En l’absence d’Olivier Quesnel (retenu par le WRC), Bruno Famin a beaucoup à faire à Petit Le Mans, pénultième course de la Peugeot 908 HDi FAP. Mais les esprits (en tout cas ceux des journalistes) sont déjà tournés avec sa descendante, la 90X. Bruno n’a donc pas échappé aux multiples questions sur le futur bolide de la firme au Lion, avec notamment la question récurrente de l’hybride. Peugeot y travaille, mais la décision n’est pas ferme et définitive. A tel point qu’il pourrait y avoir des 90X hybrides et d’autres non-hybrides si l’on en croit le directeur technique du Team Peugeot-Total.
Bruno, la Peugeot 90X sera-t-elle équipée de l’hybride en 2011 ?
« L’objectif numéro un, c’est de gagner Le Mans. Pour cela, il faut être à l’arrivée. La fiabilité est donc un point important. Avec l’hybride, on ne sait pas trop où vont être les problèmes. On va les découvrir et on s’attend au pire. Il y a des interrogations sur la résistance des batteries, la connectique des faisceaux, l’électronique de puissance et son refroidissement… Il y a des inconnues qui ne se découvriront que lors de la mise au point d’un tel système. »
Est-ce possible de voir des 90X à la fois hybride et non-hybride ? Ne serait-ce pas trop compliqué en terme de gestion, d’exploitation ?
« Nous sommes ouverts à toutes les éventualités. Compte tenu de la méconnaissance de cette technologie, nous n’excluons aucune possibilité. Il faut juger de la gestion des risques et de la complexité des risques. »
Du coup, n’avez-vous pas été tenté d’aligner une 908 HDi FAP aux côtés de la 90X ?
« Nous regardons vers l’avant plutôt que vers l’arrière. Si nous construisons une nouvelle voiture, c’est que nous croyons au fait qu’elle sera plus compétitive qu’une 908 remise au goût du jour pour 2011. Quoi que je trouve les brides un peu généreuses pour les LMP1-2010, au point d’être au contact surtout dans des conditions particulières. Les LMP1-2010 seront autorisées à rouler en 2011 à condition qu’elles ne reçoivent pas de développement. Mais comment vérifier que aucun travail n’a été fait ? Impossible. En 2005, il y avait un vrai écart entre les deux types de voitures. Là, ce n’est visiblement pas le cas. »
D’un autre côté, qui pourrait être menaçant avec une LMP1-2010 ? Aston Martin va faire son propre proto…
« Il faut juste éviter la possibilité d’un hold-up comme Dauer en 1994. une Audi R15 retravaillée, alignée de manière structurée, peut être compétitive. »
Lors des dernières saisons, il paraissait évident qu’il fallait un prototype à moteur diesel pour gagner Le Mans. Et beaucoup pense qu’il faudra l’hybride pour remporter les prochaines 24 Heures…
« Je pense que ces gens là n’ont pas lu le règlement de l’ACO. Si je devais parier aujourd’hui, je ne dirais pas qu’une hybride va gagner en 2011. Nous espérons en aligner une, ou plusieurs. Le management de Peugeot pousse de par la politique commerciale du groupe qui lance un modèle début 2011. Ce serait bien vu. Mais comme je l’ai dis, l’objectif est de décrocher la victoire en 2011, avec une Peugeot. Après, si c’est avec une hybride, c’est mieux. On ne sait pas si il y en aura une, trois, quatre ou huit ! »
Avez-vous étudié la 90X de façon à ce qu’elle puisse rouler avec ou sans la technologie hybride…
« Le but est d’optimiser le concept, hybride ou pas. Si au cours de la mise au point du système, nous constatons qu’il n’apporte rien, nous allons vite l’enlever. Le choix n’est pas évident, avec une technologie dont le développement n’est pas abouti. La deadline est en tout cas proche. »
Le choix entre un prototype fermé et ouvert a-t-il été plus évident que l’utilisation ou non de l’hybride ?
« Il y a eu une véritable réflexion. Il faut se remettre en cause et réfléchir à tous les concepts. Mais la décision s’est imposée relativement rapidement, sans que le style n’ait son mot à dire. »
Où en êtes-vous du développement de la 90X ?
« Nous suivons le planning et nous sommes optimistes pour tenir notre objectif de rouler avant la fin de l’année. »
Vous aviez beaucoup roulé sur le Paul Ricard HTTT avec la 908. Sera-ce à nouveau le cas avec la 90X ?
« Nous nous sommes pas mal diversifiés au fil des années. Mais c’est aussi extrêmement important d’avoir des références. L’objectif numéro un étant Le Mans, la voiture est conçu pour Le Mans et c’est ce qui a fait le plus de différence par le passé. Pour cela, avoir des références, à la fois au niveau de la performance et de la fiabilité, est très important. »
Pour la 908, Peugeot avait dévoilé une maquette dans un premier temps, puis la voiture quelques jours à peine après son premier roulage. Allez-vous reprendre ce schéma ?
« Le scénario n’est pas arrêté. Je ne pense pas qu’il y aura de maquette et j’image que nous dévoilerons la 90X assez rapidement après son premier roulage. Nous n’allons pas non plus jouer au chat et à la souris mais rien est arrêté. »
Anthony Megevand