Le Mans

Martin Bartek : "Ni peur ni crainte d’affronter les plus grands!"

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Durant les 24 Heures du Mans, nous avions appris nous-même à Martin Bartek que les GT1 ne seraient plus acceptées en 2011, aussi bien dans la Sarthe que dans les séries Le Mans. On peut comprendre son sentiment d’incompréhension, qui plus est avant le départ de la course. Il n’était alors pas question pour Matech Competition de développer une Ford GT « GT2 ». Finalement, le team suisse prend tout de même la route du GT2 (LMGT) avec le modèle GT1 adapté pour cette catégorie. Martin Bartek nous explique les raisons de son choix tout en dressant son bilan des 24 Heures du Mans et en livrant son sentiment sur le Championnat du Monde GT1.

 

Laurent Mercier : Vous avez digéré le fait que les GT1 ne soient plus admises au Mans ?

Martin Bartek : « Au début, je l’ai très mal pris ! Tout s’est fait sans aucune concertation et je n’ai pas compris. Outre les sorties de piste et les abandons de nos deux autos, cette annonce a gâché mon week-end, sachant que l’on a appris cela avant même le départ de la course. J’ai pris ça comme un coup de poignard dans le dos. Depuis, il y a eu des discussions avec l’ACO et je comprends mieux pourquoi ils ont fait ce choix. Sur le long terme, avoir une seule catégorie GT n’est pas forcément mauvais et je pense que cela va amener plus de diversité. Cela peut amener une bonne vingtaine d’autos. »

 

Quel bilan tirez-vous des 24 Heures du Mans ?

« J’en tire un bilan positif malgré les abandons. N’oublions pas que la Ford GT disputait sa première course de 24 heures. Tous les soucis ont été liés au moteur mais nous nous y attendions un peu. Le côté financier ne nous a pas permis d’investir dans de nouveaux moteurs pour la course. Nos chances de terminer s’en sont donc trouvées amoindries. Les différentes sorties de piste ont également porté préjudice à notre semaine mancelle car les mécanos ont dû travailler longuement pour remettre les autos en état. Nous avons mené la catégorie durant huit heures et le potentiel était là. Je suis arrivé au Mans sans aucune attente car je n’avais pas idée de ce qui m’attendait. J’ai été surpris de l’engouement de tous les spectateurs et les fans. J’en ai pris plein les yeux et j’ai été ébahi par l’organisation et le spectacle. L’intérêt pour les Ford GT a été incroyable ».

 

Place maintenant à un nouveau défi avec le LMGT…

« Une chose est sûre, nous n’avons pas les moyens de développer une toute nouvelle auto et des négociations ont été entamées avec le législateur. Il a fallu faire des compromis et adapter notre auto à cette catégorie LMGT. C’est l’intérêt de tout le monde d’avoir des Ford GT au Mans. Nous allons développer certaines pièces pour la mettre en conformité. Il y a beaucoup de travail mais pas énormément d’investissements et nous allons nous servir de notre connaissance du GT1 et du GT3. »

 

Vous avez déjà des contacts pour en vendre ?

« S’il n’y avait pas eu d’intérêt, je ne l’aurais pas fait. Nous avons actuellement quatre pré-commandes et nous en construirons dix, et pas une de plus. L’idéal est d’être présent sur tous les continents, aussi bien en American Le Mans Series, qu’en Asian Le Mans Series ou dans d’autres séries comme l’International GT Open. »

 

Matech Competition engagrea directement une auto ?

« C’est une possibilité mais rien n’est décidé pour le moment. Comme souvent, tout dépendra des budgets et des partenaires. Il faudra aussi regarder les calendriers car il n’est pas questions que nous abandonnions le Championnat du Monde GT1. Aller rouler en International Le Mans Cup paraît compliqué compte tenu du coût de déplacement. Il est prévu que le GT1 aille en Chine et si la manche ILMC devait se dérouler une ou deux semaines plus tôt ou plus tard, pourquoi pas… »

 

Vous déposerez une demande d’engagement aux 24 Heures du Mans ?

« J’y compte bien et si cela ne devait pas se faire en notre nom, ce serait une entité avec laquelle nous travaillerions. »

 

En arrivant en LMGT, vous allez vous frotter directement aux constructeurs. Le challenge ne vous fait pas peur ?

« Nous avons connu une belle ascension depuis quelques années. Le team a prouvé avec le GT3 que l’auto était performante et compétitive, par rapport aux constructeurs déjà présents. Ce nouveau défi ne nous fait pas peur. En GT1, nous roulons contre Nissan, qui est proche de l’usine. Je n’ai ni peur ni crainte d’affronter les plus grands. »

 

Vous ne regrettez pas le développement de la GT1 avec peu d’autos vendues ?

« Non, mais si on m’avait dit avant que je prenne la décision de développer la GT1 que seules deux seraient vendues, j’aurais sans doute revu ma position. Les deux ventes ne couvrent pas les frais de développement. Je ne peux maintenant plus en vendre et il faut aussi penser que la situation économique a joué un rôle non négligeable. Si je veux couvrir les frais, il faut un nouveau défi et voilà aussi pourquoi nous arrivons en LMGT. »

 

Venons-en au GT1. Quel est le premier bilan peu avant la mi-saison ?

« Il est mitigé… Il est conforme à mes attentes avec une Ford GT dans le coup et toujours bien en place pour le titre mais je suis un peu déçu que la seconde auto ne joue pas la gagne. Nous sommes une équipe qui pouvons sans problème avoir nos deux voitures aux avant-postes. »


Pourquoi séparer Romain (Grosjean) et Thomas (Mutsch) ?

« C’est un coup de poker (rires)… On ne sait jamais ce qui peut arriver en course et nous doublons nos chances. En agissant ainsi, je réduis les risques. J’ai décidé ce changement après la manche du Paul Ricard HTTT. Pour gagner ce championnat, il faut être à 100% de ses capacités physiques. Natacha a fait du bon travail mais sa sortie à Abu Dhabi a quelque peu réduit ses capacités. »

 

Quelles sont les raisons des choix de Neel (Jani) et Richard (Westbrook) ?

« Au départ, je souhaitais avoir Marcel Fässler mais Audi a refusé de le libérer. Je m’y attendais un peu. J’ai souhaité rester dans le giron des pilotes suisses et je me suis rapproché de Neel. J’en ai parlé avec Romain et il a de suite accepté, sachant qu’ils se connaissent déjà. Quant à Richard, j’étais en contact avec lui depuis le début de saison. Il devait à l’origine épauler Thomas avant que nous prenions Romain. »

 

Selon vous, le championnat est maintenant sur de bons rails ?

« Tout se met en place petit à petit. La Formule 1 ne s’est pas faite en quatre courses. L’organisation et le spectacle sont de haute qualité. Les courses diffusées sur GT1live sont vraiment intéressantes mais il manque encore de la médiatisation. Pour ce qui est de la balance de performance, elle est maintenant mieux qu’au début de saison. Sur le plan sportif, il n’est pas facile d’avoir une équivalence optimale. C’est très difficile à atteindre mais là on y est presque. Il y a eu pas mal de temps perdu en début d’année avec des séances d’essais mises à mal par les intempéries. Laissons le temps au temps ! Si certaines équipes doivent partir, d’autres font la queue pour venir. Il est vrai que l’on a tous tendance à se plaindre quand on ne gagne pas (rires). »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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