Il est « l’invité surprise » de cette liste des pilotes Peugeot 2009. Celui que l’on attendait pas et que même le net’, habituellement riche de rumeurs en tous genres, n’avait absolument pas vu venir. Et pourtant, à 43 ans, il est l’un des pilotes les plus légitimes que Peugeot Sport pouvait enrôler dans son « escouade ». Toujours extrêmement rapide, comme il l’a encore prouvé en ALMS l’an passé, il est de plus l’un des pilotes possédant la plus grande expérience de l’endurance ! Et il sera bien le seul, cette année, à piloter pour deux constructeurs différents, deux LM P1 à la philosophie bien différente. 16 ans après la victoire de son frère Geoff sur une… Peugeot 905, David Brabham tentera à son tour de faire entrer encore un peu plus, son illustre famille dans la légende du sport auto.
Rencontre avec ce pilote Acura, qui, grâce à un employeur multipliant les beaux gestes en ce début d’année après la présentation « en profondeur » de sa LM P1, défendra également les couleurs rugissantes du Lion en Belgique et en Sarthe !
David, cette fois-ci, ça y est ! Après une première tentative avortée, vous portez bel et bien les couleurs de Peugeot ! Vous aviez déjà tenté votre chance auprès de Jean Todt en 1993 afin de piloter l’une des 905 ?
« Oui, effectivement ! Et cette fois-ci, c’est le bon frère qu’ils ont appelé (Rires) ! Sérieusement, j’avais posé ma candidature pour faire partie du team au Mans cette année là. Et quelques jours plus tard, Geoff, mon frère m’appelle et me dit qu’il est retenu par Peugeot ! L’espace d’un instant, j’ai cru qu’il me faisait marcher. Mais ce n’était évidemment pas le cas. Et je dois dire que son incorporation au team était bien plus justifiée que la mienne. D’ailleurs, durant la semaine de la course, Jean Todt m’a confié qu’il recherchait un pilote plus expérimenté que moi. Il fallait soutenir et calmer Christophe Bouchut et Eric Hélary qui étaient, tous deux, encore très jeunes à l’époque. Geoff a 13 ans de plus que moi, il était légitime qu’il soit retenu. D’ailleurs, il a gagné !
Maintenant, c’est mon tour d’être enrôlé, et je ressens comme un privilège de pouvoir être là à parler de la Peugeot 908 en tant que pilote. »
Et cette fois-ci, c’est Peugeot Sport et Serge Saulnier qui sont venus vous solliciter, pas l’inverse ?
« Effectivement. A la mi-janvier, j’ai eu la surprise de recevoir un mail de Serge me demandant si je pouvais piloter pour Peugeot. J’avais un trou dans mon planning pour les deux courses prévues. Acura a bien voulu me laisser cette possibilité, je l’ai immédiatement saisie ! »
Cette 908, vous l’avez découverte à Barcelone la semaine dernière. Comment vous êtes-vous senti à son volant ?
« C’était très bien. J’avais beaucoup à apprendre. Je n’ai plus conduit sur ce circuit depuis 1994 en F1. Je devais découvrir un team nouveau pour moi, de nouveaux visages, une nouvelle façon de travailler. J’ai essayé de trouver un bon rythme avec la voiture en la comprenant au mieux. Car elle est très différente de l’Acura P1 ou des P2 que j’ai pilotées l’an passé. Je devais donc m’accoutumer à la voiture, comprendre en changeant ceci ou cela, ce qui fonctionnait ou ne fonctionnait pas. Ca s’est vraiment bien passé. »
Il y avait deux voitures présentes. Une pour le test d’endurance, l’autre pour des essais de réglages, laquelle avez-vous piloté ?
« Les deux. J’ai commencé par la voiture de set-up, ce qui m’a justement permis de la comprendre. Puis j’ai pris quelques relais dans la voiture réalisant la simulation longue distance. Au moins quatre relais et demi sur le sec, je crois. Puis un dernier sous la pluie. Cela n’était pas prévu mais n’ayant pas piloté la voiture sur le mouillé, on a pensé que c’était une bonne idée de me donner du temps de roulage dans ces conditions. Et cela m’a permis d’ailleurs d’apprécier la voiture car elle était facile. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre sur cette piste humide si l’on se souvient du Mans en 2008. Mais l’équipe a beaucoup fait progresser la voiture dans ces conditions et la 908 2009 donne confiance même avec une adhérence plus faible. C’est un très bon point. »
C’était votre première expérience avec un moteur diesel, quelles sont vos sensations ?
« Il est clair que le moteur est très puissant et très coupleux. C’est vraiment impressionnant et cela devrait l’être encore plus au Mans qu’à Barcelone. »
Aurez-vous l’occasion de piloter à nouveau la 908 avant Spa, qui sera votre première course à son bord ?
« Le planning peut évoluer mais il se peut que je la pilote de nouveau début mars. Puis juste avant Spa, il y aura une autre séance de test ou je serai présent. »
Cette année, vous allez connaître une situation bien étrange. A Sebring, avec Acura, vous affronterez votre team du Mans, Peugeot. Et au Mans avec Peugeot, vous affronterez votre ancienne équipe à savoir Prodrive ! Etonnant !
« Oui, c’est vrai, c’est étonnant et je pense que peu de pilotes se sont trouvés dans cette position par le passé. Je pense que j’ai beaucoup de chance de me retrouver ainsi lié à deux constructeurs d’un tel niveau et je me sens privilégié. Mais bon, sur la piste, j’oublierai ma situation étrange et je donnerai le meilleur de moi-même pour faire vaincre si possible mon employeur du moment ! »
Du fait de vos liens passés avec Prodrive, aviez-vous également été contacté par eux afin de piloter la nouvelle LM P1 d’Aston Martin ?
« Non, non. Je n’étais pas en contact avec Prodrive. »
Avec ce baquet dans la 908, pensez-vous disposer de votre meilleure chance de vous imposer dans la Sarthe ?
« Je pense que ma plus belle possibilité, c’était en 2003 avec Bentley… Car la concurrence était bien moins aiguisée que cette année. Nous avions fait le doublé mais, je n’étais que deuxième… Mais il est évident que cette année constituera de nouveau une chance très importante pour moi, de succéder à mon frère ! »
Sachez que nous avons également demandé à David si il pouvait comparer son Acura ARX-02a avec la Peugeot 908 HDi FAP mais pour des raisons contractuelles, il n’a pas le droit de s’exprimer sur ce sujet. Nous le comprenons aisément…
Voilà une recrue de choix pour Peugeot Sport. Un recrutement légitime. Le plus important dans les semaines à venir sera de ne pas se tromper de baquet à Sebring. Non, non, David, la tienne, c’est la voiture ouverte, pas la fermée…
Laurent Chauveau