SORA Composites et l’Ecole de Pilotage de l’Automobile Club de l’Ouest organisaient ce mercredi 10 novembre sur le circuit Bugatti une journée de présentation et d’essais avec les Sora Racing 1-Ecole. Six voitures étaient présentes : cinq des sept protos acquis par l’ACO ainsi que la voiture propriété de Joël Rivière (présent lui aussi sur le circuit), aux couleurs de Playstation et de Pescarolo Sport. Deux autres SR01 appartiennent à l’ACO, auxquelles il faut ajouter la voiture de développement de Sora Composites pour obtenir la totalité des autos construites.
Les deux pilotes préposés aux tours de piste étaient Christophe Tinseau et Vincent Capillaire. Tous deux sont des habitués de la voiture, pour avoir participé activement à son développement depuis la première présentation de la SORA Racing 1. Les deux voitures utilisées pour cette séance d’essai particulière étaient dans leur configuration la plus puissante, avec une cartographie dite MAP4, le V8 Chevrolet LS3 (gestion SODEMO) délivrant dans ces conditions une puissance de 360 chevaux avec un couple de 540Nm, tandis que trois autres configurations sont possibles, selon le niveau de capacité des stagiaires : MAP1 pour 200 chevaux, MAP2 pour 250 chevaux et MAP3 pour 300 chevaux. La voiture ayant un poids de 820 kg, le rapport poids-puissance de la version MAP-4 est donc plus que correct. La SR01 était chaussée en pneus Michelin et elle est munie d’une boîte de vitesses SADEV séquentielle à six rapports. Le châssis est une monocoque carbone Sora Composites, type LC4.
Sylvain Tessier, responsable de l’école de pilotage, était lui aussi présent devant les stands.
Combien de stages avez-vous déjà accueilli cette année pour la SR01?
“Nous avons dû faire une vingtaine de stages, ce qui représente à peu près 400 stagiaires.”
A terme, un Volant “Protos” pourrait-il être créé par l’ACO?
“Tout à fait. Cette année, les délais étaient trop courts et nous n’avons donc pas eu le temps nécessaire pour le réaliser. En revanche, l’année prochaine, cela devrait pouvoir se faire.”
Ce fut ensuite le temps des tours des pistes, et les invités -dont E-I a eu le bonheur de faire partie- étaient gâtés, puisqu’ils avaient droit à cinq tours de circuit : un tour de lancement depuis le stand, trois tours lancés et un tour de rentrée au stand, le tout se déroulant sur une piste uniformément sèche mais par une température très froide. Parmi les passagers du jour, Bruno Vandestick, le speaker des 24 Heures du Mans, paratit micro en main aux côtés de Christophe Tinseau pour réaliser un reportage photo pour les auditeurs de France Bleu Maine.
Vincent Capillaire, qui nous a servi de chauffeur de luxe, expliquait : “La piste est très, très froide et c’est très difficile de faire monter les pneus à température. Il fait très froid et de plus il y a du vent, qui est glacial et qui accentue le phénomène. Même sur un run de cinq tours à cadence élevée, les pneus ont du mal à se mettre à la bonne température. Et dès qu’on s’arrête, ils refroidissent, avant même le run suivant.”
Nous avions déjà goûté aux charmes du petit proto lors de l’annonce des sélections des 24 Heures du Mans en février dernier et c’était donc l’occasion de se livrer à un petit comparatf.
Malgré le froid, les sensations sont toujours au rendez-vous. La voiture part doucement de la pitlane, mais Vincent accélère rapidement, et le Dunlop est déjà avalé à forte vitesse et la SR01 fonce vers le Virage de la Chapelle, raccordement avec le circuit Bugatti proprement dit. Freinage très fort, grosse décélération- Christophe Tinseau nous avait confié avant le début de ces essais que Brembo avait fourni de nouvelles plaquettes qui avaient transformé considérablement le freinage-, on sent la voiture partir vers la gauche en légère dérive tandis que Vincent l’inscrit dans la courbe à droite. La voiture monte légèrement sur la bordure mais reste parfaitement collée au tarmac La SR01 est parfaitement rivée à la route et le passager ne ressent même pas cette adhérence précaire dont parlait Vincent. Elle s’aligne parfaitement avec la piste, direction le virage du Musée, grande courbe à gauche dont on sort sans avoir eu vraiment le temps d’y penser. Nouvelle cavalcade vers le Garage Vert, on a à peine le temps d’apercevoir les grues en surplomb du MMArena voisin, Vincent appuie une nouvelle fois très fort sur les freins, nouvelle décélération forte et le proto s’engage franchement dans cette nouvelle longue courbe à droite avant de partir pleine piste dans la ligne droite du Chemin aux Boeufs. Nouveau freinage, la SR01 prend le côté gauche de la piste avant l’entrée du gauche-droite. Le pif-paf est avalé d’une manière qu’on pourrait penser presque rectiligne et on est déjà dans la ligne droite menant vers l’enchaînement des S bleus franchis sans encombre. Une petite ligne droite, freinage, accéllération dans le raccordement avec le grand circuit et la mythique ligne droite des tribunes est sous nos yeux. Vincent monte tous les rapports et ça va vraiment très vite. La SR01 est rapidement dans la courbe Dunlop, et c’est reparti pour un tour, le gauche-droite du complexe Dunlop étant cette fois négocié à haute vitesse, la voiture rebondissant de gauche à droite, comme si les virages étaient relevés, et c’est une nouvelle plongée vers la Chapelle. Cinq tours, ça passe très vite, mais l’impression d’euphorie lorsqu’on dévale la ligne droite des tribunes à plus de 235 kmh est toujours la même. Avec le freinage amélioré, les sensations sont encore plus fortes.
Merci à Vincent, ex Volant Ef, qui va probablement conclure sa saison dans la dernière manche VdeV à Estoril, au volant d’une Norma M20F du team Extrême Limite associé à Fabien Rosier, lui-même ex-volant ACO.
Jean-Romain Py, le fils de Jean Py, Directeur Général de la Société Sotira et Responsable du Développement chez Sora Composites, a donné quelques explications sur le projet de la SORA Racing 1 : “Ce que nous voulions faire chez Sora Composites, c’était une voiture arrivant à 70% des performances d’un proto optimum, avec un coût représentant 10 à 15% de celui de ce proto. On a dépassé l’objectif de 70%, tout en restant à moins de 20% du prix d’un châssis de compétition, bien que notre voiture soit munie d’un châssis carbone. Cette étape-ci étant réalisée, notre objectif maintenant est de pouvoir déployer cette technologie vers des voitures-niche : Sora Composites travaille avec Aston Martin, nous avons fait plusieurs éléments de la carosserie des DB9, Lotus, nous avons collaboré aux carosseries de l’Elise, de l’Evora, McLaren Automotive, avec le projet MP4-12C, Tesla, Ferrari, Maserati… Nous souhaitons également passer à une production en série, vers les véhicules électriques entre autres.
‘Donc, la démarche de Sora Composites, c’est de promouvoir les solutions carbone, dans une logique d’allègement des pièces de structure et non pas dans une logique de véhicules de compétition. Autour de ce projet, on a réussi à consolider les compétences de Sora Composites, avec l’expérience de Pescarolo Sport pour ce qui est de la construction d’une voiture de compétition, domaine qui nous était inconnu, et également avec l’aide de socités comme Chastagner, pour la carosserie, Oger, pour l’assemblage. On a réussi dans la Vallée de la Loire un réseau d’entreprises pour réussir le challenge et coller aux cahier des charges demandé par l’ACO.”
SORA Racing s’est engagé l’année dernière en Asian Le Mans Series…
“C’était important d’asseoir la marque SORA Racing. Grâce notamment à Christophe Tinseau, qui a été le pilote de développement de la SR01, SORA Racing a gagné l’Asian Le Mans Series et est capable de promouvoir un véhicule-école.”
Est-ce que vous comptez vendre la SR01 à d’autres écoles de pilotage?
“Voilà, notre cible, ce sont les écoles de pilotage. En France,l’ACO dispose de l’exclusivité et c’est normal, mais nous voulons la proposer à d’autres écoles à l’étranger, mais également à des passionnés qui la désireraient pour leur plaisir personnel, et pourquoi pas un lever de rideau Le Mans Series.”
Des représentants d’école de pilotage étrangères sont-ils là aujourd’hui?
“Oui, il y a des écoles hollandaises, espagnoles, anglaises, portugaises. Ce que nous voulions, c’était un véhicule-école tout à fait dans l’esprit du Mans, et je crois qu’avec le savoir-faire de Sora Composites et de Pescarolo Sport, nous y sommes parvenus. Nous avons aussi des perspectives pour les voitures de Grand Tourisme, qui n’ont pas forcément besoin d’avoir du carbone, mais seulement dans certains endroits, on peut également travailler sur l’épaisseur, le nombre de couches, sur le prix des matières, on peut également passer d’un cycle long comme pour les SR01 à un cycle industriel. Si on passe à un cycle de 100 véhicules/jour par exemple, on réduit drastiquement les coûts, et l’éxpérience de la SR01 sera très utile.”
Combien de SR01 pensez-vous produire?
“L’objectif, c’est de 30 à 40 voitures par an, un objectif qu’on se fixe à partir de l’année prochaine. Je pense que c’est un objectif réalisable.”
Le parc de l’ACO sera-t-il renouvelé? Dans quel délai?
“Ils viennent de le constituer. Je dirais que cinq années, ça me paraît convenable. Nous assurons la maintenance des véhicules, qui restent donc en état.”
Quel est le prix de la voiture, moteur compris?
“C’est 150 000€, véhicule complet, livré. C’est une somme certes, mais comparée à des Grand Tourisme, une Formula Le Mans, pour une voiture de ce type, je crois que c’est très raisonnable.”
Propos recueillis par Claude Foubert