Julie ayant mis à votre disposition de nombreuses photos du Petit Le Mans dans la galerie d’Endurance-Info, nous rédacteurs avons pu prendre le temps de faire un tour de circuit de Road Atlanta durant la course. Mais afin de changer un peu, Laurent Mercier et moi même l’avons fait côté spectateur. Sans chasuble ou accès privilégié. Histoire de voir ce que cela donnait. Et, chacun à notre tour, nous n’avons pas été déçus…
A 14h, après 2h30 de course, me voilà parti pour une boucle de ce circuit que j’apprécie tant. Il y a trois ans, j’avais découvert Road Atlanta et, je l’avoue, j’étais tombé sous le charme de cette piste. L’expérience 2008 m’a servi de leçon : ne jamais partir sans sa bouteille d’eau lorsque le soleil cogne. En effet, la chaleur de Georgie n’a pas grand chose à envier à celle de Floride. C’est sans accès particulier, mais aussi sans appareil photo que j’entame mon tour. On ne pourra pas dire que c’est le zoom qui passe au travers des grillages. Mon seul outil se nomme « black berry ».
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Par le plus grand des hasards, ce tour à pied commence par une neutralisation. Je suis encore dans le paddock. A travers le grillage, je parviens à poser le regard sur un écran du Flying Lizard histoire de comprendre ce qui se passe. L’Audi n°9 est sortie dans les Esses et a arraché son museau. C’est ma première surprise : avec un simple accès spectateur, imaginez-vous voir les écrans d’un team sur un circuit européen ? Non ! La première raison, c’est que sans un billet particulier, vous n’aurez pas accès au paddock. Ce paddock si spécial, avec des « bâches » qui servent de stands. Ces « garages » comme on les appellent ici ne sont pas fermés à double tour. On peut aisément jeter un œil et, entre deux séances, voir le travail effectué sur la mécanique. Le départ étant donné, il ne s’y passe pas grand chose : c’est vers la pitlane qu’il faut se tourner. Avec un peu de chance, on observe un pit-stop. Avec un peu plus de chance, on monte sur une voiture de golf garée par là et on se retrouve la tête au dessus du grillage. Changements de pneus et de pilotes, congratulations des mécanos lorsque le dit pit-stop est réussi : rien ne vous échappe !
Direction ensuite la piste et le Turn One. Un juge de paix à Petit Le Mans. Cette courbe en montée referme plus qu’il n’y paraît. Et pourtant, les Protos y sont terriblement efficaces. Visuellement, l’impression est la même qu’en 2008 : les LMP2 sont plus bluffantes encore que les LMP1. Manu Collard me confiait qu’il passait à fond de 6e à l’époque du RS Spyder/Penske. La HPD/Highcroft n’a pas grand chose à envier à sa concurrente allemande, surtout lorsque Simon Pagenaud est au volant. Ce Turn One est un régal. Et il l’est d’autant plus que le spectateur est accoudé à la barrière à quelques mètres à peine de la piste. Encore une vision appréciable. On remonte pour arriver au sommet de la bosse. Découvrir le virage n°3 où les GT décollent d’une ou plusieurs roues en mordant sur le vibreur. On aperçoit aussi les camping-cars au premier plan, la butte bondée de spectateurs à l’horizon. Nouvelle neutralisation : crevaison pour la RS Spyder/Cytosport. Source ? Le commissaire… qui renseigne les supporters !
La descente des Esses se fait le long de la barrière. Cette fois, il y a un grillage devant. Guère haut toutefois au regard de la vitesse des autos. Selon le point de vue, on peut facilement surplomber ce grillage. Mais c’est un peu plus loin que se trouve l’un des plus beaux spots. Après avoir traversé une rivière, manqué de s’être pris les pieds dans ronces et de se prendre une branche dans le front, on remonte sur la colline donnant sur les Esses. L’écran géant à droite, les haut-parleurs à gauche avec Radio Le Mans parfaitement audible, et en face une enfilade de rêve. Le gazon est bien garni, c’est certain. On y resterait bien des heures, à déguster un burger dont le goût, pas terrible, s’améliore à la vision de chaudes batailles…
A quelques mètres se situe une « Kids Zone » destinée, comme son nom l’indique, aux plus jeunes. L’accès est gratuit, bien évidemment. Et à vrai dire, on se demande pourquoi de telles structures gonflables ne sont pas présentes en Europe. Bref, on longe le bout de ligne droite pour arriver au virage n°6. L’image est surréaliste : les concurrents arrivent à toute balle et les fans sont à deux ou trois mètres à peine, derrière une barrière que l’on pourrait enjamber sans difficulté. Toujours avec mon « black berry », je m’amuse à prendre quelques photos. Sans zoom donc. Et j’imagine le passionné qui doit se régaler avec son appareil photo, pas nécessairement haut de gamme. Là aussi, on y resterait bien un long moment…
On poursuit vers la ligne droite du retour, longeant la rangée de « motor-home ». En fait, c’est l’un des rares endroits que nous ne passerons pas le long du circuit. Pourquoi ? Mystère. Mais le balisage jaune « Caution » est assez clair. Et personne ne tente de passer dessous ou dessus. On imagine l’inverse en Europe… La passerelle Mazda donne une vue parfaite de la ligne droite où Yannick Dalmas s’était envolé en 1998. Sur le vieux continent, je me suis retrouvé dans une telle position avec une personne de la sécurité m’interdisant de « stationner » à un tel endroit. Ici, pas de problème et les photographes amateurs ont bien conscience de cette belle opportunité. Cette fois, on passe donc à l’extérieur, à la gauche du pilote. En arrivant au milieu d’un autre camping, j’aperçois à nouveau le safety car. Pas d’écran géant, et mon anglais n’est pas suffisamment bon pour comprendre ce qui est dit dans le haut-parleur. J’aperçois un campeur avec la TV. Il m’accueille bien volontiers… et me propose même de boire un coup.
Le temps passe et il ne faut pas que je tarde pour relayer l’ami Laurent dans la rédaction des compte-rendus de course. Je file au Turn Ten, toujours en longeant la piste, avec barrière plus grillage à ma droite. Le Turn Ten – un enchaînement gauche droite – est aussi apprécie du public. Les gradins sont bien remplis, la vue superbe. Encore et toujours, ce n’est pas le grillage qui vous embêtera pour les photos. Arrivé sur le pont deux choix s’offre à moi. A droite, les boutiques – moins nombreuses que les années passées – et les corrals, ces parkings qui rassemblent les club de marques, tels que Porsche et Corvette. A gauche, le dernier virage : impossible à longer pour le spectateur, qui peut tout de même le surplomber. Le tour se finit en arrivant au niveau de la passerelle Yokohama. Un peu loin, les pointes de vue sur les stands, côté piste cette fois, ne manquent pas. De nuit, cela vaut le coup d’œil. C’est d’ailleurs de ce côté que sera donné le feux d’artifice qui conclut de manière festive une course animée.
Deux sentiments m’habitent. Le premier : de manière générale, ce circuit est magnifique. La piste en tant que telle représente un défi pour tout pilote. Les abords sont, eux, parfaits pour leurs visiteurs : les accès pour les fans sont simplement géniaux. De mon opinion, seule la Nordschleife rivalise en Europe. Le second : l’accueil des gens, spectateurs, pilotes ou teams. Je ne suis pas seul à le dire : tout le monde est plus ouvert, plus disponible. Moins stressé aussi. Y compris les contrôleurs, qui vont jusqu’à nous donner une tape amicale sur l’épaule. Sacré contraste avec certains complexes où l’on a parfois l’impression d’être un voleur prêt à braquer une banque… même avec un chasuble ou un pass media.
Tout n’est pas parfait, certainement. L’aspect découverte joue probablement et, comme on le dit souvent, l’herbe est toujours plus verte chez le voisin. Mais tout de même, il y a des enseignements à tirer de cela. L’American Le Mans Series ne s’y est pas trompé. Dans la conférence annuelle du championnat, Scott Atherton a particulièrement insisté sur ceux qu’ils jugent comme les premiers clients : les fans. La majorité de son discours a tourné autour de cette question. Son auditoire était pourtant composé de journalistes ou de membres de teams et constructeurs. Preuve que la question est d’importance. L’ALMS ne doit pas être trop loin de la vérité : la moyenne de spectateurs a augmenté en 2010 et la fréquentation du Petit Le Mans a atteint un chiffre record : 124 000 ! Et on peut vous le garantir, il y avait foule.
Depuis le début de cette article, deux mots ont été utilisés à plusieurs reprises : fans et spectateurs. Il s’agit en fait d’une petite erreur, le sens de ces deux termes n’étant pas tout à faire identique. Comme nous l’a dit Hugues de Chaunac : en Europe, les gens sont considérés comme des spectateurs. Aux USA, comme des fans. Et cette nuance fait d’ailleurs toute la différence…
Anthony Megevand
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