Depuis maintenant un quart de siècle, Christophe Bouchut est de toutes les autos et de tous les championnats. On ne compte plus ses faits d’armes tant ses résultats seraient loin de tenir sous une seule page. Rien que cette saison, l’Isérois enchaîne FFSA-GT, Championnat du Monde GT1, Grand-Am et American Le Mans Series. De quoi laisser peu de place aux loisirs… Vainqueur des 24 Heures du Mans 1993 sur une Peugeot 905 officielle, Christophe faisait de plus son come back manceau en prototype, sur l’une des deux Audi R10 du Team Kolles. Durant le meeting FFSA-GT du Val de Vienne, il est revenu longuement avec nous sur ce retour, mais aussi sur son début de saison, le tout sans pratiquer la langue de bois et en signant avec soin et sourire de nombreux autographes, preuve d’une popularité toujours aussi forte.
Laurent Mercier : Christophe, quel bilan dresses-tu de ton retour en prototype ?
Christophe Bouchut : « Très positif malgré l’abandon ! Avant d’arriver au Mans, mon objectif était clair : être performant dans une LMP1 pour préparer l’avenir. Je voulais montrer que ma pointe de vitesse était toujours là malgré le poids des années. Dès le début j’ai dominé mes équipiers qui sont loin d’être des débutants en sport automobile, que ce soit Christijan Albers ou Oliver Jarvis. A chaque séance j’ai montré ma rapidité sans commettre la moindre faute. En qualifications, j’ai mis huit dixièmes au meilleur pilote de l’autre Audi Kolles, sachant qu’en plus j’ai été gêné dans les Virages Porsche. En regardant de plus près la télémétrie, mon temps valait le 9ème chrono. En course, mon meilleur temps était plus rapide que celui effectué en qualifs’, et ce après un relais de trois heures et des pneus en fin de vie. Avant les essais, j’avais fait en tout et pour tout 350 km au volant de la R10, soit presque rien. C’était important de montrer de quoi j’étais capable dans autre chose qu’une GT après le fiasco de 2006 ».
Tu fais référence à la Journée Test avec Pescarolo Sport ?
« Oui et à cette époque, j’en ai pris de tous les côtés. Tout le monde pensait que je n’étais plus performant au volant d’un prototype et personne ne pouvait dire cela tant on m’a mis les bâtons dans les roues. Maintenant, les faits parlent d’eux-mêmes. Je défie quiconque de venir me dire que je n’ai pas ma place dans un prototype. Je redémarre de la plus belle des manières et le nouveau Christophe Bouchut est arrivé (rires). Je suis de retour aux affaires et je compte bien poursuivre en proto. Cette année marque ma 29ème licence et je n’ai pas l’intention de m’arrêter là. Il y a une dizaine d’années, j’ai fait le choix d’aller rouler en GT : c’était le seul moyen de vivre de ma passion car les grosses équipes étaient dans cette catégorie. Les temps changent et c’est maintenant l’inverse ».
Rouler en Formula Le Mans t’a aidé pour une adaptation plus rapide à la R10 TDI ?
« Oui et non car une FLM 09 tourne dans des temps d’une GT3, soit 40 à 50 secondes plus lentement qu’une R10 TDI. Il a fallu s’adapter à la motorisation diesel. Quand tu accélères, tu as une seconde où rien ne répond. Tu te crois arrêté et ensuite cela devient titanesque. Il faut anticiper et avoir une prise de gaz très tôt dans les virages. De plus, le moteur ne prend pas beaucoup de tours minutes et il n’y a aucun bruit. Au début, les diodes s’allument très vite et tu es de suite en surrégime. Au Mans, j’étais le seul à passer le gauche du Virage Porsche à fond complet sans rien lâcher. L’auto est plutôt facile à conduire ».
Tu as déjà des pistes pour l’an prochain ?
« Disons que je travaille déjà pour 2011. Ce projet avec Kolles et l’Audi était ambitieux et nous avons réussi. Kolles n’est pas n’importe qui. J’aspire à quelque chose de diabolique pour l’an prochain. Une chose est sûre, je suis très satisfait d’avoir des projets de plus en plus ambitieux après 25 ans de carrière. Je suis déjà sûr d’avoir une auto de killer ! (rires) »
Dans moins d’une semaine, tu seras au Paul Ricard pour le Championnat du Monde GT1 avec All Inkl ?
« Oui ! J’ai manqué deux courses à cause d’un clash de date avec mon programme américain. J’étais un peu déçu de la prestation de l’auto après Silverstone mais l’équipe a bien travaillé si bien que les résultats de Brno étaient plutôt encourageants. On l’oublie trop souvent mais je roule aussi aux Etats-Unis et nous sommes en tête (ndlr : avec Scott Tucker) du championnat American Le Mans Series sur une FLM09. Là aussi tout se passe bien car nous n’avons pas à rougir par rapport à certains protos bien plus puissants. A Laguna Seca, David Brabham (HPD ARX-01c) a eu bien du mal à me passer, si bien qu’il est venu me féliciter sur le podium après la course. Je vais passer la moitié de l’été outre atlantique et mon planning est des plus chargés car en plus mon fils Romain roule en karting (ndlr : 1er de la seconde épreuve du Championnat Régional Ile de France) et ma fille fait de l’équitation ».
Quid du FFSA-GT avec l’Audi R8 Phoenix/Sainteloc ?
« C’est un peu plus difficile compte tenu d’une balance de performance un peu compliquée car ce qui s’applique dans un championnat national GT3 ne l’est pas forcément dans les autres. Les Audi sont performantes mais un peu trop bridées pour pouvoir jouer la gagne. La voitures est toujours bien réglée mais le GT3 a aussi des côtés politiques que je ne maîtrise pas. C’est anormal que certains pleurent pour obtenir des choses qui sont en plus accordées. Je ne critique pas d’équipe mais juste le système. Au fil des courses, nous voyons bien que la victoire n’est pas jouable. Nous respectons nos engagements mais c’est difficile en piste. Le premier bilan est tout de même positif car l’équipe est jeune. Il manque juste les résultats. Il y a par contre une chose inacceptable, c’est d’avoir rajouté une manche à Magny-Cours pour faire meeting commun avec le Club Porsche. Ce n’est pas normal de proposer des choses comme cela après le début de saison. Les équipes ont signé pour un calendrier, tout comme les pilotes et les partenaires. On nous avait parlé du Nürburgring, de Portimao et maintenant c’est Magny-Cours. Personne n’a été informé et globalement tout le monde est contre. Il y a de fortes probabilités pour que l’équipe n’y soit pas ».
Propos recueillis par Laurent Mercier