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Réflexion personnelle sur la médiatisation des séries…

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Patrick Peter (Promoteur des Le Mans Series) : « Les droits concernant les Le Mans Series ont été revus. Le mot d’ordre est audience ! Nous avons déjà signé avec des nouvelles chaînes et nous travaillons sur le long terme. » (Mars 2010)

 

Stéphane Ratel (Promoteur du Championnat du Monde GT1) : « Il y a soit Eurosport, soit les chaînes sportives nationales. Nous avons opté pour la deuxième solution et je pense que nos concurrents en sont satisfaits. C’est plus compliqué avec les chaînes hertziennes et je ne peux pas dire aujourd’hui que nous aurons un accord sur ce point. Mais si le championnat est magnifique… Quand le produit est bon, on le commercialise. Et le fait d’avoir une course d’une heure le dimanche devrait aider. » (Avril 2009)

 

Quelle que soit la conférence de presse d’un promoteur d’une série majeure, il est toujours question de médiatisation. Logique dans la mesure où le sujet est important, voire capital, pour la survie des séries. Important certes, mais aussi très vaste. Au fil des années, l’automobile perd de sa splendeur, alors le sport automobile… Les différents promoteurs ne rechignent pas à vendre leur produit mais comment séduire le plus grand nombre de diffuseurs et de spectateurs ?

 

Les sports mécaniques bannis du petit écran…

Il est bien loin le temps où les chaînes sportives dominaient largement l’audience des chaînes satellites avec en majorité des sports motorisés. Place maintenant au non-polluant ! Même le WTCC n’est plus diffusé systématiquement en live sur Eurosport. Il n’y a guère que la Formule 1 qui résiste à cette culture autophobe. L’autophobie concerne pour le moment principalement l’Europe et c’est certainement pour cela que bon nombre de séries ont opté pour l’exil, particulièrement sur le continent asiatique à l’avenir. En Europe, la Formule 1 fonctionne encore bien, aux Etats-Unis, c’est la NASCAR qui fait le plein. Stéphane Ratel nous l’a rappelé à Spa, le World GT1 Championship ne sera pas diffusé sur des canaux tels TF1 ou France 2 dans l’immédiat et comment pourrait-il en être autrement… Il ne faut pas se voiler la face, l’avenir passe forcément par le Web, comme peut le faire le Championnat du Monde GT1 avec sa propre chaîne, GT1 Live, dont la retransmission est de qualité. La ménagère de 50 ans n’en a que faire d’une course avec des voitures qui tournent en rond. Vous me direz, elle n’en que faire d’un match de football… Mais son fils joue au ballon, le père y a certainement joué. Le ballon rond réunit le plus grand nombre. Il peut aussi être considéré comme un sport innocent. Au contraire de la F1 où la dite ménagère pense certainement que cela incitera le fiston à rouler plus vite. D’ailleurs, la différence de traitement est flagrante : on coupe un Grand Prix de Formule 1 par des pages de pub, pas un match de foot.

 

Ce bannissement des sports mécaniques, il se traduit concrètement. L’exemple le plus flagrant est sans doute Auto-Moto. Hormis la F1 et l’exception Sébastien Loeb (et encore), la compétition n’a plus la place dans l’émission. Place au « produit », à l’écologie ou à l’entretien. La présence des sportives se limitent à des essais sur circuit. Histoire de conserver un peu du rêve. Mais on parlera majoritairement d’une petite citadine que d’une GT. En juin dernier, un Français a gagné les 24 Heures du Mans : cela lui a-t-il valu quelques secondes dans Auto-Moto ? Non bien évidemment. La vitesse est désormais pointée du doigt et peu importe que cela se déroule sur un circuit et avec des pilotes professionnels. Ce n’est pas tendance. Dans les mentalités, cela n’est pas « bien ». Une petite exception à la règle : le Trophée Andros. Cette compétition sur glace réussit en effet à être bien diffusé, mais aussi à investir des plateaux tels que Stade 2, en direct s’il vous plaît. Si l’autophobie a investi la France, ce ne doit pas être l’excuse qui explique tout !

 

Les chaînes spécialisées se mettent également de plus en plus à l’automobile grand public. En Europe, l’ALMS (hors Sebring et Petit Le Mans) n’est plus diffusé en direct depuis longtemps, les Le Mans Series de moins en moins. Il y a encore seulement quelques années, ces deux championnats trouvaient leur place au même titre que le British GT, le BTCC, le DTM ou le Dutch Supercar Challenge. Les promoteurs ont beau promettre, le concret lui est toujours attendu. Si les diffuseurs ne suivent pas, rien n’y fera… Les courses ont beau être belles, la politique actuelle ne plaide pas en faveur du “vroom vroom”.

 

Hormis la F1, les 24 Heures du Mans gardent une place de choix sur les écrans (ce qui n’a pas toujours été le cas) et on ne peut que s’en féliciter. Le jour où plus aucun constructeur français ne sera en piste, qu’en sera t-il ? De par son passé, l’épreuve mancelle semble se suffire à elle-même. Ce n’est pas le cas du reste. L’ALMS a bien compris la situation et multiplie les exhibitions quelques jours avant les meetings : des autos exposées en ville, des conférences sur la compétition verte, mais aussi une présence en force sur les salons. L’investissement des marques aide certainement, mais c’est surtout une mentalité différente qui parle. L’aspect « marketing et promotion » n’est pas négligé. On peut même dire qu’un homme comme Scott Atherton est passé maître en la matière. Si l’Amérique a tout compris, l’Europe a encore du mal…

 

Spectateurs comptez-vous…

Quand on voit que 150 000 personnes se déplacent sur certains meetings des World Series by Renault, les promoteurs des autres séries ont de quoi s’exiler en Patagonie. C’est gratuit me direz-vous. Et alors ? Est-ce seulement la clé du succès ? Renault invite mais les gens ne se déplacent pas seulement pour voir une course. Tout est fait pour que l’ensemble de la famille y trouve son compte : animations pour les plus petits, exposition d’autos de la gamme, démonstrations de F1, véhicules historiques, un maximum de course, etc. Bien entendu, un promoteur ne peut pas rivaliser avec un constructeur. Le gros avantage de ce genre de manifestation est que les courses changent régulièrement au long de la journée. Ce qui n’est évidemment pas le cas en endurance puisque c’est de… l’endurance. Mais six heures, c’est trop long pour passionner les gens et une heure c’est trop court pour passionner les fans. Pas facile à trouver le bon équilibre. Il est impossible que les non initiés restent sur un circuit six heures, surtout sans écran géant avec quatre catégories différentes en piste. Rien à comprendre… C’est sûr qu’entre voir 40 autos rouler à Spa ou 25 à Lime Rock, le choix est vite fait. Il faut du show…

 

Pourquoi l’ALMS semble en partie réussir son pari au fin fond du Connectictut là où la série européenne ne parvient pas à rassembler les foules en périphérie des grandes villes ? Il est clair que faire venir les gens sur un circuit n’est pas une mince affaire. Faut-il se « contenter » de communiquer sur les gloires passées de la F1, comme Alesi, Fisichella ou Mansell, et ce en mettant totalement de côté les concurrents réguliers du championnat. Ce choix stratégique a payé… sur le très court terme. Mais ce n’est pas cela qui a fait venir le public à Portiamo. Portimao, voilà un bon exemple. Il y a eu de la pub, mais, en juillet, la plage est certainement plus séduisante dans un pays qui n’a pas de culture automobile sur circuit. Et, dans l’éventualité où les spectateurs auraient été présents en masse, que leur proposait-on ? Une course de Ford Transit en support ? Une animation ? Rien de tout cela, ou alors bien cachée entre deux collines de l’Algarve. Le choix des circuits, voilà un aspect non négligeable. Monza c’est bien, mais les écologistes font un blocage et il n’y a personne si Ferrari ou Alfa Romeo ne sont pas là. Le Paul Ricard HTTT, c’est bien aussi. Les gens doivent simplement reprendre l’habitude de venir… et les courses se dérouler à un autre moment qu’un match de l’OM. A vrai dire, peu de circuits européens réunissent tous arguments. Peut être le Nürburgring, dont les efforts fournis pour convenir le public sont titanesques. Faut-il opter pour des circuits historiques ou pour des nouvelles pistes ? La vérité est certainement un mix des deux. L’ALMS peut une nouvelle fois servir d’exemple. Il y a la tradition, avec Sebring et Laguna Seca. Il y a les tracés qui sont devenus traditionnels, comme Road Atlanta. Et puis, il y a les visites urbaines, comme Long Beach. Voilà une vraie diversité avec des complexes situés non loin des grandes villes : New York, San Francisco et bientôt un rendez-vous à Baltimore.

 

La politique globale est claire : il faut rendre l’automobile comme un simple objet de déplacement et non plus comme un mythe. Est-ce la raison de tous les maux médiatiques de notre discipline ? Certainement pas. Mon père, qui a derrière lui plus de 40 ans de 24 Heures du Mans, ne se déplace plus dans la Sarthe depuis quelques années. Pour le coup, ce n’est pas une question d’évolution de mentalité. Il y a donc des questions à se poser. Venir pour voir quoi ? Payer plus de 60 euros et ne même pas pouvoir approcher les autos. Il est bien loin le temps du Parc Coureurs à 100 Francs où l’on pouvait quasiment monter dans les autos. Là aussi, les Etats-Unis sont à l’opposé de ce qui se fait en Europe : à titre d’exemple, tout le monde à accès à la grille de départ en ALMS, et l’organisation du paddock est faite de façon à permettre aux fans d’approcher les autos. Tout est ouvert au public. Pas de grillage. Si l’on prend le cas de Road Atlanta, il est courant de voir des entrées au bord de la piste pour les véhicules d’intervention. Pas un contrôleur ne traîne et personne n’essaie de resquiller. Essayez donc la même chose au Mans pour voir…

 

La NASCAR parvient également à séduire le public. Une sorte de « 24 Heures du Mans » chaque week-end ! Voilà un exemple flagrant de réussite. Pourquoi ? Comment ? Les raisons sont multiples. Tout commence avec l’avant course, dont le traitement est diamétralement opposé à ce que l’on connaît sur le vieux continent. Et ce n’est pas une question de moyens.  L’ambiance est indescriptible, peut être parce que l’on évite de considérer le public comme des bêtes parquées et brimées. Le succès de la NASCAR prouve en tout cas que le format n’est pas la seule raison de l’échec européen. Certains diront qu’il faut être “débile” pour rester quatre heures à voir tourner en rond 50 voitures sur un ovale pendant 200 tours. Mais alors, il doit y avoir 200 000 “débiles” convaincus par cette formule. La recette fonctionne. Question de mentalité ? Pas seulement. Ce qui marche aux USA ne marchera pas forcément en Europe. Certes. Est-ce une raison pour se voiler la face et ne pas vouloir voir ce qu’il y a à voir ?

 

On ne va pas refaire le débat entre les pros FIA-GT et les pros Le Mans Series. Oui on sait que des courses d’une heure, ce n’est pas de l’endurance. Mais on sait aussi que des courses de six heures peuvent être ennuyeuses à souhait. Varier les plaisirs, voilà peut être une bonne solution. Pourquoi se cantonner à un seul format ? Pourquoi ne pas courir parfois sur une durée de trois heures, de six heures, de huit ou de dix ? Okayama a montré l’an dernier que deux courses de trois heures pouvaient être séduisantes. Une initiative sans lendemain. Preuve qu’il est difficile de faire évoluer les choses. Ce n’est pas le public qui s’adaptera à un format de course qu’on s’entête à conserver. C’est au format de s’adapter au public pour le séduire. Sans tomber dans l’excès et sans renier le passée de la discipline, mais en faisant des efforts. Cela peut s’apparenter à un compromis…

 

Nous ne le cachons pas, on peut même dire qu’on le revendique : à chaque fois que la rédaction d’Endurance-Info s’est « exilée », elle a été séduite. Par les courses, mais aussi par l’accueil, par le traitement de l’évènement dans sa globalité, par l’ambiance et la philosophie. Dans les années à venir, si le contexte européen reste celui qu’il est, il y a fort à parier qu’il faille se déplacer encore plus loin pour assouvir notre passion, ce qui n’est pas sans poser le problème du coût, aussi bien pour nous que pour les équipes. L’Amérique a déjà séduit des teams et beaucoup de pilotes. L’Asie représente aussi le futur : c’est un marché important pour les constructeurs, mais aussi un lieu où le potentiel de développement est énorme. Aller très loin, c’est bien beau, mais qui paie ? Ce n’est pas comme si nous étions en période de crise économique me direz-vous…

 

Terminons enfin par ce que l’on connaît : Internet. On l’a dit, cela peut être une alternative intéressante, notamment pour la diffusion. Le World GT1 le montre à chaque fois avec la diffusion des courses, mais aussi des reportages. Cela comble à n’en pas douter le « spécialiste ». Dans le même style, l’ALMS propose la retransmission des épreuves lorsque celles-ci ne sont pas passées en direct sur la chaîne partenaire du championnat. Pourquoi ne serait-ce pas le cas en Le Mans Series et même en Intercontinental Le Mans Cup. Avec cette coupe, l’Endurance est face à un beau challenge. Elle doit parallèlement relever le défi de la diffusion. En évoluant avec son temps. En France, la TNT peut être une solution. L’accès au plus grand nombre dans en tout cas être une priorité. Dans le cas contraire, le cercle très fermé de l’Endurance risque de se réduire encore et encore. Et les teams, et leurs sponsors avec, ne se contenteront pas toujours des seules 24 Heures du Mans. Il faut vivre et faire vivre tout au long de l’année. Cela passe par une actualité régulière.

 

Pour conclure, nous dirons qu’en 2013, les Internautes seront près de 2.5 milliards (43% d’asiatiques pour seulement 22% d’européens) et que les promoteurs devraient bien songer à cette manne importante. Ah, j’oubliais. Il devrait aussi penser à considérer des sites Internet qui font plus de lecteurs en un jour que certains magazines en un mois. Question de mentalité, encore une fois…

 

Laurent Mercier

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