Vous avez certainement déjà entendu parler de Chris Goodwin. Acteur actif du développement de la McLaren F1, il est également le manager de Bruno Senna. Cette année, on le voit régulièrement en FIA-GT3, au volant d’une Ferrari du CRS Racing. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre sa collaboration avec McLaren, pour qui il teste la MP4-12C. Le britannique revient avec nous sur l’ensemble de ses activités.
Chris, comment se passe le week-end jusqu’à présent ?
« Plutôt difficilement. Hier, nous avons eu une fuite au niveau de la direction assistée et je n’ai pu faire que quatre tours. Du coup, notre niveau après les qualifications est celui que nous aurions dû avoir à la fin des essais libres. Le comportement de la voiture est plutôt bon, mais il y a encore des choses à améliorer, d’autant que nous avons un nouveau châssis. Le précédent a été endommagée à Portimao et l’équipe a fait un beau boulot pour assembler une nouvelle auto ce pour week-end. Et après les qualifs, nous avons constaté que nous devions ouvrir la boîte. La première course sera un peu l’équivalent de la deuxième séance… »
Quel est votre objectif ici ?
« En fait, je viens principalement aider mon coéquipier, Klaas Hummel. Je suis ici pour le coacher, le faire progresser. CRS a fixé un objectif chronométrique à atteindre à la fin du week-end. Il n’y a pas un objectif de résultat. Bien sûr en tant que pilote, j’ai envie d’être à la bagarre quand je suis au volant. Mais c’est davantage une question de plaisir. »
On vous a vu également aux 24 Heures de Spa sur l’une des deux F430 GT2 du CRS Racing…
« Effectivement et c’est une expérience durant laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir. En FIA-GT3, je n’ai pas la possibilité de viser la victoire. En revanche, à Spa, j’étais avec un équipage capable d’obtenir un excellent résultat. Sans un changement de démarreur, je pense que nous aurions pu finir sur le podium (après le déclassement des Porsche, c’est le cas). »
Comment avez-vous rejoint CRS ?
« J’ai été en contact avec eux au sujet d’un jeune pilote britannique pour leur programme en British Formula Renault. Les choses se sont bien passés et comme la Ferrari était une voiture compétitive en GT3, nous sommes parvenus à un accord rapidement pour que je roule en FIA-GT3, puis à Spa. C’est vraiment un très bon team. »
De manière plus générale, pouvez-vous nous présenter vos différentes activités ?
« En fait, aucun jour ne ressemble à un autre. Outre ce travail de coaching, je m’occupe de Bruno Senna. Par exemple, parallèlement à mon engagement en FIA-GT3 ce week-end, je passe beaucoup de temps au téléphone pour son avenir en F1. Je suis présent en Europe et je gère le sportif, tandis que Bianca, la sœur de Bruno, s’occupe davantage de l’aspect commercial/marketing au Brésil. Enfin, j’effectue régulièrement des tests de développement avec McLaren, notamment pour la MP4-12C.
« Ce week-end, je cours ici, lundi et mardi je ferais un roulage de coaching avec mon coéquipier sur la F430 GT2 et mercredi je ferai du développement pour McLaren. Tout ces aspects différents, j’apprécie. »
A propos de la McLaren MP4-12C, vous étiez déjà partie prenante du développement de la McLaren F1 de route. Pouvez-vous comparer ces deux autos ?
« Elles ont environ quinze ans de différence d’âge, donc la technique a beaucoup évolué depuis l’apparition de la McLaren F1. A l’époque, cette voiture était très « pure ». Aujourd’hui, les technologies sont différentes et elles apportent un certain progrès, donc nous les utilisons. Les normes d’homologation sont également différentes et nous ne pouvons pas faire une voiture aussi « pure ». La philosophie n’est donc pas la même. D’ailleurs, McLaren avait vendu 65 F1 de série. La marque prévoit de vendre 1000 MP4-12C par an ! »
En terme de performance, que pouvez-vous nous dire sur la MP4-12C ?
« C’est une superbe voiture ! Elle est très confortable, agréable à conduire. Elle se trouve dans une classe comparable à une Ferrari ou Lamborghini Gallardo, mais elle les surclasse sur plusieurs points, y compris la performance. Elle affiche quand même 600 chevaux ! J’ai roulé avec sur la Nordschleife et son comportement est vraiment très bon. »
Est-ce une bonne base pour un modèle de course ?
« Oui je le crois. L’ingénierie est excellente sur la MP4-12C. Pour faire une bonne voiture de course, il faut une bonne base et c’est le cas avec cette auto. Elle a toutes les qualités requises. Je pense qu’elle ferait une très bonne GT2 ou GT3. »
Et est-ce prévu ?
« Il y a des discussions, notamment avec des clients qui se montrent très intéressés. Aujourd’hui, la compétition en GT, c’est de la compétition-client. Le GT actuel est un bon marché et si les clients sont là, que les concurrents veulent cette voiture, McLaren y pensera sérieusement. Il n’y a pas un plan qui dit aujourd’hui que la MP4-12C sera une voiture de compétition. Mais quand tous les éléments réunis, que ce sera le bon moment je suis convaincu que McLaren prendra la décision qu’il faut. Pour l’instant, il y a une nouvelle usine pour construire ce véhicule, la création d’un plan marketing et l’établissement de nouvelles concessions. C’est sur cela que McLaren se concentre à l’heure actuelle. »
Mais pour vous qui avez été présent dans le programme de la McLaren F1 GTR, que vous avez piloté en compétition d’ailleurs, ce serait génial de reprendre le volant d’une McLaren de course, non ?
« Pour moi, c’est super de participer à un tel programme de développement, sur une voiture comme celle-ci avec toutes les déclinaisons qu’il peut y avoir en série. Mais pour un pilote, il est clair que le modèle de compétition est la version ultime. C’est l’un de mes souhaits : l’une de mes ambitions personnelles serait de voir cette auto en course. Mais ce n’est pas mon nom qui figure sur le toit de l’usine McLaren (rire)… »
Propos recueillis par Anthony Megevand