C’est en leader du championnat que Romain Grosjean et Thomas Mutsch arrivent à Silverstone pour la seconde manche du Championnat du Monde GT1. Après une magnifique victoire à Abu Dhabi, le duo de la Ford GT Matech Competition compte bien renouveler le même exploit. C’est également l’avis de Martin Bartek, Directeur du Team. Durant près de deux heures, Martin est revenu avec nous sur le meeting de Yas Marina, les débuts de l’aventure Matech, sans oublier les 24 Heures du Mans qui se profilent à l’horizon.
Laurent Mercier : Martin, tout d’abord comment va Natacha suite à son accident de Abu Dhabi ?
Martin Bartek : « Elle a fait beaucoup de progrès depuis qu’elle est rentrée chez elle en Suisse. Son accident a été terrible et elle aurait pu se faire encore plus mal. Sa rééducation se poursuit. Heureusement, la bonne sécurité de l’auto et du circuit ont amorti le choc. Une chose est sûre, Natacha est ultra motivée pour revenir le plus vite possible. Pour le moment, nous n’avons rien changé pour Le Mans où elle doit faire partie de l’équipage. Le châssis de l’auto est complètement détruit. Nous aurons bien la seconde auto pour les 1000 Km de Spa dans une semaine. En Championnat du Monde GT1, Rahel (Frey) roulera avec Cyndie (Allemann) dès le prochain meeting de Brno ».
Vous avez surpris du potentiel de l’auto à Abu Dhabi ?
« J’ai surtout été surpris d’avoir été aussi bien d’entrée. Nous espérions faire de bons résultats mais gagner la course de Championnat a été pour nous une grande satisfaction. Surtout qu’après l’accident de Natacha, toute l’équipe était un peu dépitée. Avoir Romain dans l’équipe est aussi un gros atout. Sa rapidité a bluffé tout le monde. Il suffit de voir ses acquisitions pour se rendre compte qu’il maîtrise parfaitement l’auto. Dans chaque virage, il n’a aucune correction de trajectoire. Il a le tracé et la trajectoire imprimés dans sa tête. Il n’avait pas piloté la Ford avant les essais libres et il a de suite été dans le coup. Nous comptons bien décrocher un résultat similaire ici car je pense que Silverstone convient bien à la Ford, même si personne ne connaît le nouveau tracé. Avec les Ford GT « GT3 », nous avons toujours bien réussi ».
Le modèle 2010 est entièrement différent de celui de l’année passée ?
« Matech Competition est un team privé avec des moyens limités. La Ford GT GT1 est née en deux mois et notre but était d’apprendre au contact des GT1 anciennes génération. En 2009, nous avons roulé avec une simple extrapolation du modèle GT3. L’aéro de l’auto n’était pas bonne et toutes les pièces étaient directement faites sur l’auto. Nous avons tout de même énormément appris. La version 2009 était sous-motorisée et seul le châssis était vraiment extraordinaire. Toute l’équipe technique a accumulé un maximum d’informations. L’été dernier, trois ingénieurs ont travaillé d’arrache pied durant deux mois. Au final cela aura duré un mois de plus car ils en faisaient tous les jours un peu plus. A un moment il fallait arrêter les recherches car cela ne servait à rien de pousser le développement au maximum car il ne faut pas oublier qu’il y a une balance de performance. A l’automne, les moules ont été produits d’après tout le travail fait par ordinateur. Tout ceci n’aurait pu être possible sans le travail aéro de Enrique Scalabroni, qui a entre autres travaillé pour Ferrari F1. Les moteurs viennent quant à eux directement de chez Roush. Notre nouvelle auto est bien au niveau du Cx et nous avons fait divers tests en soufflerie ainsi que des tests CFD pour analyser les fluides aéro ».
Pourquoi avoir choisi la Ford GT ? Un coup de cœur pour l’auto ?
« Cela s’est fait au gré des rencontres. Je suis arrivé assez tardivement en sport automobile. Mes débuts remontent à 2002 où je roulais en Club Europa. J’ai fait cela durant plusieurs saisons, notamment avec une Porsche 996 GT3-RS ex-Freisinger Motorsport. En 2005, j’ai rencontré Philippe Tillie par le biais d’amis communs. Il avait l’idée de développer une Ford GT pour la compétition et je me suis rapproché de lui. Au final, j’ai racheté le projet. Lors d’un dîner, j’en ai parlé à Stéphane Ratel, qui a de suite été séduit. De fil en aiguille, tout s’est ensuite enchaîné et en novembre 2006, nous avons débuté l’homologation de l’auto ».
Ford s’est associé au projet ?
« En fait, deux mois plus tard, Ford a fait pression auprès de la FIA pour faire avorter le projet. Ils ont eu peur que je détruise le mythe. J’ai donc mis le projet en stand by deux mois car je ne m’étais pas posé la question de savoir ce que pourrait en penser Ford. Finalement, Ford a été débouté et entre temps, Ford Racing a lancé le programme d’une Mustang GT3. Les deux GT3 ont débuté ici même en 2007. Romain Bera a fait le pole au volant de la GT alors que la Mustang était à dix secondes. Le constructeur américain a alors pris conscience qu’il n’était pas évident de développer une auto compétitive. Il aura fallu attendre deux meetings supplémentaires pour que le dialogue se noue réellement entre nous. J’ai alors rencontré les dirigeants à Détroit avec en prime trois mois de négociation. J’ai trouvé avec eux un accord pour avoir des coques nues et nous avons repris en échange le programme Mustang. Depuis, nos relations sont bonnes, même si elles sont purement commerciales ».
Vous ne recevez donc pas d’aide technique ou financière ?
« Nous n’avons aucune aide financière. Nous avons eu le droit d’utiliser durant quelques heures la soufflerie de Ford à Cologne et un accès aux données de CAD de l’auto. Nous avons également bénéficié de l’équipement de simulation CFD. Tout ce que je veux chez Ford, je le paie. La coque vient de chez eux et le moteur de chez Roush. Pour le reste, tout est fait en Europe. Je pense qu’à l’origine, ils ont eu peur que quelqu’un dénature l’image de la Ford GT. Leur stratégie interne est totalement basée sur le rallye avec le WRC ».
Dans un second article, nous aborderons les débuts en Le Mans Series, les 24 Heures du Mans et l’avenir du team.
Propos recueillis par Laurent Mercier