Le Mans

Olivier Pla : "Pour exister, il faut se montrer, prouver, gagner !"

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Champion Le Mans Series, catégorie LMP2, en compagnie de Miguel Amaral au sein du Quifel-ASM Team, Olivier Pla a impressionné en cette saison 2009. Trois poles, deux victoires, des meilleurs tours en course et des débuts de course devant certaines LMP1. Les faits parlent en faveur du pilote toulousain. D’un tempérament plutôt timide, il se livre aujourd’hui à Endurance-Info sans détour…

 

Olivier, avant d’évoquer la saison écoulée, comment se sont passés tes derniers essais avec Dunlop et Quifel-ASM à Estoril ?

« Ils se sont bien passés. C’était mon premier roulage depuis Silverstone, donc ça fait du bien de retrouver le volant ! Les tests ont été légèrement contrariés par la météo, mais la somme de travail abattue reste relativement énorme. En fait, avec la pluie, les essais ont été encore plus intenses. Ils étaient importants pour Dunlop : nous avions besoin de trouver certaines réponses et c’est fait ! C’est toujours un plaisir de participer à une telle séance, qui est particulièrement intéressante, notamment sur le plan technique. Il faut être au top et avoir un retour sur information parfait. Le boulot n’est pas facile : on se doit d’être à la limite. J’aborde cela un peu comme si je me préparais à faire quinze qualifs dans la journée ! »

 

Deux mois après la finale des Le Mans Series, quel bilan dresses-tu ?

« On ne peut pas être mécontents de ce que nous avons fait ! Deux victoires, trois poles et un titre… Sur le papier, cela ne paraissait pas si évident. Il faut se rappeler que nous avons débuté la saison avec une nouvelle voiture, avec tout ce que cela peut avoir comme conséquences. Mais de ce que j’avais pu voir de la Ginetta-Zytek fin 2008, je savais que nous aurions une superbe voiture. Dès notre premier roulage en janvier, c’est allé dans le bon sens. Les débuts n’ont pas forcément été simples, mais nous n’avons jamais cessé de progresser et tout est rentré dans l’ordre. »

 

A Portimão, vous avez débuté une impressionnante série : n’y a-t-il pas eu un déclic ?

« Je ne crois pas. La mayonnaise a bien pris, dès le début. C’est vrai qu’à Barcelone, on a un petit souci qui nous coûte la victoire. Mais en qualification, on ne réalise pas la pole parce qu’on opte pour la sagesse au niveau pneumatique. A Spa, c’est un peu similaire en qualifs, mais en course on est aussi dans le coup. Avant de me faire harponner au restart, je suis en tête, en pleine bagarre avec la Porsche de Manu Collard et la Lola de Xavier Pompidou. La performance pure était déjà au rendez-vous. Peut être que lors des manches suivantes, nous avons pris un peu plus de risques sur le choix des gommes, mais le team a toujours bossé de la même manière, c’est à dire très bien. »

 

Dans cette très belle saison, Le Mans reste le point noir…

« J’avoue avoir mis plusieurs semaines à digérer les 24 Heures du Mans. Tout le monde misait beaucoup sur cette épreuve, donc la déception était grande après l’abandon. Nous avons eu un petit problème de pompe à essence au début, puis un ennui au niveau des freins, un détail en fait, qui met fin à notre course prématurément. D’un côté, je suis réaliste : nous manquions de performance. Nous n’étions pas au mieux en vitesse de pointe et nous savons tous l’importance que ça a sur ce circuit. Dans les courbes, nous étions compétitifs, mais face à la Porsche RS Spyder ou au coupé Lola, on souffrait en Vmax. D’un autre côté, le podium était largement à notre portée… »

 

Cette déception du Mans, n’a-t-elle pas renforcé votre motivation ?

« Complètement. Nous connaissions le potentiel de la Ginetta-Zytek. Nous savions que nous avions une auto pour nous exprimer. Inconsciemment, Le Mans a certainement joué sur notre façon d’aborder le reste de la saison… »

 

Plus personnellement, 2009 restera l’année de la révélation en Endurance ?

« C’est vrai que l’an dernier, j’étais un petit nouveau dans la discipline puisque ASM m’avait donné ma chance. Cela étant, je n’ai pas l’impression d’avoir plus confiance en moi cette saison. Je n’ai pas l’impression d’avoir fait les choses différemment. Avec la Lola, les gens restent sur des cinquièmes, quatrièmes places. Mais si l’on analyse les temps, j’étais déjà compétitif. On sait d’où venait le problème : le moteur. En 2008, déjà, le Quifel-ASM Team savait de quoi il était capable. Quant à moi, j’ai peut être une voiture qui me permet davantage de m’exprimer ! »

 

Des victoires, des poles, des records du tour… et pourtant la presse française ne parle guère de toi. D’ailleurs, elle a longtemps snobé Romain Dumas, elle évoque peu les performances d’un pilote comme Nicolas Lapierre… A l’inverse, les britanniques disent beaucoup de bien de vous. Comment expliques-tu cette différence de traitement ?

« C’est une bonne question et j’ai du mal à l’expliquer. Je ne comprends pas que l’on ne parle pas plus des performances de Nico, des miennes ou d’autres pilotes qui le mériteraient… Ces gens doivent avoir leurs raisons. Moi, quand je m’installe dans le baquet, je pense à faire mon travail au mieux. Je ne roule pas pour les médias, mais pour gagner. Je pense avoir montré mon niveau. Après, si on parle plus de moi en Grande-Bretagne, qu’en France… »

 

Quels sont tes souhaits à l’avenir ? Confirmer, séduire un constructeur…

« Comme tout jeune pilote, il est évident que j’aimerai taper dans l’œil d’un constructeur. C’est une question d’opportunité : il faut être au bon endroit au bon moment. Mais dans le contexte actuel, je sais que ce n’est facile pour personne. En 2010, ma priorité sera de continuer en prototype en Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans. Je souhaite également trouver un programme parallèle en GT, en FIA ou en Open GT. Mais si je le fais, je veux avoir l’opportunité de gagner. Quand je monte dans l’auto, c’est pour m’imposer. C’est toujours de cette manière que j’ai abordé les choses. Dans ce milieu, pour exister il faut se montrer, prouver, gagner ! »

 

Si tu continues en LMP2, se posera la question du temps de conduite pour les gentlemen-drivers, qui pourrait être revu. Quel est ton avis sur la question ?

« De ce que j’ai entendu dire, le temps minimum de conduite pourrait passer à 75 minutes. C’est bien. Certaines personnes se sont beaucoup plaints cette année. Mais si on regarde l’équipage que nous formions avec Miguel Amaral, nous étions complètement dans la philosophie Pro-Am. D’ailleurs Miguel roulait déjà plus que ces 75 minutes dont on parle aujourd’hui. Et en face, il y avait même des équipages 100% professionnels, comme chez Speedy/Sebah et un des deux trios de Racing Box. Le duo de RML suivait la même logique que la notre et ça n’a choqué personne. Pas plus que le tandem van Merksteijn/Verstappen n’avait interpellé les gens. Nous n’avons pas volé notre titre : Quifel-ASM a été exemplaire, Miguel a très bien roulé etc. »

 

D’ailleurs, il ne faudrait pas tomber dans l’excès. Cela pourrait causer quelques problèmes non ?

« C’est clair. Ce serait tout d’abord un nivellement par le bas. Les pilotes professionnels ont suffisamment de difficultés à pratiquer leur métier pour leur compliquer encore plus la tâche. Ensuite, les gentlemen-drivers sont là pour se faire plaisir, mais aussi pour gagner. Miguel veut viser la victoire. Enfin, c’est au contact des pros que ces pilotes progressent le plus. Quoi qu’il en soit, Miguel roulait plus cette année qu’il ne pilotait lorsqu’il était dans un équipage à trois. Il a réalisé d’excellents chronos tout au long de la saison, sans commettre d’erreur. Ce titre, nous l’avons mérité et on ne peut pas nous l’enlever ! »

 

Propos recueillis par Anthony Megevand

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