European Le Mans Series

Essais officiels : Quels enseignements en protos ?

thumbnail
0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Certes, il n’y avait « que » 27 voitures en piste, soit un peu plus de la moitié du plateau attendu cette saison. Certes, Pescarolo Sport et les Audi R10 du Team Kolles n’étaient pas de la partie. Certes, les concurrents n’étaient pas tous dans la même configuration et les tests ne donnent pas lieu à des vérifications techniques. Mais les Essais officiels des Le Mans Series ont livré un certain nombre d’indices sur les différents protagonistes. Voici donc quelques uns des enseignements que nous pouvons en tirer.

 

Avec une surprise nommée Bruno Senna et en monopolisant la première place lors de chacune des séances, le Team ORECA-Matmut a été sous le feu des projecteurs. Le règlement 2009 étant établi pour réduire les performances et la Courage-Oreca étant le seul prototype à évoluer avec un aileron 2008, la logique voulait que cette dernière pointe en haut de la feuille des temps. Le raisonnement est simple, tellement simple qu’il est probablement erroné. Car il s’agit bien là du principal enseignement de ce Test Day : les voitures n’iront pas forcément moins vite en 2009 !

 

Voici deux exemples qui concernent les protos :
-La Lola-Aston Martin, alors engagée par le Charouz Racing avait réalisé son meilleur tour en 1.42.105. Désormais alignée par Speedy/Sebah, la B08/60 a tourné en 1.42.147
-La Porsche RS Spyder du Van Merksteijn Motorsport avait établi le meilleur chrono en LMP2 en 1.43.829. Douze mois plus tard, Olivier Pla a été plus rapide, en 1.43.355.

 

Lola Speedy/SebahDans le premier cas, il convient de préciser que la Lola-Aston Martin a certainement beaucoup évolué depuis mars 2008. Il semblerait donc que les améliorations apportées à la B08/60 arrivent à compenser, au moins en partie, la perte de performance supposée du petit aileron. Cela étant, le Speedy Racing/Team Sebah découvrait sa monture, tout comme les pilotes. Il existe ainsi une certaine marge de progression pour l’équipe suisse.

 

Dans le second cas, la comparaison est moins délicate. En 2008, le Van Merksteijn Motorsport découvrait sa monture, tout comme Quifel-ASM cette année. La Porsche RS Spyder étant en revanche une voiture déjà éprouvée ; à l’inverse, la Ginetta-Zytek n’est encore qu’au début de son développement. Cette 09S a également des brides 5% plus petites. Là aussi, le travail effectué par Zytek durant l’hiver semble porter ses fruits… et compenser la réduction de la largeur d’aileron.

 

Revenons-en aux chronos qui, quoi qu’il arrive, sont difficiles à interpréter. Qu’Oreca ait réalisé le meilleur temps n’est pas le plus important. D’ailleurs l’équipe varoise avait clairement précisé ses objectifs : développement et fiabilité. C’est ce qui explique le choix de rouler avec l’aileron 2008 : les hommes d’Hugues de Chaunac voulaient avoir un point de référence pour juger des progrès effectués grâce aux évolutions mécaniques : nouvelle suspension, freins, moteur etc. De ce point vue, Oreca a semble-t-il atteint son objectif : les pilotes ont souligné unanimement le meilleur comportement de la Courage-Oreca, notamment dans les courbes.

 

Bruno Senna and Stéphane OrtelliL’autre souhait du team était de valider la fiabilité. La simulation longue durée, entrecoupée de plusieurs pauses compte tenu des horaires d’essais, a été positive dixit David Floury, le Directeur Technique. La Courage-Oreca n°10 a connu deux problèmes « mineurs » et un arrêt plus long suite à la poussette d’une GT1. S’il faudra vérifier la fiabilité sur un véritable test de 24 heures, Oreca semble en avance par rapport à l’an dernier. Reste à voir les progrès qui seront effectués via la nouvelle aéro.
Du côté des pilotes, on notera les bons débuts de Bruno Senna. Le Brésilien s’est rapidement adapté, avec des chronos intéressants et une bonne intégration au sein de l’équipe, en témoigne sa participation à la mise au point.

 

Aston Martin LMP1

Face à Oreca, Aston Martin était particulièrement attendu avec les premiers tours de sa LMP1. Le bilan est finalement relativement mitigé pour la firme britannique. Les débuts ont été prometteurs pour la n°007. Certes, elle a connu quelques petits ennuis mécaniques, mais quoi de plus normal pour une voiture qui n’avait fait qu’un roll-out avant se rendre au Castellet. Stefan Mücke se disait même agréablement surpris par le comportement de l’auto. Cette bonne impression ne s’est pas confirmée sur la feuille des temps. De deux choses l’une : soir AMR cache son jeu, comme l’an dernier, soit les modifications apportées pour convenir aux exigences du service marketing ne sont pas si bénéfiques que cela. Difficile de se prononcer pour cette voiture, sortie violemment de la piste dans l’après-midi. Heureusement, Tomáš Enge s’en sort sans bobo, mais le châssis, lui, est endommagé, les fixations des triangles de suspension ayant été arrachés.

 

Que la n°009 soit en retrait, cela paraît relativement logique. Contrairement à sa jumelle, elle n’avait pas parcouru le moindre mètre avant les Essais Officiels. Elle devait donc effectuer un véritable shakedown, tout en sachant que les pilotes découvraient la voiture, contrairement à Mücke/Charouz/Enge qui connaissaient sur le bout des doigts la Lola-Aston Martin 2008. Au-delà de la performance et de la fiabilité – après tout, la voiture n’en est qu’au début de son développement – c’est peut-être bien le comportement de l’auto qui est plus inquiétant. La n°007 et la n°009 ont multiplié les tête-à-queue, l’Aston Martin n’étant pas un modèle de stabilité. De manière plus générale, l’évolution apportée à la Lola B08/60 n’est pas si radicale que cela. Le souci du détail n’est pas encore au niveau d’Audi et de Peugeot…

 

Finalement, et c’est un peu paradoxal, il ne faut pas se tourner vers AMR pour trouver le meilleur représentant du clan Aston Martin. La Lola B08/60 du Speedy Racing/Team Sebah a devancé les deux LMP1 officielles. Voilà qui doit faire sourire Lola… Pour Speedy-Sebah, les tests ont été synonymes de satisfactions. L’équipe suisse n’avait pas encore roulé avec sa nouvelle monture et elle se hisse au deuxième rang de la hiérarchie, le premier parmi les voitures en configuration 2009. L’auto a parcouru un certain nombre de kilomètres et les pilotes ont ainsi pu prendre leurs marques. Il s’agissait d’ailleurs de l’objectif principal de la séance. Outre ce niveau de performance prometteur et une vitesse de pointe remarquable (341 km/h), la bonne nouvelle se nomme Neel Jani. Le pilote helvète découvrait la catégorie reine de l’endurance, son expérience en prototype se limitant à un test avec une Porsche RS Spyder. Neel Jani a réussi son adaptation, se montrant particulièrement performant. Son approche, très minutieuse, a également impressionné. Voilà qui est intéressant : il faudra compter sur la n°13, même si on peut d’ores et déjà regretter que Neel Jani ne dispute que Le Mans…

 

Team SignatureL’autre « surprise » est venue du Team Signature. L’équipe basée à Bourges, qui menait son premier véritable test avec la Courage-Oreca, s’est offert le luxe de devancer une des deux LC70 officielles. Pourtant, le but avoué de Pierre Ragues et Franck Mailleux était bien d’emmagasiner de l’expérience. De ce point de vue, nul doute que les deux hommes ont rempli leur mission, avec un nombre important de kilomètres parcourus. Le chrono établi est lui aussi intéressant. La cerise sur le gâteau comme on dit. Si le LM P1 s’annonce particulièrement relevé, le tandem Ragues/Mailleux pourrait tirer son épingle du jeu, notamment en début de saison. Pendant que les ténors prépareront Le Mans avec des nouveautés à valider, le tandem pourra compter sur un package éprouvé.

 

Dernière LMP1 en piste, la Ginetta-Zytek du Strakka Racing ferme la marche. Sans grande surprise serait-on tenté de dire. L’équipage est certainement le moins homogène de la catégorie reine, seul Danny Watts étant un pilote de pointe. Le Britannique a signé quelques très bons chronos avant de laisser du temps de roulage à ses deux partenaires. Au terme de ces deux jours d’essais, marqués par des vibrations le lundi, la 09S LMP1 s’est classée derrière sa petite sœur. Dommage pour une voiture qui a affiché un beau potentiel lors du dernier Petit Le Mans.

 

Olivier PlaPour Ginetta-Zytek, la satisfaction est clairement venue du LMP2. On attendait la Porsche RS Spyder et les coupés Lola, c’est finalement la voiture du Quifel-ASM Team qui s’est distinguée. Depuis les premiers tours de l’auto, Olivier Pla nous a régulièrement parlé des qualités de la Ginetta-Zytek. Et bien le Toulousain a confirmé les paroles par les actes, avec une belle performance. En plus de reléguer son plus proche rival à près d’une seconde, Quifel-ASM a montré une bonne constance et une fiabilité intéressante. Avec Olivier Pla et Guy Smith, l’équipe portugaise possède deux hommes sur trois capables de rivaliser avec les meilleurs. De bon augure pour Le Mans. En Le Mans Series, ce sera plus compliqué compte tenu de l’absence d’homogénéité de l’équipage.

 

Manu CollardLa Porsche RS Spyder du Team Essex, elle, ne sera présente qu’à Spa pour préparer le rendez-vous sarthois. Le team danois, qui a pu compter sur la précieuse expérience de Manu Collard, a fait débuté le package 2009 de la RS Spyder. Et c’est bien là que le bât pourrait blesser. A quel niveau Porsche a développé sa voiture pour le règlement 2009, sachant qu’il n’y aura que deux ou trois clients au Mans ? Mystère pour le moment. L’arme du constructeur allemand affiche déjà plusieurs années au compteur : elle devrait donc davantage miser sur sa constance que sur sa performance sur un tour. Les adversaires peuvent désormais compter sur des montures plus récentes. Côté pilote, Manu Collard a été fidèle à lui-même. Casper Elgaard devait être son parfait lieutenant, mais il est parti à la faute le deuxième jour. Une sortie qui a provoqué des dégâts et privé le team d’un certain temps de roulage.

 

Du côté de Lola, on a préparé la saison sereinement. RML a devancé Speedy/Sebah de quelques dixièmes : voilà qui augure d’un beau duel entre ces deux teams. RML devrait compter sur la puissance du moteur Mazda, là où Speedy/Sebah devrait miser sur la fiabilité du Judd. Difficile de départager les deux équipes sur un tour même si l’équipage semble mieux équilibré du côté de la n°33 que de la n°25. Reste que, un comme l’an dernier, la Vmax ne semble pas être le point fort du coupé Lola. A moins que cela ne vienne du moteur. Et si les RS Spyder ne seront pas présentes à l’année, il semble bien que Lola a trouvé à qui parler avec Ginetta-Zytek. Les B08/80 ne peuvent pas se permettre de se reposer sur leurs lauriers, c’est une certitude.

 

OAK RacingAprès un premier roulage fin février, OAK Racing a poursuivi le développement de son nouveau package. Nouveau moteur, Mazda, et nouveaux pneus, Dunlop, voilà qui nécessite un certain temps d’adaptation avant le début de la saison. Cela explique en partie l’écart avec les meilleurs LMP2. Mais il est clair que le kit-aéro 2009 sera nécessaire face aux Lola et à la Ginetta-Zytek. L’objectif était ailleurs pour l’équipe : les quatre pilotes, Jacques Nicolet, Richard Hein et Matthieu Lahaye étant rejoints par Karim Ajlani, ont pu rouler avec leur nouvelle monture. Le quatuor a bouclé une centaine de tours le dimanche, malgré quelques petits pépins mécaniques relativement logiques pour un nouveau package, avant de continuer à accumuler les kilomètres le lendemain.

 

Dernier pensionnaire du LMP2, le Pegasus Racing a entamé sa découverte de la discipline. Le défi est de taille pour cette équipe habituée aux jours du VdeV. La LC75 est une voiture à la conception plus ancienne que ses rivales, le moteur 4 cylindres AER n’est plus tout jeune et le team doit développer les pneus Avon. L’équipe est là pour apprendre et pour cela elle peut compter sur la vitesse de pointe de Julien Schell. Gageons que Pegasus devrait monter en puissance au fil des semaines.

 

Anthony Megevand

 

Pour rappel, les chronos cumulés en Protos :

Courage-Oreca LC70 Team ORECA-Matmut n°11 (LMP1) : 1.40.903
Lola B08/60 Coupé-Aston Martin Speedy Racing Team Sebah n°13 (LMP1) : 1.42.147
Lola Aston Martin AMR n°007 (LMP1) : 1.42.575
Courage-Oreca LC70 Signature Plus (LMP1) : 1.42.639
Courage-Oreca LC70 Team ORECA-Matmut n°10 (LMP1) : 1.42.709
Lola Aston Martin AMR n°009 (LMP1) : 1.43.033
Ginetta-Zytek 09S Quifel-ASM Team n°40 (LMP2) : 1.43.355
Ginetta-Zytek Strakka Racing n°23 (LMP1) : 1.43.551
Porsche RS Spyder Team Essex n°31 (LMP2) : 1.44.241
Lola B08/80 Coupé Mazda n°25 (LMP2) : 1.46.105
Lola B08/80 Speedy Racing Team Sebah n°33 (LMP2) : 1.46.342
Pescarolo-Mazda OAK Racing n°24 (LMP2) : 1.47.787
Courage-Oreca LC75 AER n°38 (LMP2) : 1.409.404

Publicité

0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Publicité

Sur le même sujet