Après Bruno Famin, nous vous proposons l’avis d’un autre Directeur Technique, celui du Team ORECA. David Floury nous livre ses sentiments sur les grandes lignes du règlement 2011 dévoilées par l’ACO ce jeudi. Des LMP1 2010 autorisés à courir l’an prochain à l’hybride…
David, comment accueilles-tu la décision prise par l’ACO d’accepter l’an prochain les LMP1 2010 ?
« Il y a deux façons de voir les choses. C’est positif compte tenu du contexte actuel : cela permet à certains teams continuer à rouler avec le matériel existant. D’un autre côté, c’est une équivalence de plus à gérer : il faudra trouver un équilibre entre les LMP1 2011, qu’elles soient Essence, Diesel, Hybride-Essence, Hybride-Diesel, et les LMP1 2010, Essence et Diesel. Ce sera compliqué. Mais je le répète, compte tenu de la situation, ce n’est pas idiot. »
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Cette situation n’est-elle pas compliquée pour les concurrents qui ont prévu de construire un nouveau prototype ?
« Je suppose que l’équivalence sera faite pour les favoriser. J’imagine qu’il y aura une prime à l’investissement, comme cela avait été le cas en 2005, avec les hybrides et les LMP900 à l’époque du changement de règlement. »
N’est-ce pas difficile de voir un règlement repoussé année après année, et finalement toujours pas appliqué à tout le monde en 2011 ?
« Les choses ont beaucoup évolué. Le concept de base du nouveau règlement était de se rapprocher de véhicules du type GTP. Finalement, on va vers un concept plus technologique, dans le sens de ce qui se fait sur la route : la réduction de cylindrée des moteurs.
« L’approche de l’ACO a été de discuter avec différents concurrents ou constructeurs et il est difficile de faire la synthèse. Au début, on parlait du passage de GM en prototype, GM qui était intéressé par un GTP moins couteux qui proposait une filiation avec les modèles routiers. A l’inverse, Audi et Peugeot semblent plus intéressés par l’aspect technologique. »
Que penses-tu des grandes lignes de la réglementation hybride ?
« C’est bien d’avoir ouvert le règlement à cette technologie. C’est nécessaire. Je pense qu’il est même nécessaire d’aller plus loin. Il y a une réunion prévu pour le règlement de l’horizon 2014/2015 et à terme, je pense que l’objectif pourrait être d’avoir une quantité d’énergie pour chaque concurrent pour parcourir la distance. Le concurrent le plus efficace, celui qui obtiendrait le meilleur rendement, serait récompensé.
« En assurant la promotion des nouvelles technologies, Le Mans retrouvera la place qui était la sienne dans les années 1950 ou 1960. Le Mans était à l’origine d’évolutions pour la route et je trouve que l’épreuve a perdu un peu ce rôle dans les dernières années. »
Quel est ton avis sur les quelques modifications apportées ? Le fait de pouvoir choisir l’essieu sur lequel sera restitué l’énergie, le fait de pouvoir avoir un système mécanique pour stocker l’énergie…
« Je ne partage pas forcément tous les points. Si on lit entre les lignes, on voit ce que les uns et les autres ont demandé. On autorise aussi les quatre roues motrices, ce qui signifie une équivalence supplémentaire. Indirectement, je pense que ça va permettre aussi le contrôle de traction. L’hybride peut devenir un alibi pour des fonctions électroniques, qui vont permettre d’améliorer le comportement en piste de l’auto. Et ces systèmes sont très couteux. »
Un mot à ajouter ?
« C’est dommage d’incorporer seulement les voitures capables de faire 400 mètres à 60km/h en considérant uniquement comme hybride une voiture qui possède un système de stockage. Il y a d’autres solutions intéressantes pour récupérer de l’énergie, que ce soit au niveau des échappements ou du refroidissement. »
Propos recueillis par Anthony Megevand


