Si d’ordinaire la catégorie LMP2 est synonyme d’hécatombe aux 24 Heures du Mans, cette 78ème édition a rétabli la situation avec seulement deux abandons sur douze autos au départ et la première P2 dans le top 5 au scratch ! Avant le départ, on savait déjà que les trois autos équipées du moteur HPD (Honda Performance Development) seraient impossibles à aller chercher à la régulière. « Les Porsche RS Spyder sont parties, mais les « Acura » sont à leur tour au-dessus du lot » nous confiait Guillaume Moreau avant les essais. Les séances qualificatiives donnaient raison au pilote OAK Racing Team Mazda France avec la pole pour la HPD ARX-01c Strakka Racing, devant celle du Highcroft Racing et la Lola/RML elle aussi motorisée par un moteur Honda. Il fallait descendre sept secondes plus loin pour trouver trace du quatrième, en l’occurrence la Ginetta-Zytek Quifel ASM Team toujours pilotée par un excellent Olivier Pla. Sur le papier, on pouvait s’attendre à une course dans la course avec derrière les trois moteurs HPD, le Quifel ASM Team et OAK Racing Team Mazda France avec ses deux Pescarolo-Judd, dont celle de la dream team Lahaye/Moreau/Charouz.
Dès le départ, les deux ARX-01c Strakka Racing (Danny Watts) et Highcroft Racing (David Brabham) prenaient la poudre d’escampette avec en embuscade la Lola/RML de Tommy Erdos. Comme on s’y attendait, les autres concurrents étaient relayés au rang d’outsiders. Cependant, Nick Leventis partait la faute sous safety car pour aller s’ensabler dans un bac. La HPD/Strakka pouvait toutefois reprendre la piste pour rejoindre son stand et perdre un minimum de temps. L’ARX-01c Highcroft Racing n’en demandait pas tant pour prendre la tête peu avant la nuit mais d’incessants problèmes de surchauffe l’ont ensuite obligé à réduire le rythme et à s’arrêter longuement à plusieurs reprises. Ce n’est qu’à dix minutes de l’arrivée qu’elle reprenait la piste pour un dernier tour afin d’être classée, à la 25ème place, soit l’avant dernière de la catégorie. Largement dominatrice en American Le Mans Series, l’équipe américaine de Duncan Dayton débutait dans la Sarthe et la paire Brabham/Pagenaud va maintenant s’atteler à ramener le titre ALMS. Vainqueur en 2009, David Brabham est quelque peu amer : « Tout le monde est déçu de ce résultat mais il faut penser que ce n’était que la première apparition du team au Mans. Nous avons été malheureusement retardé en fin de course, mais le point positif est que l’équipe avait bien préparé l’auto et elle peut maintenant en tirer les conclusions en vue du futur ».
En Europe, c’est le Strakka Racing dirigé par Piers Phillips qui domine la catégorie en Le Mans Series. Dans la Sarthe, la paire Watts/Kane a fait parler la poudre avec un Leventis qui reposait l’auto durant ses relais par rapport à ses coéquipiers nettement au-dessus du lot. L’équipe était déjà venue au Mans sans grand succès (une fois en GT1 et une fois en P1) et cette victoire devrait en appeler d’autres, tant l’auto domine les Le Mans Series. De plus, Strakka Racing termine dans le top 5 au scratch, signe d’une belle rapidité. Nick Leventis, propriétaire du team, a bien précisé à l’arrivée qu’un retour en LMP1 est envisageable à court terme.
Malgré un moteur HPD, RML fait confiance cette saison au châssis Lola, si bien que le trio Wallace/Newton/Erdos avait toutes les cartes en main pour terminer troisième derrière les deux HPD de pointe mais c’était sans compter sur OAK Racing qui se glissa devant la Lola/RML. Malgré les années qui passent, le Brésilien Tommy Erdos a prouvé qu’il fallait de nouveau compter avec lui et que ses chronos sont toujours nettement inférieurs à ceux de ses compères. Déjà sur le podium lors des deux dernières éditions, le team nivernais dirigé par François Sicard pouvait espérer un bon résultat même si la victoire semblait inaccessible. Durant le double tour d’horloge, la n°35 de Lahaye/Moreau/Charouz aura connu une course tranquille avec comme seule alerte un problème électrique. Au final, le trio est à sa place avec cette seconde place, avec un respect total du tableau de marche et six tours de retard à l’arrivée sur la voiture de tête. Si au Castellet les moteurs Judd avaient montré une faiblesse, le motoriste a bien rectifié le tir malgré un manque de chevaux par rapport aux HPD.
La seconde Pescarolo-Judd OAK Racing termine pour sa part au pied du podium, montrant si besoin en était que les gentlemen Nicolet/Hein/Yvon savent allier performance et fiabilité. Si un contact entre Richard Hein et une GT1 n’était pas venu troubler la marche en avant de la n°24 à minuit, l’écart avec le troisième aurait sans doute été nettement réduit. Le Monégasque parvenait toutefois à ramener une auto salement amochée à l’avant. L’équipe technique a parfaitement maîtrisé son sujet si bien que la voiture est vite repartie en piste -une demi-heure plus tard- alors qu’au premier coup d’oeil, l’abandon semblait inévitable. Décidément, le team de Jacques Nicolet prend goût au podium manceau puisqu’il s’agit du troisième d’affilée. Depuis le début de saison, OAK Racing prouve une fois de plus que le niveau est là pour aller en P1 à court terme. Trois courses et trois podiums avec trois places de quatrième pour la seconde auto. François Sicard dresse le bilan sarthois : « Faire un troisième podium consécutif est incroyable pour l’équipe, notamment lorsque l’on sait combien il est difficile de rallier l’arrivée au Mans. Je suis très fier du travail accompli par l’équipe et les pilotes ; nous terminons la course avec les deux voitures dans les dix premiers au classement général. La Pescarolo-Judd a été rapide et fiable. Nous savions qu’il serait impossible de nous battre directement avec les HPD, leur vitesse de pointe est trop importante, et nous avons décidé de nous concentrer sur notre propre course. J’ai demandé aux pilotes de faire attention à la voiture et grâce à la fiabilité de la Pescarolo et du moteur Judd, associés à la performance et la constance des pneus Dunlop, nous avons réussi à obtenir ce superbe résultat ».
Avec sa Ginetta-Zytek 09S, le Team Bruichladdich rentre dans le top 5 avec un équipage mêlant expérience et jeunesse. Après la blessure de Christian Ebbesvik à Spa, Gary Chalandon a rejoint Karim Ojjeh et Tim Greaves. Exceptée une touchette avec l’Aston Martin, le trio a connu une course tranquille, avec la clé une belle cinquième place, ce qui réjouit le rookie Gary Chalandon : « Terminer mes premières 24 Heures du Mans me donne beaucoup d’assurance pour l’avenir. Je me suis prouvé à moi-même que j’étais capable de faire ce qu’il fallait pour disputer la plus grande course du monde ». Mention très bien pour Race Performance, invitée de dernière minute, et qui rallie l’arrivée à la sixième place avec la Radical SR9 confiée à Meichtry/Bruneau/Rostan. L’invitation de dernière minute a porté ses fruits et le team suisse a plus que fait honneur à sa sélection.
Chez Quifel-ASM Team, on a quelque peu raté ses 24 Heures du Mans malgré une seconde ligne au départ. Comme à son habitude, Olivier Pla a fait parler l’expérience au départ mais un problème de transmission durant la nuit a stoppé la bonne dynamique de la n°40, régulièrement dans le tiercé de tête. Les malheurs se sont poursuivis avec une sortie de piste de Miguel Amaral, obligeant l’équipe a travaillé durant deux heures avant de remettre l’auto en piste. Au final, Pla/Amaral/Hughes terminent septième en LMP2. « C’est toujours bien de finir Le Mans » avoue Olivier Pla. « Nous avions le potentiel pour viser le podium. C’est par conséquent une déception. Passer sous le drapeau à damiers est tout de même une belle récompense pour l’équipe, qui a fait du très bon travail. Désormais, nous sommes tournés vers la deuxième partie des Le Mans Series ».
Pour son retour au Mans, WR n’a pas failli avec le passage sous le drapeau à damiers de la WR-Zytek de S.Salini/P.Salini/Gommendy. Le team a de quoi nourrir de bons espoirs pour la suite de la saison Le Mans Series. Précisons que l’équipe a remporté le Prix ESCRA, récompensant la meilleure assistance technique (David Courvoisier, Thibault Dejardin, Jean-Christophe Souvestre, Julien Hervé) Dernière LMP2 classée, la Lola/KSM a tout de même rallier l’arrivée malgré quelques escapades hors piste. Elles n’ont donc été que deux à abdiquer lors de cette 78ème édition, à savoir la Lola/Racing Box suite à un problème de suspension et la Norma-Judd pour un souci de boîte de vitesses. Dommage pour les débuts de la Norma MP200, harponnée par la Spyker en fin d’après-midi. Avec un arrière droit bien abîmé, l’équipe a tenté tant bien que mal de réparer pour jeter l’éponge (boîte de vitesses). Une chose est sûre, l’auto est bien née et on ne peut que souhaiter la revoir cette année.
Avec l’apparition l’an prochain du LMP2 « low cost », souhaitons que la fiabilité soit de nouveau au rendez-vous et que les équipes qui ont fait leur preuve dans la catégorie depuis plusieurs saisons passent vite à l’échelon supérieur… En attendant, les LMP2 ont été les grandes animatrices du Micheli Green X Challenge avec une véritable razzia des premières places.
Laurent Mercier