FIA GT Series

Quels enseignements à tirer après trois courses ?

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Après trois meetings, il convient de dresser un premier constat du Championnat du Monde GT1, et ce avant la pause consacrée aux 24 Heures du Mans. Quels sont les enseignements à tirer de ces trois premières manches ? Malgré ce que certains observateurs veulent bien dire, aucune GT1 ne se démarque réellement du lot et il convient de faire un état des lieux des différentes équipes. Avec deux victoires en trois courses, Matech Competition est l’équipe en forme de ce début de saison, même si seule la paire Grosjean/Mutsch est en pointe. Dès Abu Dhabi, l’équipe de Martin Bartek a perdu une auto suite à la sortie de Natacha Gachnang aux essais. La seconde Ford GT n’est revenue qu’à Brno avec l’équipage féminin Frey/Allemann, sans toutefois pouvoir espérer un bon résultat. Dominatrice à Abu Dhabi, inexistante à Silverstone, la n°5 a pour sa part bien négocié le meeting tchèque avec une course Qualificative dans le top 6 et une course de Championnat qui s’est terminée par une victoire. Si la GT américaine était carrément au-dessus du lot dans les Emirats, le team suisse a construit sa victoire tchèque dans les stands avec un ravitaillement sans faille, là où ses adversaires directs ont quelque peu cafouillé. Sur les quatre Ford GT engagées, une seule sort du lot pour le moment puisque le Marc VDS Racing Team n’a pas été épargné par les ennuis depuis le début de saison et cela s’est de nouveau confirmé en terre tchèque avec un Bas Leinders poussé hors piste par un Margaritis au pilotage encore un peu trop typé DTM. Heureusement, l’équipe managée par Jean-Michel Delporte a bien réussi son entrée en Le Mans series avec une victoire aux 1000 de Spa. Les deux teams ne vont pas pouvoir se ressourcer longtemps avec une présence aux 24 Heures du Mans.

 

Si une seule Ford GT est en pointe, la donne est totalement différente du côté de Aston Martin avec trois DB9 sur quatre dans le coup. Chez HEXIS Racing AMR, on a prouvé que l’équipe a largement le niveau pour rouler au plus haut niveau et que l’expérience acquise en Championnat d’Europe GT3 a servi. Comme on pouvait s’y attendre, Fred Makowiecki est le leader incontesté et incontestable du team et on se demande même encore pourquoi aucune équipe d’usine n’a encore pensé à faire appel à ses services, tant sa faculté d’adaptation aux différentes catégories GT est rapide. Cependant, il doit composer avec des coéquipiers différents au fil des meetings et un Jean-Denis Deletraz qui répond aux abonnés absents. Le renfort de Stéphane Sarrazin en Tchéquie n’a toutefois pas permis de poursuivre sur la dynamique de Silverstone. La voiture sœur est loin d’être en retrait, avec un équipage débutant en GT1 qui tient parfaitement son rang avec Clivio Piccione et Jonathan Hirschi. Rapides et fiables, les deux « jeunots » du GT1 ont certainement encore une belle marge de  progression mais il y a fort à parier qu’on les retrouvent sur le podium avant la fin de saison. Chez Young Driver AMR, on alterne le bon et le moins bon. Si Enge/Turner répondent présents, on ne peut pas en dire de même pour Mücke/Nygaard dont on ne compte plus les crevaisons ou les problèmes moteur. Dommage toutefois qu’un problème réglementaire n’ait privé Enge/Turner d’une victoire au Tourist Trophy. Sur ses terres de Brno, Tomas Enge avait de quoi ravir ses très nombreux fans mais une mauvaise appréciation de la procédure de départ l’en a empêché.

 

Que dire des Corvette C6.R, si ce n’est qu’elles sont d’ordinaire fiables ? Mis à part le coup d’éclat de Zuber/Hennerici à Abu Dhabi, les C6.R sont depuis, nettement rentrées dans le rang. Pourtant on connaît le sérieux des équipes qui les font rouler à savoir Phoenix/Carsport, DKR Engineering et SRT. En proie à diverses casses moteur en début de saison avec un boîtier électronique unique qui ne semble pas aimer les C6.R, les Chevy n’ont depuis guère brillé avec des équipages qui changent au gré des courses, et ce dans les différents teams. On pouvait espérer un bon résultat de Maassen/Hezemans (Mad Croc Racing) à Brno mais un ravitaillement trop long les a privés de toute chance de podium. Pas mieux du côté de la seconde Corvette/Mad Croc qui est pour le moment scotchée dans le ventre mou du peloton, sans que Oliver Gavin et Mika Salo ne puissent y faire quelque chose. Après un meeting arabe encourageant, on pouvait nourrir de gros espoirs de Phoenix/Carsport mais un week-end calamiteux à Silverstone avec l’incendie d’une auto, a hypothéqué les envies de titre. Dommage car l’association Zuber/Hennerici vue à Yas Marina avait de quoi séduire. On en est déjà à 12 pilotes différents sur les quatre C6.R. Si Phoenix/Carsport va pouvoir se préparer sereinement pour le Paul Ricard HTTT, il n’en sera pas de même pour Mad Croc Racing où ses deux autos seront engagées au Mans sous la bannière Luc Alphand Aventures.

 

Après ses nombreux titres, Vitaphone Racing pouvait craindre cette saison 2010 avec ce label Championnat du Monde. Pourtant, Michael Bartels et son équipe sont bien là, même s’ils n’ont encore rien remporté. Pourtant, avec deux Maserati MC12 en première ligne à Brno sur un tracé où il est difficile de dépasser, on pouvait s’attendre à un cavaler seul des GT italiennes. C’était sans compter sur une pénalité pour une violation de la procédure de départ qui a anéanti tout risque de victoire de la n°1. Michael Bartels devait s’exécuter mais le champion en titre ne parvenait pas à faire mieux que cinquième, synonyme tout de même de quelques points supplémentaires. Cela ne veut pas dire que tout espoir de titre s’est envolé car on connaît le sérieux et la rigueur du team allemand. Les années passées, ils se sont souvent contentés de jouer placés pour finalement rafler la couronne en fin de saison. Sur la n°2, Enrique Bernoldi fait le gros du travail, le Brésilien ne rechignant pas à se cracher dans les mains pour suiivre les hommes de tête. Pour l’anecdote, on regrettera les propos (même avec le sourire) de son équipier à Brno, qui en conférence de presse de la course Qualificative, a ironiquement demandé à Tomas Enge de ne pas le sortir en course de Championnat. Chacun appréciera… Chez Triple H Hegersport, on continue l’apprentissage du championnat avec 28 points marqués et la quatrième place de Bobbi/Longin à Silverstone en guise de meilleur résultat. Tout le monde sait bel et bien que Triple H est très proche de Vitaphone Racing et il suffit de voir les structures pour s’en convaincre. Dans les deux équipages, on a deux pilotes un peu virulents que leurs coéquipiers, à savoir Matteo Bobbi et Alex Margaritis. En piste, les deux pilotes n’hésitent pas à aller à la lutte, alors que Bert Longin et Altfrid Heger font preuve de plus de sagesse.

 

Après une année d’apprentissage, on pensait que la Nissan GT-R serait l’auto à battre. Inexistantes à Abu Dhabi compte tenu d’une balance de performance désavantageuse, les quatre Nissan s’étaient alors battues entre elles, faisant penser à une GT-R Cup. En partant des Emirats Arabes, quelques bruits ont couru comme quoi Nissan pourrait faire l’impasse sur Silverstone si la fameuse balance de performance n’était pas revue. Dont acte avec une belle victoire (sur tapis vert) au Tourist Trophy pour le Sumo Power GT et le duo Campbell-Walter/Hughes, alors que Krumm/Dumbreck abandonnaient. En Tchéquie, c’est l’inverse qui s’est produit avec les derniers cités sur la troisième marche du podium et l’abandon de leurs compères d’équipe. Pour sa première saison en compétition, Sumo Power GT est dans le coup, ce qui n’est pas encore le cas de Swiss Racing Team. Sur le papier, tout était réuni pour faire de l’équipe de Othmar Welti un sérieux prétendant pour le titre. Avec Karl Wendlinger en chef de file, on attendait mieux après les trois courses. Peu à son aise l’an passé, l’Autrichien comptait rebondir cette année mais il faudra encore attendre un peu. Aussi bien Wendlinger/Moser que Ara/Nilsson n’ont jamais pu rivaliser avec les GT1 de tête. Les deux Nissan étaient éliminées dès la Q1 à Silverstone alors qu’une seule n’allait en Q2 à Brno. Le team nous avait prévenu en début de saison que ce serait dur jusqu’au meeting tchèque, et ce par manque d’essais avec les autos. Souhaitons que la trêve avant le Paul Ricard soit bénéfique au Swiss Racing Team.

 

Reste le cas des Lamborghini Murcielago ! En chef d’orchestre des équipages Reiter Engineering, Peter Kox n’a pas encore pu exploiter pleinement le potentiel de l’auto en course, le Néerlandais étant même absent des courses de Brno suite à une sortie aux essais qualificatifs. Le team allemand pointe 7ème du championnat. Dommage car l’équipage Zonta/Daniel était en verve à Abu Dhabi mais on ne devrait pas les revoir avant Interlagos. A Silverstone, c’est Menten/Kechele qui ont hérité de la dernière marche du podium, les deux pilotes faisant une course parfaite avec un Kechele débutant dans la catégorie, mais pas le moins actif en piste. Il en a été tout autre à Brno avec un Reiter Engineering totalement à côté. C’est All Inkl qui a d’ailleurs pris la relève en Tchéquie avec Pastorelli/Schwager qui se sont battus comme des beaux diables avec une Murcielago revigorée pour finalement repartir avec six points.

 

Bref, le Championnat du Monde GT1 prend de la hauteur petit à petit avec une balance de performance qui commence à ressembler à quelque chose, sauf que des équipes ont perdu de gros points en vue du championnat. Oui il fallait apprendre et ajuster mais allez expliquer cela aux partenaires des équipes… Pour le moment, les équipes répondent présents et on ne peut présager de rien. Le travail du promoteur est de fidéliser les équipes et le reste viendra, dixit Stéphane Ratel lui-même. Les structures présentes n’ont rien à envier aux standards des séries bien plus anciennes. Reste aussi l’épineux problème de la médiatisation du championnat. Sur les trois premiers meetings, c’est à chaque fois plus de 10 000 personnes qui se sont déplacées (preuve que le GT fait recette) et comme on dit, les absents ont toujours tort…

 

Une chose est acquise, Stéphane Ratel a réussi son pari sportif comme il nous l’a longuement expliqué, n’en déplaisent à ses détracteurs qui feraient mieux de venir sur les meetings plutôt que de gémir. Avec trois GT1 en une seconde à l’arrivée à Brno, représentant en plus trois marques différentes, le World Championship GT1 est bien lancé et place maintenant aux 24 Heures du Mans pour les quelques équipes sélectionnées. On entend déjà dire que les GT2 de pointe vont tourner dans des temps similaires aux GT1 mais n’oublions pas que les GT1 sont en configuration 2010 et les GT2 restées en 2009. Rendez-vous ensuite début juillet au Paul Ricard HTTT pour le quatrième round…

 

Au classement Equipes, Vitaphone Racing mène le championnat avec 60 points, soit quatre longueurs de plus que Matech Competition. Trois teams sont ensuite groupés en trois points avec HEXIS Racing AMR qui compte 46 points, Phoenix/Carsport, 45 points et Sumo Power GT, 44. Young Driver AMR est déjà relégué à dix unités. Suivent Reiter Engineering (29), Triple H hegersport (28), All Inkl (6), Marc VDS Racing Team (5), Swiss Racing Team (3) et Mad-Croc Racing (1).

 

Laurent Mercier

 

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