Ce vendredi 17 septembre 2010 était un jour à marquer d’une pierre blanche pour le musée Matra de Romorantin dans le Loir et Cher. La Matra-Sport 670 de 1972 qui a offert au constructeur français la première de ses trois victoires mancelles a fait son entrée au musée après une restauration complète effectuée dans les ateliers de la société « EPAF » ( Entretien du Patrimoine Automobile Français ) également basée à Romorantin et dirigé par Jean-Paul Humbert. Cette Matra MS670 est ici présentée dans sa version 1973, mais sur le châssis de 1972. Les photos sont ici.
Plusieurs personnalités ayant eu un rôle important dans cet événement étaient présentes et ont pris la parole au cours de la soirée, dont le responsable du musée, le maire de Romorantin ainsi que Henri Pescarolo, venu accompagné de son épouse Madie. C’était donc pour nous l’occasion de nous entretenir avec Henri et de recueillir ses impressions sur cette journée mais également de faire un point sur la saison 2010 et sur l’avenir.
Guillaume Robert : Henri, quels sont vos impressions et sentiments sur cette journée ?
Henri Pescarolo : « Ce matin (vendredi) lorsque la voiture est sortie des ateliers de Jean-Paul Humbert, nous avons pu faire un roulage de quelques minutes devant ces mêmes ateliers et je dois dire que l’émotion était grande. Lorsque je me suis assis dans le siège, je me suis retrouvé en 1972 ! Instinctivement, tous les réflexes sont revenus ! Mes mains ont repris leurs positions sur le levier de vitesses et le volant. Mes yeux se sont immédiatement dirigés vers les manomètres, un peu comme si j’étais descendu de l’auto seulement quelques heures auparavant. Jean-Paul Humbert et son équipe ont vraiment fait un travail formidable, l’auto est superbe. Elle est identique à celle qui s’était présentée sur la grille de départ des 24 heures du Mans. »
Parlons un peu du présent. On entend beaucoup parler de « Pescarolo 2011 ». Où en êtes vous aujourd’hui dans vos projets et qu’en est-il de Pescarolo Sport ?
« Concernant Pescarolo Sport, malheureusement cela ne pouvait finir que de cette façon lorsque l’on voit la gestion catastrophique de Jean Py. Le redressement judiciaire doit être signifié d’ici fin octobre au plus tard et, par conséquent, Pescarolo Sport et ce qui reste de ses actifs seront vendus aux enchères. C’est vraiment triste de voir plusieurs années de travail ruinées ainsi… La seule chose que Jean Py n’a pas réussi à détruire, c’est l’équipe et sa grande motivation ! »
Pour l’avenir, nombreux sont les fans qui espèrent vous revoir en piste et qui croient beaucoup au projet Pescarolo 2011. Qu’en est-il aujourd’hui ?
« Je ne suis pas une personne qui parle si les choses ne sont pas concrètes et abouties. Donc ce que je peux dire à cet instant, c’est que les idées et les intentions sont bien là, mais pour le moment, le temps est à la recherche des financements pour concrétiser tout cela. Comme je vous le disais plus tôt, l’équipe étant toujours motivée, si un projet devait aboutir, ils sont prêts à repartir à mes côtés. »
Ces derniers jours, Endurance-Info a publié deux articles sur la médiatisation des séries ainsi que sur la complexité pour le grand public, et même des passionnés, de réussir à comprendre tous ces championnats et les catégories qui les composent. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
« Pour la médiatisation, sur un plan télévisuel, il est évident de dire qu’elle est quasi inexistante ! Et lorsqu’il y en a, elle n’a aucun sens. Prenez l’exemple de Portimao où Eurosport a diffusé la dernière heure d’une course qui en comporte six et, qu’en plus, ces soixante dernières minutes se déroulent de nuit ! Impossible de voir ou comprendre quoi que ce soit surtout que la réalisation a été incapable de faire le point sur les heures précédentes. Hormis les 24 Heures du Mans qui disposent d’une couverture à la hauteur de l’événement, il y a vraiment un travail très important à faire dans ce domaine pour relancer la discipline et toucher le grand public.
“Le meeting de Silverstone a eu droit à une retransmission plus importante de la part d’Eurosport et c’est une bonne chose, mais cela est surement dû à la présence des constructeurs et du fait qu’il s’agissait de la première manche de l’Intercontinental Le Mans Cup. Il faudra voir comment cela évolue. Quant aux diverses séries badgées « le Mans », il y en a de trop ! L’American Le Mans Séries, les Le Mans Séries, l’Asian Le Mans Séries, et maintenant, l’Intercontinental Le Mans Cup. Tous ces championnats se mangent les uns les autres. L’idéal serait un seul et unique championnat. Comment intéresser le public si mêmes les habitués ne s’y retrouvent pas ? Comment faire comprendre qu’il n’y avait que quatre « P1 » sur la grille de Portimao ? Comment expliquer que les usines ne participent pas à toutes les épreuves de la saison ?
“La création de l’ILMC est une bonne chose, et le fait que le Mans soit par la suite intégré à ce championnat ne peut être que positif pour la discipline. J’ajouterai qu’aujourd’hui il y a une note d’espoir avec la nouvelle équipe dirigeante de l’ACO. Ils admettent enfin qu’il y a eu une injustice flagrante vis à vis de l’équivalence et que les équipes « essence » ont été sacrifiées. Si des équipes comme Pescarolo Sport et ORECA se sont tournées vers le diesel, ce n’est pas par hasard. »
Nous avons également profité de cette soirée pour poser quelques questions à Jean-Paul Humbert, responsable de ce projet de restauration de cette Matra MS670. Mr Humbert, parlez nous un peu de cette Matra…
« Il s’agit du châssis qui a remporté l’épreuve en 1972 avec la carrosserie dans sa configuration de 1973. Elle correspond en fait au modèle qui servait de véhicule de présentation en 1973. »
Comment s’est déroulée cette restauration ? Pouvez-vous estimer le temps qu’il vous a fallu à vous et votre équipe pour finir ce travail ?
« Lorsque nous avons récupéré l’auto, tout était à refaire. Les blocs moteurs et boite étaient vides. Il a donc fallu tout reconditionner pour que la mécanique soit de nouveau fonctionnelle. Les étriers sont ceux qui étaient sur le châssis, nous avons uniquement remplacé les pistons et joints puisque tous ces éléments avaient souffert avec les années. Nous avons remis l’auto dans son état original avec des pièces d’origine. Quelques éléments ont été remplacés par d’autres plus récents tels que l’exctincteur ou les harnais pour des raisons évidentes de sécurité. Il est difficile d’estimer le temps passé sur cette Matra car parfois le chantier a été mis en pause pour diverses raisons (autres chantiers en cours, pièces en attente, etc ). Ce que je peux vous dire, c’est que cette restauration a débuté il y a deux ans. »
Pour terminer, Mr Humbert, pouvez-vous nous présenter vos ateliers, l’EPAF, ainsi que de votre parcours professionnel.
« Pendant vingt six années de mes trente passées chez Matra, j’étais en charge du patrimoine du musée. Je m’occupais déjà de la restauration d’autos présentées dans celui-ci. Lorsque Matra a fermé ses portes, il a bien fallu continuer à travailler et il était dommage de laisser filler un tel patrimoine. C’est à ce moment là que l’EPAF a été créée. Même si nous sommes attachés à Matra, nous restaurons tous types d’automobiles. »
Guillaume Robert