Avec deux victoires en trois courses il est peu de dire que Romain Grosjean a réussi sans le moindre problème son examen de passage en GT. Confirmé quelques jours seulement avant le meeting inaugural d’Abu Dhabi, le Franco-suisse avait découvert sa Ford GT directement à Yas Marina, d’où il était reparti avec la victoire en compagnie de Thomas Musch. Changement de programme quinze jours plus tard à Silverstone avec la Ford GT Matech Competition qui ne parvenait pas à aller plus loin que le premier virage, Romain se faisant harponner par un autre concurrent au départ. C’est donc l’esprit un peu revanchard qu’il est arrivé en République Tchèque sur un circuit qu’il découvrait. Avant de faire ses débuts aux 24 Heures du Mans dans moins de deux semaines, Romain est revenu avec nous sur ses débuts en GT1 ainsi que sur son prochain objectif.
Laurent Mercier : Avec deux victoires en trois courses, tu es pleinement satisfait de tes débuts en GT ?
Romain Grosjean : « On le serait à moins (rires). Après la victoire à Abu Dhabi, il fallait confirmer, ce qui n’a pas été le cas à Silverstone. INous devions rectifier le tir à Brno pour garder le leadership au championnat. La voiture était bien réglée mais nous manquons toujours un peu de puissance. Dans la course Qualificative, j’étais un peu frustré de devoir rester bloquer plus de la moitié de la course derrière une Corvette. Nous sommes partis dixième pour finalement terminer sixième. C’est moi qui ait pris le départ de la course de Championnat et elle aurait bien pu s’arrêter dès le premier virage suite à un contact avec une Aston Martin. Par chance, la Ford GT est une auto très solide et j’ai pu poursuivre. L’équipe a fait un super ravitaillement et Thomas est reparti en tête pour ne plus la lâcher jusqu’à l’arrivée. L’écart avec ses deux poursuivants n’est quasiment jamais monté au-dessus de la seconde mais il a parfaitement contrôlé la situation. Avec cette seconde victoire, nous restons en tête du championnat ».
Selon toi la balance de performance est bonne après trois meetings ?
« Il suffit de voir les écarts à l’arrivée pour s’en convaincre avec un top trois dans la même seconde. Comme je l’ai dit précédemment, nous manquons encore un peu de puissance mais nous sommes contents. Pour le moment, une seule Ford GT parvient à se détacher des trois autres au classement ».
Quel regard portes-tu sur le championnat ?
« Une chose est sûre, il est difficile de s’y faire une place. Sur le papier, il n’a que des atouts : équipes bien préparées, pilotes professionnels et une organisation sans faille. Toutes les clés sont réunies pour un avenir sous de bons auspices. Les circuits empruntés me plaisent bien. C’était ma première visite à Brno et j’ai bien aimé le circuit. En montagnard, j’aime les dénivelés et tout ce qui est dans les bois. Pour une première année, le Championnat du Monde est au niveau où il doit être. L’ambiance est bonne et je prends du plaisir à rouler. Mon but est de toujours rouler et de ne pas me faire oublier. Mon objectif numéro un reste un retour en Formule 1 ».
Dans peu de temps, tu vas t’attaquer à un autre monstre du sport automobile, à savoir les 24 Heures du Mans. C’était un rêve pour toi ?
« Disons qu’il y a quelques épreuves à laquelle j’ai toujours voulu participer et Le Mans en fait partie. Je compte bien aussi à l’avenir prendre part à un Dakar et un Rallye de Monte Carlo. Comme tout montagnard qui se respecte, le Trophée Andros m’a toujours attiré et j’y ai fait mes débuts l’hiver dernier et je compte bien rempiler en fin d’année. Pour en revenir au Mans, cela fait vraiment un plus sur un CV. A l’origine, je devais rouler sur un prototype mais cela n’a finalement pas pu se faire. J’ai su que j’allais rouler le lendemain des 1000 km de Spa car Martin Bartek a eu la confirmation que sa seconde Ford GT était engagée. De toute façon, cette année j’avais envie d’y aller, que ce soit en spectateur ou en pilote. J’ai toujours eu envie d’aller faire une barbecue dans les Hunaudières (rires). Le Mans, c’est quelque chose de monstrueux qu’il faut apprivoiser avec respect. C’est aussi une belle fête populaire ».
Quel sera ton objectif dans la Sarthe ?
« Gagner la catégorie ! Je sais que nous avons tous les atouts pour le faire, même si l’équipe et les trois pilotes découvriront la course. Rouler avec une Ford GT au Mans revêt un symbole historique. Même si je regarde du côté de la Formule 1, rouler en endurance n’a rien de réducteur et je prends beaucoup de plaisir. Pour moi, la F1 reste l’objectif prioritaire mais la seconde option serait de rouler en prototype ou en DTM. J’aime faire des choses différentes et avec quatre roues et un volant je m’amuse. Si une opportunité se présente pour rouler sur un proto cette année en Le Mans Series, je ne dirai pas non. Vu que j’avais l’option F1, je m’y suis pris un peu tard pour arriver dans une autre catégorie ».
Pour en revenir à la Ford, tu as été surpris de ta faculté d’adaptation ?
« Je partais l’esprit ouvert et sans aucune appréhension. La Ford GT est plus grosse et plus lourde qu’une monoplace, avec une puissance inférieure. Je n’ai rien changé à mon pilotage et la Ford se pilote un peu comme une monoplace. C’est une auto plaisante et de toute façon quand tu es dans le baquet d’anbsune voiture de course, le but est de freiner le plus tard possible. Je me dis que si en fin de saison nous sommes champions du monde, nous aurons réussi un sacré coup et peu de pilotes peuvent se targuer d’avoir décroché un titre de Champion du Monde ».
Propos recueillis par Laurent Mercier