FIA GT2

24H Spa : Analyse de la course…

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Quels enseignements tirer de cette édition 2010 des 24 Heures de Spa nouvelle version ? Après la période tourisme, puis GT1, c’était au tour des GT2 de pouvoir rafler la victoire au scratch. Pourtant, la tâche ne s’annonçait pas évidente avec seulement 8 autos sur la quarantaine au départ. Les GTN et autres GT3 ne l’entendaient pas de cette oreille et la grande question du début de semaine spadoise était de savoir si les BMW étaient en configuration ACO ou VLN, avec des pneus Dunlop de développement ou pas. La question semblait agacer chez le constructeur bavarois, si bien que l’on nous a toujours affirmé que les M3 étaient en configuration ACO avec des pneus clients. La M3 avait maté la concurrence (principalement Porsche) au Nürburgring, la marque de Weissach prenant sa revanche au Mans. A 1-1, le double tour d’horloge belge servait donc de belle, avec Audi en arbitre et Ferrari en outsider.

 

Ferrari et Audi rapidement hors du coup…


Pourtant, sur les cinq séances d’essais (libres et qualificatifs), ni Porsche ni BMW n’ont pointé en haut de la feuille des temps, les sessions étant pour Audi et Ferrari. C’est d’ailleurs une F430 qui devait réaliser la pole avec une équipe bien connue de la catégorie, en l’occurrence AF Corse, déjà victorieux l’année passée. Le team de Amato Ferrari faisait cause commune avec ALD/Vitaphone pour tenter de ramener le trophée en Italie. Avec un équipage composé de Bruni/van de Poele/Longin/Vilander, la n°2 avait de quoi nourrir de gros espoirs de victoire. Malheureusement, divers pépins mécaniques ont entaché le magnifique début de course de Gimmi Bruni, qui prenait rapidement la poudre d’escampette. Bien revenue au contact des leaders au prix d’une belle remontée, la F430 de Eric van de Poele devait rester sur le carreau avant le lever du jour au niveau de Blanchimont après avoir été harponné bien malgré lui par l’Audi R8/Phoenix de Anthony Kumpen, un brin trop optimiste lors d’un dépassement d’une GT4. Les deux autos étaient salement amochées et devaient rester sur place. C’en était terminé des espoirs d’une 6ème victoire de « Tintin ». La voiture sœur aura beau monter sur le podium de la catégorie, elle n’a pu à aucun moment jouer la gagne avec un tour de retard sur la n°2 dès la 8ème boucle. Une chose est acquise, Michael Waltrip a adoré (le mot est faible) sa découverte de l’épreuve et il y a fort à parier que sa prochaine expérience en endurance soit mancelle.

 

Les Audi R8 avaient montré une belle pointe de vitesse aux essais, spécialement celles du Phoenix Racing. En début de course, Marcel Fässler faisait sonner la charge avec des relais de haute volée. La sortie de Kumpen n’aura pas permis de voir si la R8 « 50 » aurait pu tenir la cadence jusqu’au bout. Pas mieux pour la « 51 » qui terminait sa course à l’Eau Rouge, suite à une grosse sortie de Andrea Piccini. Phoenix Racing out, WRT avait tout ce qui fallait pour prendre la relève : trois R8, de bons pilotes et une connaissance parfaite du tracé. Partis sur un rythme plus prudent, les pilotes de l’équipe de Vincent Vosse et René Verbist ont montré de belles choses mais un chat noir devait être à tour de rôle dans les autos. C’est d’abord celle de Greg Franchi qui devait abdiquer après seulement 2h30 de course suite à un début d’incendie pour une raison qui reste encore inconnue. Quelques heures après, c’est la « 74 » qui s’immobilisait en bord de piste pour là aussi une raison indéterminée.

 

Tous les espoirs reposaient donc sur la « 73 » de Ortelli/Lémeret/Verbist/Mollekens. Les chronos de l’auto étaient réguliers mais Stéphane Lémeret s’est fait une belle frayeur avec un projectile qui venait heurter le côté droit du pare-brise. La visibilité devenait donc fortement réduite mais pour perdre le moins de temps possible, l’équipage décidait de poursuivre sa route ainsi. On se demande encore comment a pu faire le quatuor pour rouler de nuit, sous la pluie et sans essuie-glace, avec un pare-brise en décomposition. Une bien belle performance à signaler ! Au fil des heures, la vitre avant se détachait de plus en plus si bien que la direction de course intimait l’ordre de réparer dimanche en fin de matinée. Seulement huit minutes ont été nécessaires pour procéder au remplacement. Malgré ses déboires, la R8 était pourtant remontée en tête de la catégorie et dans le top 5 au scratch en début de matinée avant de rencontrer des problèmes électroniques. Finalement, c’est une 13ème place (5ème en GT3) qui attendra le quatuor à l’arrivée. Pour sa première année en compétition, le W Racing Team a montré tout son potentiel, avec une équipe alliant professionnalisme et rigueur, avec en prime un accueil parfait.

 

Présent en Championnat d’Europe GT3, United Autosports était venu à Spa avec deux R8, confiées notamment à des pointures telles que Cheever, Blundell ou Johansson. Avec deux équipages mêlant pilotes professionnels et gentlemen, les deux voitures de l’équipe américaine ont fait leur bonhomme de chemin pour pouvoir espérer monter sur le podium GT3 à quatre heures de l’arrivée, avec une victoire toute à fait plausible pour Cheever/Blundell/Dean/Brown. Zak Brown n’en croyait pas ses yeux, en voyant sur les écrans Eddie Cheever partir à la faute à l’Eau Rouge. L’ancien pilote de F1 parvenait à rentrer pour réparer une direction défaillante. L’autre auto devait rentrer au même moment pour un arrêt imprévu et prolongé. Les deux Audi « américaines » terminent groupées 9ème et 10ème (3ème et 4ème en GT3). United Autosports a bien maîtrisé son sujet et on ne peut que souhaiter les voir à l’échelon supérieur à moyen terme.

 

Porsche et BMW partis sur un sprint de 24 heures…

 

Ferrari et Audi étant assez vite « out » pour la victoire, Porsche et BMW ont débuté un mano à mano qui dura une bonne majorité de la course, l’avantage allant vite dans le clan des M3. Le Dr Mario Theissen voyait vite ses M3 aux deux premières places avant que l’une d’entre elles (J.Müller/Lamy/Alzen) ne soit retardée pour un problème moteur (3 tours perdus). Les trois Dirk (Müller/Adorf/Werner) ont quant à eux rarement quitté le leadership, si ce n’est lors des différentes stratégies de ravitaillements. Le trio pouvait sans conteste espérer décrocher la timballe mais à une bonne demi-heure du drapeau à damiers, Dirk Werner sortait de la piste, consécutif d’un problème de rotule de direction. L’Allemand parvenait à ramener la M3 à son box mais le temps que les mécaniciens interviennent, les deux Porsche qui se tenaient en embuscade en profitaient pour passer. Dommage pour BMW qui rate le coche après avoir mené de main de maître et qui doit se contenter des 3ème et 4ème places. On a tout de même bien failli avoir une GTN qui remporte la course mais une Porsche qui rafle la Coupe d’Europe GT2. La logique est donc respectée avec un doublé pour les Porsche 997 GT3-RSR « GT2 », même si le spectateur lambda se moque pas mal de savoir si les M3 sont en GT2 ou en GTN. Bref, Charlie Lamm et le Dr Theissen n’auront pu rééditer l’exploit de la Nordschleife en mai dernier. Il va maintenant falloir se concentrer sur l’American Le Mans Series et l’Intercontinental Le Mans Cup. BMW était la seule équipe de pointe à faire rouler un équipage à trois et non à quatre. La seule consolation du week-end aura été la 50ème victoire d’une BMW en WTCC. Bien maigre récompense…

 

Après l’exploit de 2003, Porsche rafle une nouvelle fois la mise, même si celle-ci a certainement moins de retentissement vu qu’il y a sept ans le Freisinger Motorsport devait se battre contre une escouade de N-GT mais aussi de GT1. Lors des essais, les 997 GT3-RSR étaient restées très discrètes. Rien à redire du côté des pilotes avec du lourd : Dumas, Westbrook, Pilet, Ragginger, Holzer, Lieb, Henzler, Bergmeister, Lietz, Long, etc… En course, les Porsche sont restées derrière les BMW, si ce n’est la BMS Scuderia Italia qui prenait épisodiquement les rennes. Weisscah s’attendait certainement à réaliser son communiqué de presse d’après-course avec les 2ème et 3ème places mais à quelques encablures de l’arrivée, BMS et IMSA Performance-Matmut prenaient l’avantage. Les deux voitures de tête n’ont pas connu de problèmes majeurs durant le double tour d’horloge avec aucune prise de risque des huit pilotes. Pour sa seconde course de l’année, la BMS Scuderia Italia monte de nouveau sur le podium après la belle troisième place des 24 Heures du Mans. Ironie du sort, le nouveau team manager du team transalpin, Antonio Cazzago, a officié de nombreuses années chez AF Corse. Depuis maintenant pas mal de temps, la BMS s’est forgée une belle réputation sur les courses d’endurance, aussi bien au Mans qu’à Spa. Deux épreuves prestigieuses cette année et deux podiums ! Reste maintenant à savoir quelle politique va adopter l’équipe pour le futur. Romain Dumas n’en demandait pas tant avec une nouvelle ligne sur son CV, après la victoire de 2003. L’Alésien prouve si besoin en était qu’il est à classer parmi les grands seigneurs de l’endurance (à quand une réception à l’Elysée ;) ). Vaincre la même année au Mans et à Spa ne s’était plus vu depuis 1949 et Luigi Chinetti. Martin Ragginger prouve pour sa part que son statut de jeune pilote Porsche n’est pas usurpé et il y a fort à parier qu’il soit en haut de l’affiche dans le futur. Déjà en pointe de l’autre côté de l’Atlantique, Jorg Bergmeister rafle là son premier trophée spadois alors que Wolf Henzler n’a rien à envier à ses compères avec une rapidité et une fiabilité bien connue.

 

Mention très bien également à IMSA Performance-Matmut qui monte sur la seconde marche du podium, soit un résultat identique à celui de 2007. L’équipe de Franck Rava, rejoint pour l’occasion par Jean-Philippe Pellaprat, s’est contentée de mettre du carburant et de changer les pilotes. Patrick Pilet, Raymond Narac, Richard Lietz et Patrick Long n’ont rien à se reprocher. Il aura juste manqué un petit quelque chose, soit un changement de plaquettes qui aura coûté deux tours et peut-être la victoire. La seconde auto du team rouennais a également vu l’arrivée avec le retour de Jean-Philippe Belloc dans le baquet. Il sûr qu’au contact du Toulousain et de Richard Balandras, Pascal Gibon et Christophe Bourret auront beaucoup appris. Le quatuor est récompensé par une belle 6ème position en GT2 (12ème au scratch).

 

Sur ses terres, ProSpeed Competition pouvait avoir de grandes ambitions, surtout avec un équipage Westbrook/Holzer/Lieb/Goossens. Surtout qu’après huit heures de course, la 997 GT3-RSR pointait au second rang mais un accrochage obligeait la « 13 » à abandonner. C’est finalement l’équipage vu au Mans, à savoir Hommerson/Machiels/van Splunteren avec le renfort de Phil Bastiaans, qui termine au pied du podium de la catégorie.

 

Outre le scratch, Porsche rafle aussi la mise en GT3 avec les locaux du Mühlner Motorsport. Habitué au bons résultats, le team a une nouvelle fois montré tout son talent avec une 6ème place au scratch et aucun pilote professionnel derrière le volant. Présents en Championnat d’Europe GT3, Häring et Konstantinou étaient épaulés par Gilles Vannelet et Arnaud Peyroles, tous deux anciens champions d’Europe de la catégorie. Belle performance de l’équipage qui a fait plus que tenir son rang. Nos deux compatriotes ont largement le niveau pour passer en LMGT à court terme. On savait que les Ford GT étaient fiables sur 24 heures, comme l’avait prouvé Matech Competition l’an passé. Marc VDS Racing Team l’a bien compris avec l’engagement de deux autos, en remplacement des deux Ford Mustang initialement prévues. Bien leur en a pris avec la seconde place à l’arrivée pour Martin/Leinders/Duez. Manque de chance en revanche pour les deux Porsche 911 GT3-R ProSpeed Competition avec un Ludovic Sougnez, très rapide et qui devrait faire parler de lui à l’avenir. La seconde GT3-R pouvait aussi espérer un bon résultat avec Schroyen/Menten/Soulet/Slingerland mais divers problèmes ne leur ont pas permis de faire mieux que 7ème en GT3.

 

Engagé sous la bannière émiratie, le Gulf Team First a montré de belles choses avec ses deux Lamborghini Gallardo, si bien qu’au petit matin, les deux « Gulf » étaient toujours en piste. Malheureusement, en fin de course l’une devait abdiquer sur un problème mécanique. Lors des essais, on a même vu un Didier André très véloce, venir se mêler à la lutte pour les premières lignes. Idem chez Reiter Engineering avec un Peter Kox toujours aussi rapide, qui parvenait à suivre le rythme des meilleurs jusqu’à ce qu’un de ses coéquipiers ne termine sa course contre un rail. Malchance également chez Sport Garage qui voyait l’une de ses deux Alpina B6 rendre l’âme alors qu’un bon résultat d’ensemble était à l’horizon. Venu pour se faire plaisir, VDS Racing Adventures met sa Ford Mustang (GTN) à l’arrivée, après de nombreux déboires. Raphaël van der Straten va maintenant pouvoir s’attaquer aux 6 Heures de Miami et aux 25 Heures de Thunderhill.

 

Du côté des GT4, peu de concurrents en piste, la victoire revenant à l’Aston Martin V8 Vantage Jota Sport, qui précède celle de l’équipe Excelsior, pourtant pas épargnée par les problèmes.

 

Pour la petite histoire, la Porsche/BMS a parcouru 541 tours, soit un de plus que la Ferrari/AF Corse à qui elle succède au palmarès. C’est l’inverse en GT3 avec 518 tours pour la Porsche/Mühlner contre 519 à la Ford GT l’année passée. Terminons par une note totalement personnelle en regrettant que Manu Collard n’ait pu trouver un volant.

 

Laurent Mercier

 

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