Après Nicolas Minassian la semaine dernière, nous vous proposons aujourd’hui une interview de Stéphane Sarrazin. En 2008, le Gardois était certainement le pilote le plus rapide au volant de la Peugeot 908, en témoigne sa pole position dans la Sarthe, mais il n’aura pas eu la réussite pour concrétiser, que ce soit en Le Mans Series ou aux 24 Heures du Mans. Au moment d’aborder la saison 2009, sa motivation est donc toujours plus grande !
Stéphane, comment se présente la saison ?
« L’an dernier, nous n’avons pas eu de réussite. Nous sommes passés à côté de belles victoires. En ce qui concerne notre voiture, le problème de Barcelone nous a coûté très cher dans la course au titre et au Mans, c’est un souci au niveau de la boîte qui nous a ralentis. Ça fait partie du sport. Nous avons toujours été performants, mais cela ne nous a pas permis d’empocher tous les succès que nous souhaitions. Nous avons désormais deux années complètes derrière nous. L’équipe a progressé en conséquence et les essais hivernaux se passent bien. Nous continuons à travailler… et nous attendons maintenant Sebring, avec la première confrontation avec les nouvelles Acura et Audi ! »
Tu évoques la progression du team et donc de la voiture. Peut-on comparer les paliers franchis durant les deux dernières intersaisons ?
« Ce sont deux années complètement différentes. A chaque fois, il y a eu une progression, mais lors de la première saison nous étions dans la découverte de la 908. En 2008, nous étions dans l’optimisation. Nous allions plus dans le détail et, après des milliers de kilomètres, nous sommes arrivés à une voiture bien plus aboutie. L’an dernier, l’auto était vraiment fantastique. C’était le pied !
« La nouvelle réglementation change un peu la donne. Nous ne repartons pas de zéro, mais de nombreuses choses sont revues. Cela étant, j’ai confiance. Peugeot, c’est un bulldozer ! Je veux dire par là que l’équipe ne s’arrête pas. Comme je l’ai dit, c’est un constructeur particulièrement réactif. C’est la grande différence avec une équipe privée. »
Comment se traduisent au volant les changements apportés à l’aileron arrière ?
« Il y a une perte d’appuis, donc plus de dérive. Par conséquent, le comportement de l’auto est différent. Plus délicat disons, mais c’est aussi un challenge intéressant à relever. Enfin, il ne faut pas oublier que les changements concernent également les brides. Nous avons moins de puissance et cela se ressent ! »
La question peut paraître surprenante, mais peux-tu faire un parallèle avec le développement que tu as fait cet hiver avec la 207 IRC et le travail que tu fais en ce moment avec la 908 ?
« C’est vrai qu’entre les essais et le Monte-Carlo, j’ai beaucoup roulé en Rallye. C’est une discipline où il faut savoir anticiper et gérer la glisse. Comme je l’ai dit, avec le nouvel aileron, la 908 dérive davantage. Cela n’est en rien comparable avec le Rallye bien sûr, mais, de par mon expérience, je me sens plutôt à l’aise. Ensuite, je pense que le fait de s’installer dans un autre baquet permet d’apporter un regard nouveau. J’ai un peu plus de recul. C’était un peu pareil lorsque j’ai roulé avec la Maserati/Vitaphone à Spa. J’avais découvert la rigueur allemande et une méthode de travail parfois différente. De manière générale, toute expérience est profitable. »
Même question que pour Nicolas Minassian il y a quelques jours : les équipages ont changé en 2009. Comment cela se passe-t-il pour toi qui étais habitué à rouler avec Pedro Lamy ?
« Avec Pedro, nous nous entendons très bien et nous sommes très potes, ce n’est un secret pour personne. Nous étions associés depuis 2005 ! Avec Franck (Montagny) et Sébastien (Bourdais), nous avons moins de vécu et il y a donc quelques habitudes à prendre. Cela étant, nous nous connaissons depuis un bon moment : nous nous sommes souvent affrontés en piste et nous avons déjà roulé ensemble au Mans. Là aussi, c’est intéressant de travailler sur une nouvelle approche. »
Première course à Sebring, où tu avais été privé de la pole en 2008…
« Sportivement, je considère que j’ai fait la pole. J’ai adoré toutes mes courses à Sebring, 2005 et 2006 en GT1, 2008 en LMP1. Au niveau du pilotage, c’est fantastique. C’est difficile, mais… top ! L’an dernier, nous découvrions le circuit avec la 908 et nous étions là dans une optique de développement. Nous nous attendions à rencontrer quelques problèmes. Cette saison, l’objectif prioritaire est toujours de préparer Le Mans, mais personnellement j’aimerais gagner ! »
Et finalement, votre faiblesse de 2008 sera votre force en 2009 : l’expérience. La R15 et l’ARX-02a sont deux voitures jeunes…
« C’est vrai que la balance à tendance à s’inverser… Mais l’important, c’est de s’imposer. Nous ne savons pas grand chose d’Audi et Acura, donc à nous de maîtriser notre 908 et de montrer toutes ses qualités. Après, c’est vrai que la R15 est 100% nouvelle, mais je sais qu’Audi est fort. Je m’en méfie. »
Propos recueillis par Anthony Megevand