, il suffit de jouer sur la puissance. De toutes façons, il y aura des évolutions sur les moteurs puisque l’année prochaine, on aura soit des 2 litres turbo, soit des 3,4 litres atmo, soit des 3,7 litres diesel. Autour de ces trois motorisations, il y a beaucoup d’évolutions possibles. Tous les constructeurs vont vers une réduction des cylindrées pour la série. En Formule 1, on parle de 2 litres turbo, donc ce sera la règle générale d’aller vers des moteurs plus petits et à ce moment-là, ce ne sera pas rationnel d’embarquer du poids inutilement. On adapte la puissance pour atteindre les valeurs voulues par l’ACO, 3’30″ au tour.”
Qu’en est-il des pilotes?
“C’est un peu trop tôt pour en parler. Je procède par étapes : réunir le budget, réembaucher mes gars, faire un programme, et ensuite mettre des pilotes dans la ou les voitures. C’est encore trop tôt d’en parler, c’est en cours de négociations.”
Quand souhaites-tu que les voitures soient prêtes?
“Cela dépend un peu de ce qu’on va choisir comme motorisation. Si on garde le 5,5 litres, il n’y a pas beaucoup de travail à faire sur les voitures; tout d’abord parce que les évolutions aérodynamiques sont interdites si on garde la voiture 2010. Il suffit presque de faire revenir un moteur de chez Judd et la voiture est presque prête à tourner, avec quelques adaptations réglementaires à faire sur l’arrière de la voiture. Si on choisit le 3,4 litres, il y a un peu plus de travail puisqu’il faut refaire circuit d’huile, circuit d’eau, circuit d’essence, peut-être travailler un peu sur l’aérodynamique, ce qui sera autorisé si on a un petit moteur. Dans tous les cas, ce devrait être février pour les premiers roulages.”
Tu changeras peut-être aussi la lame avant?
“Déjà, il faudra mettre la voiture en configuration 2010, puisqu’on n’a pas couru cette année. On n’a pas travaillé sur la voiture, on va la mettre dans la configuration dans laquelle était la LMP2 de OAK Racing puisque c’était cette configuration avec laquelle on devait courir. C’est la première chose à faire, le gros du travail aéro a été fait. Si on passe au 3,4 litres, par contre on peut envisager des modifications aéro plus importantes.”
Le 5,5 litres semble la solution la plus sage?
“C’est la solution la plus sage, à condition qu’on ne sacrifie pas cette voiture… Si j’ai la preuve qu’elle n’est pas compétitive dans cette version là, on ne gardera pas le 5,5 litres. C’est la moindre des corrections vis-à-vis d’un partenaire comme Autovision de choisir la solution la plus compétitive.
“Le problème pour l’instant, c’est le programme. On ne le connaît pas encore. Je suis en train de vendre un programme à Autovision, et je ne sais pas encore quelles courses on va faire. On sait qu’il y a le Paul-Ricard, Spa et Silverstone… Pour le moment il y a beaucoup d’inconnues. On parle de 20 voitures en ILMC qui s’ajouteront à celles de l’ALMS, à celles de Le Mans Series. L’ACO est consciente qu’il y a urgence, et il va falloir faire vite. Si je décidais par exemple d’aller à Sebring, on a une course quinze jours après au Ricard. Pour une équipe qui n’a pas de gros moyens, c’est inenvisageable de partir de Sebring le lendemain et de tout renvoyer au Ricard. Si des équipes qui font l’ILMC veulent faire les Le Mans Series, est-il prévu de renvoyer tout en Europe après Sebring, je ne sais pas…”
Pescarolo Team à Sebring, ce serait une possibilité?
“Pour aller à Sebring, il faudrait que j’aie un partenaire qui soit intéressé. Si c’était important pour eux, s’ils m’en donnaient les moyens, qu’on puisse tout ramener en avion, pourquoi pas. Ce n’est tout de même pas facile, puisque après douze heures de course à Sebring, il faut reconstruire complètement la voiture…”
Pour conclure, la saison ne se présente pas si mal…
“Ecoute, cette arrivée de Autovision, ça a été vraiment extraordinaire, je ne m’y attendais pas du tout. Ce qui est étonnant, c’est que j’ai eu de multiples contacts depuis plusieurs mois avec des firmes aussi importantes et que n’ai eu aucune réponse. La capacité de décision de Pascal Karras a été extraordinaire, parce que d’habitude il y a un temps de latence dans une grande entreprise avant la prise de décision. En quarante-cinq ans de carrière, je n’avais jamais connu ça, c’est exceptionnel.”
Les démarches administratives pour réembaucher le personnel, ce ne doit pas être simple?
“Et bien, je ne dois pas me plaindre. Le Département de la Sarthe est très compréhensif et très réactif, et Pôle Emploi aussi. Ça va plutôt dans le bon sens.”
Nous remercions Henri et Madie Pescarolo pour leur accueil.
Propos recueillis par Claude Foubert